Passer au contenu principal

CritiqueAngélica Liddell orchestre un requiem luciférien

À Vidy, «Une côte sur la table» de l’artiste espagnole délivre un saint blasphème.

La Catalane en officiante d'une liturgie qui renverse toutes les valeurs dans «Una costilla sobre la mesa: madre». A voir à Vidy dans le cadre du festival Programme Commun.
La Catalane en officiante d'une liturgie qui renverse toutes les valeurs dans «Una costilla sobre la mesa: madre». A voir à Vidy dans le cadre du festival Programme Commun.
Susana Paiva

Double retour aux origines pour Programme Commun, festival des arts de la scène qui avait marqué les esprits lors de sa première édition, en 2015, avec deux spectacles d’Angélica Liddell. L’Espagnole est de retour au Théâtre de Vidy avec «Una costilla sobre la mesa: madre», soit une pièce qui évoque le décès de sa mère l’an dernier, année où disparaissait également son père. De ce requiem qui se focalise ici sur la figure maternelle, la dramaturge allume un bûcher funéraire dont les flammes échappent au seul hommage parental pour envahir un champ beaucoup plus vaste où la perte, la douleur, l’agonie sont portés à incandescence, dans un mouvement de consumation qui n’est pas sans rappeler le bréviaire de Georges Bataille.

«Une déflagration de la culpabilité»

Les spectacles d’Angélica Liddell s’apparentent à des rituels et cette nouvelle création ne fait pas exception. «Ce n’est pas qu’un requiem, c’est une déflagration de la culpabilité et un besoin d’expiation à travers la beauté», écrit-elle dans le texte (Ed. Les Solitaires Intempestifs) qui précède la pièce. La performance infiltre son théâtre aux puissantes racines baroques, mais cette poétesse brûlant les planches préfère certainement envisager son implication forcenée comme une liturgie. Dans un ordonnancement luciférien – où le porteur de lumière se transforme en pourvoyeur de noirceur –, celle d’«Une côte sur la table» inverse toutes les valeurs attendues, retrouvant ainsi une mystique dans le blasphème, le sublime dans la souffrance, seule trace durable d’une vie s’écoulant dans la disparition.

D’une intensité vocale à faire trembler Jéricho, dévoilant des tableaux scéniques d’une beauté spectrale et orchestrant des complaintes affolées où le fantastique chanteur Niño de Elche prend sa part, Angélica Liddell ne cherche pas toujours l’originalité, mais paie aussi de son corps ce tribut sacrificiel à une «terre, avant que Dieu ne soit amour». Tout le monde ne voudra pas entrer dans cette chapelle ardente de tous les renversements, de toutes les apories, de tous les crachats de pénombre, et où exultent sans réserve toutes les expressions de la haine, de la fulmination, de l’imprécation, de l’anathème. Mais quelle joie pour les autres de voir reconnu ce besoin de sentir les pulsations de l’existence, quel qu’en soit le prix.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.