Jean Piat se confie aux côtés de Francis Huster

Scène A 92 ans, le comédien vient partager ses souvenirs au Théâtre du Léman.

Jean Piat en 2007 à Genève. Le comédien revient lundi au bout du lac avec une création, «Confidences pour confidences».

Jean Piat en 2007 à Genève. Le comédien revient lundi au bout du lac avec une création, «Confidences pour confidences». Image: olivier vogelsang

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Quelle verve! Quelle voix! Et quel parcours… On ne présente plus Jean Piat. Une carrière éblouissante sur les planches, au cinéma ou à la télévision. Sociétaire honoraire de la Comédie-Française, le compagnon de l’écrivaine Françoise Dorin a tout joué, de Molière à Victor Hugo, en passant par Shakespeare ou Marivaux. Fringant Lagardère dans une minisérie de l’ORTF en 1967, inoubliable Robert d’Artois en 1972 dans l’adaptation sur petit écran des Rois maudits de Maurice Druon, l’acteur qui incarna Rouletabille au début de sa prolifique carrière vient partager souvenirs et anecdotes lundi, au Théâtre du Léman. Sur scène, en compagnie de Francis Huster, il présente Confidences pour confidences. Une création qui verra les deux monstres sacrés évoquer leurs années de vaches enragées aussi bien que leurs plus grands succès, dans une mise en scène de Steve Suissa. Avant leur face-à-face, coup de fil à Jean Piat, intarissable.

C’est la première fois que vous partagez le plateau avec Francis Huster?
Je n’ai effectivement jamais joué avec lui. Nous avons choisi des lignes rigoureusement parallèles qui ne se sont jamais croisées. C’est lui qui m’a fait cette proposition. Nos chemins ont été d’abord identiques puis ont divergé. Nous avons interprété tous deux les rôles de Cyrano, d’Alceste, nous avons été sociétaires de la Comédie-Française, nous avons fréquenté les mêmes personnes. Mais nous restons d’essences si différentes que notre confrontation provoque une situation dramatique!

Vous êtes entré à la Comédie-Française en 1947, année de la naissance de votre partenaire: avez-vous un lien de père à fils?
Il y a de cela, déjà en répétitions, mais je n’ose pas le lui dire: les fils, au théâtre, ont des relations pour le moins difficiles avec leurs pères. Heureusement, nous avons une indulgence naturelle l’un envers l’autre. Et chose plus rare chez les acteurs, nous nous vouons une réelle admiration.

Comment le texte du spectacle s’est-il écrit?
Je l’ai conçu moi-même, sur des idées proposées par Francis Huster, mais basées sur nos expériences vécues. Je l’ai assemblé, puis notre metteur en scène Steve Suissa m’a demandé quelques modifications. En gros, on peut dire qu’ils m’ont fourni le lainage, et j’ai fait le tricot.

Ces expériences que vous partagez concernent-elles vos carrières au cinéma, à la télévision, au théâtre?
Nous restons plus près du théâtre. Et de figures telles que Molière, Victor Hugo et Sacha Guitry. Le public devrait trouver à s’instruire sur le monde théâtral de l’époque. Notre dialogue a par moments des accents de joute oratoire, nous déclamons des poèmes. Mais il comporte aussi un côté improvisé quand nous racontons des souvenirs – plus lointains en ce qui me concerne.

Y apprend-on des anecdotes croustillantes?
Rien de personnel, non: la pudeur reste de mise. Mais sur les auteurs, certainement. Sur Guitry et ses cinq femmes, notamment. La première avait été la maîtresse de son père, la deuxième lui révéla les roueries de l’amour, la troisième avait 25 ans quand il en avait 50 – l’autorisant à l’appeler «sa moitié»! Comme vous le constatez, j’ai à cœur de rappeler Guitry aux esprits: il était le théâtre à lui tout seul!

Ce vendredi, vous fêtez vos 92 ans… Et alors?
Ça m’emmerde, si vous me le permettez. Je marche mal, j’ai des problèmes de dos, mais je m’en défie. Ma tête, elle, tient le coup. Même si la mémoire flanche, d’abord sur les noms propres, puis sur les communs. Jacques Chirac disait qu’un chef est fait pour «cheffer», j’ajouterai qu’un acteur est fait pour «acter». Sur scène, on échappe trois heures durant à la réalité de l’âge. Jusqu’à ce que plus personne ne vous confie de rôle et que le silence vous cerne. Cette pièce que je viens créer à Genève sera comme on dit testamentaire, sauf bien sûr si vous m’envoyez un texte à jouer!

«Confidences pour confidences» Lundi 26 septembre, 20 h 30, au Théâtre du Léman.

(24 heures)

Créé: 23.09.2016, 08h55

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