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Théâtre«Benno Besson était un sacré bonhomme»

René Zahnd consacre un essai richement documenté au metteur en scène vaudois, tandis que sa pièce «Anacoluthe!» tient l’affiche du Petit Théâtre.

René Zahnd dans le foyer du Petit Théâtre, où Philippe Sireuil crée sa pièce «Anacoluthe!».
René Zahnd dans le foyer du Petit Théâtre, où Philippe Sireuil crée sa pièce «Anacoluthe!».
FLORIAN CELLA

Un spectacle jeune public, un essai sur Benno Besson tout juste sorti de l’imprimerie et des textes plein les tiroirs: René Zahnd, 60 printemps au compteur, ne chôme pas. Sa pièce «Anacoluthe!» prend vie au Petit Théâtre, à Lausanne, sous la baguette de Philippe Sireuil (lire encadré). Mardi prochain, l’écrivain, traducteur et ancien adjoint de René Gonzalez à la tête du Théâtre de Vidy, vernira son ouvrage richement documenté «Benno Besson, la réalité en jeu», au Théâtre… Benno Besson, à Yverdon. Interview.

Qu’est-ce qui vous a conduit à écrire cet essai sur Benno Besson?

En donnant des cours à l’école de théâtre des Teintureries, je me suis rendu compte que la nouvelle génération ne verrait jamais un certain nombre d’œuvres majeures de grands metteurs en scène. Je crois que cela fait partie de notre rôle que de témoigner. J’ai donc eu envie de rendre Besson un peu plus présent, de raconter son parcours incroyable, ses spectacles extraordinaires.

Un parcours qui l’a mené d’un petit village du Nord vaudois à Berlin-Est!

Oui, trente ans de carrière à Berlin-Est, avec des succès historiques qui s’inscrivent dans un contexte politique et social particulier. Au départ, lorsqu’il s’y rend avec Brecht, il y a un élan extraordinaire, l’utopie de construire un monde nouveau. Benno Besson raconte que, les dimanches, toute l’équipe du Berliner Ensemble prenait pelles et brouettes pour déblayer les débris dans la ville. C’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup: comment fait-on du théâtre là-dedans? Comment le théâtre participe-t-il à cet effort?

Justement, comment les mises en scène de Besson s’inscrivent-elles dans ce contexte?

Dans les années 1960, il monte «Le dragon», du dramaturge russe Evgueni Schwartz. La pièce raconte le combat du chevalier Lancelot contre un dragon qui opprime les habitants d’un petit village. Mais la chute de ce dictateur génère une nouvelle tyrannie. C’est une fable sur le pouvoir. À l’époque, on se dit: «C’est Hitler? Staline? Ou Ulbricht, le secrétaire général du Parti communiste d’Allemagne de l’Est?» Derrière tout cela se cache le vieux fantasme de Brecht: pour lui, le monde était transformable, et le théâtre pouvait participer à cette transformation. Besson ne l’a jamais énoncé de manière aussi claire, mais ses spectacles s’inscrivaient pleinement dans cette veine. «Le dragon» en est un exemple.

Vous l’avez vous-même côtoyé, lorsque vous codirigiez le Théâtre de Vidy?

Oui, il a créé plusieurs spectacles mémorables à Lausanne, dont «Le Tartuffe» de Molière, «Le cercle de craie caucasien» de Brecht ou «Les quatre doigts et le pouce» de Morax. Je l’ai aussi côtoyé en tant que journaliste. À la chute du mur, je me souviens lui avoir demandé: «Qu’est-ce que tu penses de tout ça?» Il m’a répondu: «Tout le monde prend cela pour une victoire, mais en réalité c’est un énorme échec.» Il était resté sur cette utopie qui n’a pas pu se réaliser. Jusqu’au bout, il est resté fidèle à ses convictions. C’était un sacré bonhomme!

Le livre sera verni le 8 mai, une semaine après la première d’«Anacoluthe!» L’écriture est-elle un moteur pour vous?

L’écriture est le fil rouge de mon existence. Quand j’étais journaliste, j’écrivais déjà à côté, à Vidy aussi. J’ai composé une vingtaine de pièces et j’en ai cinq ou six dans mes tiroirs, que je vais retravailler. Certaines sont des fictions, d’autres prennent un ancrage historique.

Parvenez-vous à laisser vos pièces aux bons soins d’un metteur en scène?

Borges disait qu’on publie un livre pour s’en débarrasser. Je partage cette vision. J’aime laisser leur liberté au metteur en scène et aux acteurs, qui d’ailleurs finissent par connaître le texte beaucoup mieux que son auteur. Jamais je ne me glisserais dans une répétition avec le livre sur les genoux pour dire: «Tu as loupé une virgule!»

Vous avez traduit une trentaine de pièces, en binôme avec Hélène Mauler. Comment rendre l’esprit d’un auteur dans une autre langue?

Je pense qu’il y a une forme de respect dû à l’auteur. Nous essayons de restituer le texte au plus près de sa pensée, avec l’écart qu’impose le génie des langues. Nous sommes très sensibles à la question de l’oralité, si importante lorsqu’on traduit du théâtre. Avec Hélène, nous pouvons passer une demi-heure sur un mot, il y a quelque chose de ludique et de jubilatoire à trouver la bonne solution. Forcément, il y a des partis pris, les traductions s’inscrivent dans une époque. Dans vingt ans, d’autres traducteurs ricaneront peut-être en découvrant notre travail. Il faut l’accepter…

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