Passer au contenu principal

ScèneÀ l’Arsenic, des spectateurs sèment un trouble ludique à l’ordre public

La performance «Invisible», imaginée par Yan Duyvendak, déjoue les codes de représentation. Critique.

La performance «Invisible» est née d'un projet de recherche à la Manufacture, à Lausanne, et de worshops menés aux Pays-Bas, en Inde (photo) et en Serbie.
La performance «Invisible» est née d'un projet de recherche à la Manufacture, à Lausanne, et de worshops menés aux Pays-Bas, en Inde (photo) et en Serbie.
Cie Yan Duyvendak

Une oscillation, à peine perceptible. Un trouble ludique à l’ordre public. Une invitation au jeu et au lâcher-prise. La réalisation collective d’une œuvre d’art. Entre les murs de l’Arsenic, puis lancés dans les rues de Lausanne, les spectateurs d’«Invisible», performance imaginée par Yan Duyvendak avec 31 complices d’écriture, se jettent à corps perdu dans une expérience immersive. Peut-on d’ailleurs parler de spectateurs quand ceux-ci forment le magma d’une œuvre? Une fois de plus, le lauréat de l’Anneau Hans-Reinhart 2019 prend un malin plaisir à déjouer les codes de représentation, à dynamiter les cadres.

Car «Invisible» n’est ni une pièce de théâtre ni même réellement une performance. C’est avant tout un jeu. Après une vingtaine de minutes d’explication des règles, nous voilà lâchés, scindés en deux groupes, dans les rues animées du Flon. Notre rôle? Prendre part à des missions ludiques (qu’on ne vous spoilera pas) au cœur de l’espace public. Notre présence, nos actions presque indécelables visent à créer une faille dans la normalité. «L’idée est que les usagers des lieux perçoivent qu’il se passe quelque chose sans comprendre quoi», résume Yan Duyvendak.

Regards complices, amusés ou gênés. On sent tantôt un (léger) frémissement dans le regard d’un passant. Tantôt, la mission échoue: personne ne semble avoir remarqué notre petit remue-ménage. La déception affleure mais d’autres émotions surgissent: la sensation d’un vécu collectif, une perception affûtée de ce qui nous entoure, un sentiment de liberté. Une introspection, aussi: à quel point sommes-nous capables de surpasser nos inhibitions?

Après deux heures de comédie urbaine, l’heure est au débriefing. De retour à l’Arsenic, les «spectateurs» échangent leur expérience, leur ressenti autour d’un verre de vin. Bribes de récits d’une drôle d’aventure.

Sous ses allures ludiques, «Invisible» déroule de multiples fils dramaturgiques: quelle est la place du spectateur dans une œuvre artistique? Comment titiller et augmenter l’attention du public? Où se situent les frontières entre l’art et la vie? Les interrogations ne sont certes pas nouvelles, mais la performance réactive des principes anthropologiques, sociologiques et esthétiques sous un prisme récréatif.

Les idées de Claude Lévi-Strauss ou du sociologue et linguiste Erving Goffman traversent cette expérience à vivre tous les jeudis et samedis jusqu’au 30 novembre. On y retrouve aussi celles de Fluxus, mouvement influencé par Dada qui, dans les années 1960, a cherché à combler le fossé entre l’art et la vie. L’ombre du Brésilien Augusto Boal plane elle aussi sur la performance. Son célèbre «Théâtre de l’opprimé» militait pour un théâtre citoyen et participatif, dans une perspective de lutte contre les injustices sociales. Nourri de toutes ces influences, Yan Duyvendak crée une véritable poétique de l’invisible.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.