Un troublant et sauvage exercice régressif vers les origines du théâtre

CritiqueAprès les grands singes, Guillaume Béguin met en scène des êtres primitifs, jusqu'au 1er février à Vidy.

Indéfinis, les personnages du Théâtre sauvage sont à la fois  infantiles et primitifs.

Indéfinis, les personnages du Théâtre sauvage sont à la fois infantiles et primitifs. Image: DR

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Guillaume Béguin poursuit avec Le théâtre sauvage sa quête anthropologique initiée avec Le baiser et la morsure. Après avoir, dans le premier opus, démonté notre relation au langage et les conséquences de l’apparition de la parole dans notre société, le metteur en scène lausannois cherche à autopsier l’évolution qui a conduit l’homme vers la représentation et le théâtre. Bien avant que celui-ci n’apparaisse chez les Grecs, au VIe siècle avant J.-C. Quelles transformations successives ont-elles permis à un être humain de s’élever face à son groupe afin d’imiter et de représenter son monde? Comment s’est-il dépouillé des oripeaux de sa bestialité pour se constituer en individu susceptible d’interagir au sein d’une communauté? L’a-t-il vraiment fait, d’ailleurs?

La Cie de Nuit comme de Jour emmenée par Guillaume Béguin ne répond jamais clairement aux interrogations qui ont guidé l’écriture (collective) du spectacle exigeant joué jusqu’au 1er février à la salle René Gonzalez à Vidy. Son travail se situe clairement du côté du théâtre de l’expérience qui laisse au spectateur la liberté (le devoir?) de construire le sens, au risque calculé de perdre une partie du public en cours de route. Durant un peu plus d’une heure trente, on suit l’évolution de six énergumènes, plus développés mais plus sauvages aussi que les grands singes du précédent opus. Par tâtonnement (et avec de timides incursions derrière le quatrième mur qui sépare la scène des spectateurs), ces êtres archaïques vont, dans la première partie, «réunir» les conditions nécessaires à l’apparition du théâtre dans notre société: la conscience de soi et celle de l’existence de l’autre, la maîtrise des pulsions mais aussi la capacité à manier un outil, le désir d’expression, etc.

Autant d’étapes toujours vécues dans la violence, le cannibalisme, les orgies, jusqu’à un sacrifice fondateur qui permettra de passer des cérémonies de mise à mort ritualisée à la mise en scène de celle-ci. Voici le propos de la deuxième partie, dans laquelle le spectacle de sorcières brûlées vives aboutit à la faculté de (se) représenter les passions humaines. La mimesis est née. Dès lors, les relations entre les individus se tissent. La tête rejoint enfin le corps, montrent des ombres projetées. Le quatrième mur peut tomber. Rupture. Sur scène, un couple de spectateurs commente sans concession ce qui vient de se jouer. Dans la dernière partie, on découvre l’homme moderne. En culottes courtes, il paraît encore incapable de réellement se définir, encombré de ses instincts primitifs (enregistrés sur des magnétophones).

Le baiser et la morsure (rejoué en parallèle à Vidy) impressionnait par la performance scénique des comédiens et le miroir dérangeant tendu au spectateur. Avec ses personnages répulsifs, l’exercice régressif du Théâtre sauvage s’avère plus troublant. En s’attelant à définir l’essence complexe du théâtre comme celle de l’homme, Guillaume Béguin a un peu trop densifié son propos. Mais son talent de direction d’acteurs et sa rigueur artistique méritent à eux seuls le déplacement à Vidy. (24 heures)

Créé: 13.01.2015, 10h38

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