Trois théâtres créés pour tisser un lien avec la population

ScèneL’Échandole, à Yverdon, et l’Octogone, à Pully, fêtent leurs 40 ans tandis que le Crochetan, à Monthey, souffle sa 30e bougie. Zoom sur leur histoire et leurs singularités.

Les trois directeurs: Yasmine Char (Octogone), Sophie Mayor (Echandole) et Lorenzo Malaguerra (Crochetan).

Les trois directeurs: Yasmine Char (Octogone), Sophie Mayor (Echandole) et Lorenzo Malaguerra (Crochetan).

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

L’Octogone

À Pully, une salle octogonale axée sur la danse

Au départ, l’Octogone n’était pas voué à devenir un théâtre. Entouré de ses huit murs, le bâtiment a d’abord joué le rôle d’aula d’un complexe scolaire inauguré en 1979. «Ce projet était novateur en termes architecturaux, dans le sens où le syndic d’alors, Gilles Perret, voulait stimuler un échange avec la population. Il souhaitait que les habitants s’approprient cet espace», souligne Yasmine Char, arrivée il y a vingt ans dans l’équipe de ce théâtre qu’elle dirige depuis neuf ans. Dans la foulée de la construction de cette bâtisse aux contours originaux, la Ville a engagé un animateur socioculturel, Jean-Pierre Althaus.

Sous son impulsion, l’aula s’est muée en véritable salle de spectacle. «Ce lieu s’est très vite voulu ouvert sur tous les arts de la scène, à l’image des centres culturels qui ouvraient un peu partout en France», rappelle Yasmine Char.

On ne compte plus les vedettes parisiennes qui se sont succédé sur les planches de cette salle de 450 places. Cette saison encore, le public verra défiler Fanny Ardant, Cristiana Reali, Pierre Palmade et Jacques Weber – qui concoctera un solo spécialement pour les 40 ans du théâtre, en octobre. Mais avant cela, Linga, compagnie de danse en résidence depuis des années, mènera le bal d’anniversaire, le 20 septembre. Le temps d’une soirée, le foyer (en rénovation) se muera en dancefloor.

Car l’Octogone a fait de la création chorégraphique sa carte de visite. Yasmine Char invite les plus grands (Hofesh Shechter, Akram Khan), déniche les nouveaux talents et défriche les styles. «Le théâtre a été pionnier dans l’accueil de spectacles de butô et de hip-hop.» Un ADN auquel elle tient farouchement. «Ce qui fait la force d’un lieu, c’est sa spécificité.» Une singularité qu’elle imprime aussi dans son volet musical. Pas de Stephan Eicher, de Thomas Dutronc ou de Phanee de Pool à Pully. «Avec Lori Immi Fighera (ndlr: programmatrice musique) nous proposons des concerts pop electro en tenant compte du fait que le public reste assis. Nous créons ainsi des moments d’intimité avec les artistes.»

Et les spectateurs? Pully est une petite ville plutôt aisée. Quelles sont les attentes du public? «Il est exigeant et cultivé», résume Yasmine Char. Ainsi sa programmation théâtrale est-elle axée sur le texte. Duras, Zweig, Williams, les auteurs avant les têtes d’affiche. «Pour les comédies, je choisis avant tout des propositions qui font réfléchir. Je sais que je peux choisir des textes difficiles. Au fil des ans, une relation de confiance s’est nouée avec les spectateurs.»


L’Échandole

À Yverdon, des spectacles dans un écrin voûté, niché dans les caves du château

On y pénètre par une lourde porte percée dans les murs épais du château d’Yverdon. Charmant écrin scénique niché dans les caves de l’imposant édifice médiéval, l’Échandole célébrera ses 40 ans ce samedi, avec des visites du théâtre dans tous ses recoins, un concert de Radio Tutti et des Barilla Sisters (venues tout droit de l’Italie du Sud), puis un after aux sonorités funk-disco-house goupillé avec la complicité de l’association culturelle yverdonnoise La Dérivée.

Mais revenons en 1979. L’ambiance est à la sinistrose à Yverdon. «À cette époque, les grandes entreprises qui avaient fait la gloire de la ville fermaient les unes après les autres», rappelle Pierre Duvoisin, ancien syndic. C’est dans ce contexte économique morose que naît la petite salle de 140 places. «Une bronca de jeunes avaient émis le souhait de créer un lieu pour se rencontrer. Nous avons donc engagé un animateur socioculturel, qui a démarré son activité dans les caves du château.»

Bien connu des Yverdonnois, Roger Zanetti, alias Zaneth, a d’abord animé un premier espace. «Puis nous avons pu transformer une ancienne cave à vin en petit théâtre.» Avec Zaneth aux manettes. «L’idée était de redorer l’image de la ville, reprend l’ex-syndic. Plusieurs opportunités se sont présentées à la fin des années 70: la fondation de l’Échandole et des Jeux du Castrum, la construction du centre thermal ou la création du Musée de la mode et de la Maison d’Ailleurs. Avec les moyens du bord, qui étaient faibles.»

Au fil des ans, des soirées d’anthologie font vibrer les murs du château. Amoureux des lieux, François Silvant y crée tous ses spectacles. Sur les planches se succèdent des concerts, du théâtre, de l’humour, sous la direction de Zaneth puis de Denis Alber, Annedominique Chevalley, Brigitte Romanens-Deville et, depuis 2012, Sophie Mayor.

