[VIDÉO] Cascadeur, de James Bond à Cyrano

ScènePavel Jancik est l’un des quatre spécialistes des combats scéniques en Europe. Il dévoile ses trucages dans un livre.

Vidéo: Romain Michaud

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Il dégaine son épée avec la prestesse et la prestance du jeune premier. À 64 ans, Pavel Jancik manie l’arme comme Cyrano. Sauf que les escarmouches qu’il exécute sont réglées au millimètre près. Son art? Le combat chorégraphique, qu’il résume en vingt-huit points dans son ouvrage fraîchement paru, «La cascade au théâtre». Il y dévoile ses trucages et astuces pour rendre crédibles les scènes de violence sur les plateaux de théâtre, mais aussi de télévision et de cinéma.

À l’entendre, il n’est pas si ardu de s’initier au combat scénique. Vraiment? Chiche. Il nous tend l’une de ses épées stylisées et nous montre comment esquisser un duel. Un, deux, trois, quatre. On a de la peine à suivre ses mouvements virtuoses. «Il faut un mois de répétitions pour régler un combat à l’épée», nous rassure-t-il. Après quelques minutes (éreintantes!), on se prendrait pourtant (presque) pour d’Artagnan.

Du figurant au dissident

Épéiste de formation, Pavel Jancik est l’un des quatre spécialistes du combat chorégraphique en Europe. Comment est-il devenu ce cascadeur que l’on s’arrache? «J’ai appris sur le tas… et aussi avec de la fantaisie! Je suis une sorte de metteur en scène de la violence. Je dois faire preuve d’imagination pour rendre une scène crédible.» Car aucune école ne délivre de diplôme de cascadeur dit «physique» (mû par la force humaine)­. D’ailleurs, il songe à ouvrir une académie à Lausanne pour former des disciples ( lire encadré).

Pourtant, rien ne prédestinait ce natif de Brno (en actuelle République tchèque) aux arts de la scène. «Quand j’étais gamin, le théâtre, l’opéra, la musique, tout ça, ça ne m’intéressait pas du tout. Je n’aimais que le sport.» Jusqu’au jour où un copain du club d’escrime l’embarque dans une drôle d’aventure. «L’Opéra de Brno cherchait des figurants pour «Aïda». C’était payé 20 couronnes tchèques, soit 80 centimes par représentation. Devant cet argument de poids, j’ai accepté!» À tout juste 12 ans, le jeune Pavel fait ses premiers pas dans le monde du spectacle. Il ne le quittera plus. Deux ans plus tard, il s’essaie au théâtre dans «Roméo et Juliette» et prend part aux scènes de combat réglées par le maître d’armes Ludvik Hochmut, dont il deviendra le disciple. «J’ai découvert une nouvelle forme de violence, jouée et maîtrisée. Un monde d’illusion où la collaboration l’emporte sur la compétition.» Dans la foulée, l’intrépide monte une équipe de comédiens escrimeurs et crée un spectacle de cape et d’épée sur les assassinats politiques historiques. «Après le spectacle, Ludvik m’a dit: «Monsieur Pavel, à partir de maintenant, je vous nomme maître d’armes.» Il a 17 ans.

Une carrière prolifique

Pavel Jancik est un fougueux. En art comme en politique. Militant dissident aux côtés de Václav Havel, il quitte sa Tchécoslovaquie natale dans les années 80. Réfugié en Suisse, il apprend le français en autodidacte et donne des cours de combat à des comédiens. «Des metteurs en scène ont commencé à m’appeler. Puis Benno Besson m’a engagé pour régler les combats de son «Hamlet». Comme il avait une renommée internationale, je me suis fait une place dans le milieu.» Au théâtre comme sur les écrans. Les combats de «La reine Margot» de Chéreau? C’est lui. Ceux de «James Bond - Quantum of Solace»? Encore lui. «Juste la scène à l’Opéra de Vienne», nuance-t-il avec modestie. Maurice Béjart fera même appel à lui pour un numéro de… trapèze. «Je lui ai dit de contacter un cirque. Mais il m’a répondu: «Arrête de faire chier, je veux travailler avec toi.» J’ai donc pris des cours avec une trapéziste et j’ai réglé la scène pour «La nuit transfigurée».

De Béjart à Luc Besson, Pavel Jancik a orchestré les combats de 400 pièces de théâtre et réglé les scènes d’action de plus de 120 films. Mais il reste un homme de l’ombre. «Après la première de «Zoo Story», en septembre dernier au Pulloff, Michael Kinzer (chef de la Culture à Lausanne) est venu vers moi et m’a dit: «Eh, Pavel, qu’est-ce que tu fais là?» Il n’avait pas pensé que j’avais réglé une scène. C’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire.» (24 heures)

Créé: 30.12.2018, 17h01

Une académie de cascades à Lausanne?

Il en rêve depuis plusieurs années. Pavel Jancik songe à fonder une académie de cascades dans les vastes locaux qu’il loue – comme dépôt – à côté des Théâtres 2.21 et Pulloff, dans le quartier du Vallon. Le hic, c’est que le syndic de Lausanne, Grégoire Junod, a d’autres ambitions pour ces lieux: en février dernier, il annonçait dans nos colonnes son intention de créer un pôle théâtral destiné aux compagnies locales.
«J’ai déposé une demande il y a sept ans auprès de la Ville pour mon projet d’école, mais je n’ai jamais eu de réponse. Puis il y a quelques mois, j’ai reçu un courrier m’annonçant qu’ils me viraient», se désole Pavel Jancik. Qui ne compte pas en rester là. «J’ai pris un avocat et je compte me battre jusqu’au bout. Je continue à payer mon loyer, même si je ne reçois plus de factures.»

Grégoire Junod confirme que les autorités lorgnent les lieux: «Il n’y a pas de projet dans l’immédiat, mais, à plus long terme, cet espace pourrait en effet permettre d’avoir une plus grande salle pour les arts de la scène au Vallon. C’est clairement l’option que privilégie la Ville.»

De son côté, Pavel Jancik est convaincu qu’une académie de cascades ferait rayonner Lausanne. «Tous les mois, je reçois des e-mails de jeunes qui veulent devenir cascadeurs ou de sportifs qui cherchent à se reconvertir.» Son dossier est ficelé: l’école accueillerait 120 apprentis cascadeurs et fonctionnerait avec un budget annuel de 500 000 francs. «Je pourrais également donner des cours d’autodéfense et de prévention de la violence, notamment pour les écoles», souligne celui qui anime déjà un cours de «gestion des situations difficiles» à des fonctionnaires d’État vaudois.

Natacha Rossel

«La cascade théâtrale»
Pavel Jancik
Ed. L'Agapante & Cie, 196 p.

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