«Les Terreaux seront l’une des scènes les plus féminines»

ThéâtreDidier Nkebereza succède à Jean Chollet à la tête de la salle lausannoise. Il dévoile sa première saison, sa ligne artistique et ses ambitions.

Le metteur en scène genevois Didier Nkebereza a repris la direction des Terreaux. Il y présentera un spectacle de Chessex.

Le metteur en scène genevois Didier Nkebereza a repris la direction des Terreaux. Il y présentera un spectacle de Chessex. Image: XAVIER VOIROL

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

L’Espace culturel des Terreaux, niché dans l’église éponyme au cœur de Lausanne, ouvre une nouvelle page de son histoire. Après plus de quinze ans aux commandes, le pasteur-artiste Jean Chollet en a remis les clés à son successeur, Didier Nkebereza. Le metteur en scène genevois de 45 ans relève le défi de reprendre les rênes de cette salle singulière, dont la mission est de tisser des liens entre théâtre et spiritualité.

Au cœur de l’actu culturelle genevoise pour avoir dénoncé des «nominations irrégulières» aux Théâtres du Grütli et de l’Orangerie, Didier Nkebereza a monté une quinzaine de spectacles dans la Cité de Calvin. Né d’une mère alémanique et d’un père originaire du Burundi, il a grandi à Genève, ville internationale où «il était plutôt facile de s’épanouir pour un enfant comme moi». Le métissage sera d’ailleurs l’un des axes de sa programmation. Interview d’un esprit libre.

La question de la migration traverse votre première saison. Un thème essentiel pour vous?
Oui, il y aura plein de Blacks sur scène (rire), dans un contexte où les personnes de couleur sont sous-représentées sur les plateaux des théâtres. Nous allons notamment accueillir «50», spectacle écrit et interprété par Siriki Traore et Mohamed Koné, deux jeunes migrants africains passionnés de théâtre, qui se sont rencontrés à Paris sous un pont. Mais le métissage s’étendra au-delà de l’Afrique. Nous recevrons par exemple Sanshiro, d’origine japonaise, qui présentera «Voix de disparition», avec Théâtre en Chantier, sa troupe pour enfants et adolescents.

Les femmes sont également bien représentées dans cette saison. Vous défendez la cause féministe?
L’Espace des Terreaux sera l’une des scènes les plus féminines de Suisse romande cette saison! La pièce «Pour l’amour de Simone», par exemple, plongera le public dans les lettres d’amour que Simone de Beauvoir, figure emblématique du féminisme, a écrites à Jacques-Laurent Bost et à Nelson Algren. Mais je ne défends pas cette cause parce qu’elle est à la mode. Elle est ancrée en moi, qui suis fils d’une féministe.

Vous accueillez pourtant Me Bonnant, décrié notamment pour ses discours sexistes…
Je précise qu’il se produira sur scène en compagnie d’une femme, une avocate, Me Hayat. Et je tenais à poursuivre la collaboration que les Terreaux mènent de longue date avec Me Bonnant. Je déteste le politiquement correct. Je me considère comme un libre penseur, j’ai envie que tous les discours puissent être entendus sur scène. On peut monter Céline, Wagner, Chessex… Le théâtre doit rester un espace de liberté.

Vous reprenez d’ailleurs «La confession du pasteur Burg», de Chessex. Pourquoi recréer cette pièce montée en 2006? Ce texte de Chessex s’inscrit pleinement dans des problématiques de notre époque, telles que le fondamentalisme. Ou le mouvement #MeToo, sachant que l’écrivain a eu des rapports équivoques avec les femmes. En parallèle, «Le procès de Chessex», mené par Mes Hayat et Bonnant, s’articulera autour de ces questions dans le cadre du minifestival que nous organisons pour marquer les dix ans de la mort de l’auteur. Par ailleurs, «La confession du pasteur Burg» entre dans la mission spirituelle des Terreaux.

Comment abordez-vous le thème de la spiritualité lors de cette saison?
Il sera présent sous différents axes. La pièce «Afrika Mandela» permettra de rappeler les liens très forts entre le protestantisme et l’apartheid. Dans «Cohen s’explique avec le Candide de Voltaire», Philippe Cohen nous permettra de voir Voltaire sous un angle plus nuancé que celui de l’antireligieux. Rappelons qu’il est intervenu dans l’affaire Calas, défenseur des protestants de France. Enfin, «Le CV de Dieu» est un spectacle très drôle, avec Jean-François Balmer, que je suis très heureux d’accueillir ici.

À plus long terme, quelles sont vos ambitions pour les Terreaux?
J’ambitionne d’élargir notre public, de faire venir des spectateurs de toute la Suisse romande dans cette maison unique, un lieu à préserver.

Programme complet et billetterie sur: www.terreaux.org

Créé: 01.07.2019, 09h36

La Revue migre à l’église

Énorme succès de l’année dernière, «La nouvelle Revue de Lausanne» a attiré plus de 13 000 spectateurs (hilares) au Théâtre Boulimie. Orchestré par Blaise Bersinger, coqueluche de l’humour romand décochant des flèches absurdes dont lui seul a le secret, le spectacle a enchaîné les supplémentaires. Si bien qu’il a fallu songer à migrer dans une salle un poil plus grande (mais pas trop) pour la deuxième cuvée. C’est donc à l’église des Terreaux que les comédiens flingueront l’année écoulée, dès le 15 novembre.

«J’ai pensé que la venue de ce genre de spectacle satirique aux Terreaux pourrait déranger le conseil de fondation, mais ça a passé comme une lettre à la poste», souligne Didier Nkebereza. Lui-même ancien administrateur de la Revue de Genève, il rappelle la longue tradition des revues paroissiales. «Il y a peut-être là l’idée protestante de révolte contre le pouvoir central. De ce point de vue, c’est très proche de Luther. J’avais donc l’intuition de m’inscrire dans un sillage assez naturel.»

Pour composer la partition de cette deuxième «Nouvelle Revue de Lausanne», Blaise Bersinger s’alliera à une figure de l’humour romand: Joseph Gorgoni. Ça promet!

Articles en relation

Le Tribunal fédéral met Sami Kanaan sous pression

Justice Didier Nkebereza dénonçait des irrégularités dans les procédures de nomination des directions de deux théâtres genevois: un arrêt de la IIe Cour de droit public statue. Plus...

Didier Nkebereza reprendra les rênes des Terreaux

Théâtre En juillet prochain, le metteur en scène genevois succédera à Jean Chollet à la tête de l’Espace culturel des Terreaux, à Lausanne. Interview. Plus...

Jean Chollet dévoile sa dernière saison aux Terreaux

Théâtre Timonier de l’Espace culturel des Terreaux depuis quinze ans, Jean Chollet, 64 ans, prendra sa retraite en 2019. Mordu de théâtre, le pasteur ne désertera pas les planches pour autant. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.