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CritiqueDe l’absurdité du pouvoir au pouvoir de l’absurdité: le roi est mort, vivent les clowns!

À Vidy, le très clownesque «Ein Zwei Drei» de Martin Zimmermann fait fuser l’aberration avec émotion

Les incroyables clowns du «Ein Zwei Drei» de Martin Zimmermann. De g. à dr.: Dimitri Jourde, Romeu Runa et Tarek Halaby.
Les incroyables clowns du «Ein Zwei Drei» de Martin Zimmermann. De g. à dr.: Dimitri Jourde, Romeu Runa et Tarek Halaby.
AUGUSTIN REBETEZ

Quand le clown sort du cirque, il menace l’équilibre du monde, mettant en lumière un grotesque qui n’est plus contenu par le rassurant cercle de la piste. «Rien n’est plus grotesque que le tragique» écrivait Beckett à Roger Blin au sujet de sa pièce «En attendant Godot», dont les personnages Vladimir et Estragon se laissent entrevoir en clowns pathétiques au bord du néant.

Les trois spécimens de «Ein Zwei Drei», la dernière pièce de Martin Zimmermann jouée à Vidy mardi en première mondiale d’une longue tournée à venir, font tout un cirque, mais ils ne s’y trouvent pas. Leur cadre s’avère un musée où le clown blanc prend le rôle du directeur, l’Auguste celui de l’assistant, et le contre-pitre, cette troisième figure clownesque apparue au début du XXe siècle, celui de l’artiste.

Dans ce contexte, qui n’est pas le plus attendu, ces trois personnages ouvrent des failles ambiguës, minant des situations burlesques par l’effroi et la cruauté de jeux de pouvoir qui éclairent le monde de l’art, mais peuvent s’extrapoler à d’autres milieux.

Les trois acteurs se montrent époustouflants. Le contre-pitre, Romeu Runa, en danseur contorsionniste à la sauvagerie féline. L’Auguste, Dimitri Jourde, en bouffon simiesque et répétitif. Et le clown blanc, Tarek Halaby, en dandy suffisant et hystérique. Chacun se fond dans une sorte de ballet que le pianiste (et batteur!) Colin Vallon, rythme en live dans une très belle intrication entre musique et dramaturgie.

Dans un décor stylisé, la férocité de certains épisodes explose en contrastes. L’impression de saisir rapidement les contours de ces trois magnifiques figures très typées se dégage d’abord dans une logique scénique assez lâche (qui pourrait encore se peaufiner dans les enchaînements).

Mais la dynamique progresse et se resserre. Le remue-ménage identitaire du trio infernal réserve ainsi des surprises dans ses interversions. Le maître, l’esclave et le fou ne se laissent pas cerner dans leurs multiples codépendances. Surtout, «Ein Zwei Drei» ne se laisse pas enfermer dans ses excès, mais chemine avec assurance vers l’émotion. Les blessures du pouvoir prennent parfois la forme d’une bouche béante. Sans cri mais avec une langue impertinente qui pointe.

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