Recyclage d’objets vintage au Festival de la Cité

ThéâtreDès ce mardi, les scènes de la manifestation accueillent des propositions alléchantes, dont «La Collection» du trio Büchi/Pohlhammer/Mifsud.

Le collectif Büchi/Pohlhammer/Mifsud dans son nouveau spectacle, «La Collection».

Le collectif Büchi/Pohlhammer/Mifsud dans son nouveau spectacle, «La Collection». Image: Anouk Schneider

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Disséminées aux quatre coins du Festival de la Cité, dès ce mardi, les scènes accueilleront des concerts, bien sûr, mais aussi une myriade de propositions hétéroclites, audacieuses, rageuses ou farceuses. Ici, à l’ombre d’un arbre, un beau moment de théâtre; là, sur les pavés, les pas chaloupés de danseurs; plus loin, des circassiens déployant des trésors de poésie. Ou encore des pépites jeune public semées çà et là (lire encadré).

Parmi les propositions à ne pas manquer, dès vendredi, le collectif Büchi/Pohlhammer/Mifsud résistera par le jeu à l’obsolescence programmée sur la place Saint-Maur. Sans le moindre accessoire, leur «Collection» (créée en juin dernier au Théâtre Saint-Gervais, à Genève) ressuscite des pans entiers de notre passé, dans une série – extensible – de courtes pièces de trente minutes chacune consacrées à ces objets périmés, dépassés, caducs, désuets, révolus, démodés, en un mot obsolètes, qui excitent furieusement la mémoire de qui les a connus. Fidèles au credo maison, ces formes légères n’exigent aucun décor ou accessoire (juste un peu de son et de lumière), peuvent se jouer partout au pied levé, puisqu’elles ne reposent que sur le texte et le jeu des comédiens. Faut-il qu’ils soient bons!


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Il faut dire que l’expérience a de quoi réjouir à la ronde – à la manière, goûtée par la nébuleuse Gremaud, d’un roman de Georges Perec ou d’un poème de Francis Ponge. Car les évocations d’ustensiles tombés dans l’oubli ne visent pas à la stricte reconstitution. Sur la base de souvenirs personnels comme de documents d’archives excavés de la télévision, du cinéma ou de la littérature, la fouille archéologique se double de digressions haletantes. Comme si la chose physique renfermait son anecdote en creux. Sur une selle de Maxi Puch, dans le câble entortillé d’un combiné, ce sont des pans de vie passée qui se racontent. Mieux: les histoires s’enchevêtrent, se chevauchent, résonnent entre elles comme des gags à rallonge. Observer le concret, c’est sillonner l’imaginaire.

Ainsi quand le trio entrelace ses témoignages, il y aura toujours un écho pour venir y rebondir. En ado docile et complexé, privé de Ciao sur ordre parental, Mifsud n’en mène pas large devant ces grandes filles rebelles qui draguent en mobylette. Tandis que les bolides à deux roues mèneront les unes à l’amour d’un Robert Crettenand, le troisième subira à vélo les humiliations d’un motocycliste en t-shirt «Fruit of the Loom». La génération des quinquas compatira.

Plus tard, autour du vieux téléphone en bakélite, fusionneront non seulement le récit à haut débit d’une Colombienne échouée à Cornavin, mais des citations de deux films hollywoodiens ayant alimenté sa mythologie: «L’impossible Monsieur Bébé», avec Katharine Hepburn, et «Terreur sur la ligne», qui plonge dans l’effroi une jeune baby-sitter du nom de Jill. Bientôt, les sonneries traversent les cloisons séparant les récits. Des fragments de l’épisode précédent viendront même ricocher sur les écouteurs.

Toutes ces fritures sur la ligne empêchent l’exercice de tomber dans la nostalgie conservatrice. Au contraire, les spectateurs de tous âges jubilent de l’inextinguible fécondité d’un art théâtral réduit à son degré zéro. Observer la scène, c’est partir dans tous les sens. Vroum!

Créé: 08.07.2019, 17h34

De la terre au ciel

Les uns, dressés sur des perches ou suspendus à des spirales, tutoieront le ciel. Les autres, ancrés dans le sol, s’adonneront à des rituels païens ou des parades amoureuses. D’autres encore, par le jeu et la poésie, farfouilleront le réel et ses sinuosités. Six jours durant, les arts vivants déploieront leur palette chatoyante.

Aériens, des circassiens se hisseront sur des structures de métal: Chloé Moglia et ses «suspensives» évolueront dans «La Spire» (ma et me), tandis que Lucas Struna racontera «Comment j’ai tenté le ciel» (di).

D’autres joueront avec des objets: un tronc et un seau de zinc pour Joan Catala («Pelat», sa), une tente pour Mathias Pilet («La fuite», je et ve). Les objets, encore, sont au cœur de deux installations intrigantes: le collectif Galta nous invite à «Effeuiller le jardin» garni de livres de la collection «Que sais-je?» (ma-di), quand Julie Gilbert nous convie à écouter sa bibliothèque sonore à travers le combiné de vieux téléphones (ma-di).

Très visuel, le théâtre se décline sous des formes détonantes. Des exemples? Dans «Kingdom», la Cie Señor Serrano explore l’histoire du libéralisme… et des bananes (je-sa); dans «Nous» (créé au 2.21), le très inventif Fabrice Gorgerat questionne les tueries de masse (sa et di). Au rayon jeune public, la Cie des Ô renoue avec la tradition des tréteaux et le folklore dans «Fantôme (Dark Side)» (je et ve).

Évocatrices et puissantes, plusieurs pièces chorégraphiques, enfin, s’articulent autour d’un bestiaire: médiéval dans «À mon seul désir» de Gaëlle Bourges (ma et me), païen dans «Grrrrr» de la Cie Sylex (sa et di) –, chamanique dans «The Jaguar and the Snake» d’Amanda Pina (ma et me).

Infos pratiques

Lausanne
Festival de la Cité

Jusqu’au di 14 juillet
www.festivalcite.ch

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