Les marionnettes rêvent toujours de leur propre écrin

Jeune publicDirecteur du TML, Lionel Caille dévoile la saison 2019-2020 du théâtre lausannois et ses ambitions.

Lionel Caille, directeur du Théâtre des Marionnettes de Lausanne.

Lionel Caille, directeur du Théâtre des Marionnettes de Lausanne. Image: VANESSA CARDOSO

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

A fils ou à gaines, sobres ou sophistiquées, figuratives ou abstraites, les marionnettes font leur petit bonhomme de chemin à Lausanne depuis plus de trente ans, sur la scène de l’aula du Collège des Bergières. Marionnettiste en chef du TML (Théâtre des Marionnettes de Lausanne) depuis deux ans, Lionel Caille dévoile une saison 2019-2020 déroulant les fils infinis (ou presque) de cet art séculaire et protéiforme. À l’affiche, sept spectacles jeune public (dès 4 ans pour la plupart) dont deux créations, «La Smala» de Karim Slama et «SORTIR» de Joël Cruchaud et sa Cie & si & sa (lire ci-dessous). Avec ses 5000 spectateurs annuels en moyenne (sans compter les scolaires), le TML s’est forgé un public à la fois fidèle et mouvant – les bambins grandissent et laissent place aux nouvelles générations. «Nous entendons beaucoup de témoignages de spectateurs qui venaient ici avec leurs parents quand ils étaient petits et qui y reviennent avec leurs enfants», relate Lionel Caille.

Aiguiser l’imagination

Seule ombre au tableau, les marionnettes et leurs Geppetto ne se sentent pas toujours à leur aise entre les murs peu chaleureux de cette grande aula scolaire. Le dessein du TML de s’installer un jour dans son propre écrin est resté lettre morte jusqu’à présent… et ne semble pas près de se réaliser. «J’ai le sentiment que la Ville de Lausanne n’a pas beaucoup d’intérêt à ce que cela change, que cela lui convient d’avoir une proposition culturelle professionnelle pour enfants à des coûts raisonnables», analyse le capitaine des lieux, rappelant que la subvention communale annuelle s’élève à 235'000 francs, dont 25'000 francs pour la location de l’aula. L’heure est donc au statu quo. «Même si nous continuons à faire du lobbying auprès des autorités, nous réfléchissons davantage à la meilleure manière de fonctionner dans cet espace plutôt que de rêver de notre propre lieu. Ce qui ne nous empêche pas de continuer de rêver!»

C’est là le maître mot du TML. Les marionnettes et le théâtre d’objets ont le pouvoir d’éveiller et d’aiguiser l’imagination des petits spectateurs, mais aussi de planter la graine de réflexions sur des thèmes sociétaux (le handicap, la famille, la mort), qu’ils découvrent à travers le prisme de l’animation de silhouettes et d’objets. Un art exigeant, donc, articulé autour de savoir-faire multiples.

Explorer d’autres territoires

«Le théâtre de marionnettes est souvent considéré comme un art mineur, alors qu’il demande une précision extrême et une grande maîtrise des techniques, observe Lionel Caille. Ma mission est de défendre une pratique hétéroclite, qui évolue constamment.» Loin de Guignol, de Polichinelle et de leur castelet, cet art ancestral se métamorphose au gré des avancées technologiques. «Les artistes utilisent de plus en plus les nouvelles techniques de projection. Par exemple, on voit pas mal de spectacles usant du mapping. C’est-à-dire quand les marionnettes évoluent dans un décor projeté sur un écran en tulle.» Les matériaux évoluent eux aussi, permettant à leurs démiurges de donner vie à des silhouettes toujours plus légères et fluides.

Enfin, le genre lui-même ose franchir les frontières et arpenter d’autres territoires, s’aventurant volontiers dans le monde du théâtre… et des adultes. «C’est l’un des axes que je souhaite développer. L’art de la marionnette est encore trop cantonné au monde de l’enfance, mais j’ambitionne de dépasser cet a priori et amener petit à petit un public plus âgé au TML.»


À Genève, les silhouettes articulées ont 90 ans

Le Théâtre des Marionnettes de Genève fête ses 90 ans cette année. Devenu incontournable – il est l’un des rares théâtres européens entièrement consacrés à l’art des poupées articulées –, le TMG affiche une excellente forme, avec un taux de fréquentation frôlant les 90%. Plein de vitalité, le programme de la saison entend à la fois regarder dans le rétroviseur et scruter l’avenir. «L’idée, c’est de mettre en valeur l’héritage comme source de transformation», explique Isabelle Matter, directrice. À travers les spectacles à l’affiche, différentes thématiques interrogeront les questions de la mémoire, de la transmission et du rapport à l’histoire. À l’image d’un des spectacles phares de la programmation, «Boulevard du minuscule». Signé Claude-Inga Barbey et mis en scène par Isabelle Matter, cette création pour marionnettes à fils rendra hommage à l’esprit pionnier de Marcelle Moynier, fondatrice du TMG. L’ambiance rappellera le cinéma muet de la fin des années 20.

Autre production maison, «Tu comprendras quand tu seras grand», écrit et mis en scène par Steven Matthews, évoquera une période mal vécue par son auteur: la scolarité. Dans cette pièce de théâtre d’ombres, le comédien raconte les difficultés qu’un enfant rencontre en intégrant une classe en cours d’année.

Incontournable également, «La Smala», de Karim Slama (créé au TML). Avec sa compagne Catherine Guggisberg, le créateur du «Pestacle» autour de Titeuf orchestre ici deux familles de lampes, les Chevet et les Bureau. Ces derniers décident d’emménager ensemble avec leurs enfants lampes. Une interprétation tout en finesse d’une histoire de famille recomposée.

Le TMG fête aussi ses 90 ans avec des événements spéciaux. Parmi eux, des ateliers tout public pour s’initier à l’art de la manipulation de la marionnette. Mais aussi des visites guidées en autocar à travers Genève sur les traces laissées par Marcelle Moynier et le TMG. Valérie Geneux
www.marionnettes.ch

Créé: 25.06.2019, 09h46

À l’affiche du TML

«La Smala»
Cie Karim Slama, du 30 oct. au 10 nov.





«R-O-B-O-T»
Racagnac Productions, du 23 au 27 nov.





«Le ciel des ours»
Teatro Gioco Vita, du 7 au 11 déc.





«SORTIE»
Cie & si & sa, du 22 janv. au 5 fév. 2020



«Un Petit Poucet»
Cie Gros Becs, du 26 fév. au 1er mars





«Du vent dans la tête»
Bouffou Théâtre à la coque, du 14 au 18 mars



«AOUUUU!»
Cies Chamarbellclochette et PlayBack Produktionen, du 28 mars au 1er avr.






Infos et réservations:
www.marionnettes-lausanne.ch

Articles en relation

La tête pleine de rêves, Lionel Caille imagine l’avenir du TML

Un théâtre, une saison Le Lausannois ouvre un nouveau chapitre pour le Théâtre de marionnettes, avec l’ambition de soutenir un genre de spectacle qui gagne des galons. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.