Attachée à la chanson francophone

Son défi? Conserver l’ADN de ce lieu tout en y invitant, progressivement, les tendances d’aujourd’hui. «Le terme de «chanson française» a une étiquette peu vendeuse, un peu surannée, observe-t-elle. Mais on reste attachés à la chanson actuelle francophone, on propose un programme qui vit avec son temps.» Quant à l’humour, toujours présent, il se manifeste davantage sous la forme de l’impro, notamment avec la Compagnie du Cachot, en résidence. En maintenant, toujours, ce cadre chaleureux qui fait le charme de l’Échandole. «Ce lieu a un beau rapport scène-salle, qui permet des choses intimistes. C’est un bel outil quand on va dans son sens, mais il devient contraignant quand on essaie de pousser ses murs.»

Curieuse, touche-à-tout, Sophie Mayor a multiplié les ponts avec les autres institutions yverdonnoises. Dans le sillage de ses prédécesseurs, certes, mais avec une envie toujours plus forte de tresser de nouveaux liens et de laisser éclore de nouveaux bourgeons culturels, à l’image de & Patati, festival jeune public. Observatrice privilégiée de la vie culturelle, elle dénote «une belle dynamique dans une petite ville de 30 000 habitants». Bien loin de la morosité d’il y a quarante ans.


Le Crochetan

À Monthey, un grand théâtre dans une petite ville

«Un vrai, un superbe théâtre, spacieux et confortable, avec une salle en gradins de six cent cinquante places et une excellente acoustique: le nouveau Théâtre du Crochetan devrait devenir rapidement un haut lieu de la vie culturelle en Suisse romande», lisait-on dans «24 heures» en novembre 1989. Trente ans plus tard, l’intuition se vérifie. Avec sa programmation de qualité, aussi exigeante qu’éclectique, la salle de spectacle montheysanne irrigue un public tant valaisan que vaudois.

«Ce théâtre est né dans un contexte novateur car il n’y avait pas de salles de spectacle de cette taille dans de petites villes», souligne Lorenzo Malaguerra, aux manettes depuis une décennie. À l’image de L’Échandole à Yverdon (lire ci-contre), la création du Crochetan répond à une envie de dynamiser la vie culturelle. «Ce projet est né du constat que Monthey avait peu de richesse patrimoniale. Il y a donc eu une volonté politique de la positionner la ville dans le secteur des arts et de la culture. Puis, à cette envie s’est adjoint l’élan initié par un groupe de passionnés qui animaient un petit théâtre dans la salle de la gare.»

Situé aux portes du Valais, le Crochetan balaie l’ensemble de la Suisse romande. «Il y a eu cinq directeurs, pas un seul n’est Valaisan. Cela dénote un signe d’ouverture», sourit le metteur en scène. Reflétant la création locale et romande, le Crochetan porte son regard vers la France et vers les quatre coins du globe. «Il est important de nous situer sur plusieurs échelles. D’un côté, l’accueil de productions internationales, notamment dans le domaine du cirque, est la marque de fabrique de l’institution. De l’autre, il faut que les artistes du cru puissent travailler et créer dans «leur» théâtre.»

Un théâtre ouvert sur le monde, donc, mais profondément ancré à Monthey. La preuve, le spectacle des 30 ans, «Les cocottes en sucettes», à découvrir jusqu’au 22 septembre, s’inscrit dans le contexte économique récent (industrie en perte de vitesse) et les coutumes de la ville. Pour l’occasion, la fameuse Tour Vagabonde (théâtre élisabéthain d’environ 300 places) a pris ses quartiers à côté du théâtre. Lorenzo Malaguerra y dévoilera une «folie carnavalesque» et musicale, imaginée avec la Cie de l’Ovale. «Notre but est de rendre hommage à Monthey, ville de carnaval, et au plaisir du déguisement.» Le pitch? Un personnage mégalo du nom de Zizi Soufflette (incarné par Jean Lambert-wild) renverse Lorenzo Malaguerra et prend les rênes du Crochetan. Pour renflouer les caisses de la ville, il décide de travestir tous ses habitants en «cocottes» et de faire de Monthey une nouvelle Babylone…

Créé: 04.09.2019, 11h15

La crème de la danse

La ligne artistique de l’Octogone se décline en trois volets: ses têtes d’affiche au théâtre, la crème de la danse et des concerts intimistes. Cette saison, la salle accueillera, entre autres, Fanny Ardant dans «Hiroshima mon amour» (6 oct.), le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui avec «Nomad» (10 oct.) ou encore le crooner suédois Jay-Jay Johanson (8 nov.).
www.theatre-octogone.ch

Du jazz et de l’impro

Une saison riche et foisonnante, qui fait la part belle à la chanson francophone, à l’impro mais aussi au jazz. Deux grands rendez-vous marqueront également cette saison: À VRAI DIRE, festival des autofictions mitonné avec la complicité du théâtre voisin, le TBB (en mars), et un festival de théâtre sous chapiteaux pour marquer les 20 ans des arTpenteurs (11-14 juin).
www.echandole.ch

Éclectisme extrême

«L’éclectisme poussé à l’extrême.» Ainsi Lorenzo Malaguerra résume-t-il la patte qu’il a imprimée au Crochetan. Des œuvres populaires ou pointues, imposantes ou intimistes se succéderont tout au long de la saison, dévoilant les arts de la scène sous toutes leurs coutures. On signalera notamment «Vis Motrix», de CocoonDance, compagnie en résidence (28-30 janv. 20).
www.crochetan.ch

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.