Les bêtes d’Orwell se mutinent à Dorigny

ThéâtreChristian Denisart adapte «La Ferme des animaux», allégorie de la révolte.

Les costumes du spectacle ont été imaginés et conçus sur mesure par Séverine Besson.

Les costumes du spectacle ont été imaginés et conçus sur mesure par Séverine Besson. Image: MEHDI BENKLER

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Un costume de cochon maous suspendu à un ceintre, un sabot plus réel que nature posé sur une table, une patte sertie de longues griffes acérées. Les coulisses de la Grange de Dorigny, à Lausanne, ont des allures de bestiaire rural depuis quelques jours. Dans un décor formé de panneaux mobiles et modulables, quatorze comédiens se glissent peu à peu dans la chair, la toison ou les plumes du vigoureux cheval Malabar, de Benjamin le vieil âne atrabilaire ou de Moïse le corbeau, personnages hauts en couleur de La ferme des animaux de George Orwell. Christian Denisart signe une adaptation de cette fable aussi cocasse que cruelle, cinglante de cynisme, à voir du 18 au 28 janvier à la Grange puis en tournée au Théâtre de Grand-Champ, à Gland (30 janvier), au Reflet, à Vevey (3 février) et au Théâtre du Jorat, à Mézières (20-21 avril).

Allégorie des dérives du stalinisme, le roman publié en 1945 raconte la rébellion d’une coterie d’animaux à quatre pattes (et à plumes) contre leur fermier M. Jones, sous l’égide du vénérable verrat Sage l’Ancien (symbolisant à la fois Karl Marx et Lénine), bientôt remplacé par le pernicieux Napoléon (double de Staline). Mais Christian Denisart a choisi de s’affranchir de la critique du communisme inhérente au récit pour faire entendre tout ce qu’il a d’actuel, de brûlant: séduction des foules, panurgisme, manipulation des faits, réécriture de l’histoire.

«Ce texte est une introduction à la citoyenneté, à l’esprit de révolte. J’ai envie que ce spectacle incite à ça»

«Je ne voulais pas m’attacher à des figures tutélaires du mal car cela nous empêche, à mon sens, de regarder ce qui est proche de nous.» Par le biais de la fable, l’artiste compte l’air de rien instiller un message dans l’esprit du public: «Je veux créer quelque chose de joli, avec des personnages très attachants. L’idée est d’endormir la défense du spectateur et de lui montrer ce que ces animaux perdent progressivement dans l’histoire. J’ai l’impression que le conte a cet avantage de nous toucher au cœur, sans passer par l’adresse directe.»

Éviter le grotesque

Car sous ses airs plaisants la fable orwellienne est féroce. Christian Denisart le rappelle: la mutinerie des animaux est une histoire pour adultes. «Ce texte est une introduction à la citoyenneté, à l’esprit de révolte. J’ai envie que ce spectacle incite à ça. À ne pas rester passif, à ne pas accepter les inégalités qui se creusent. Ce n’est pas une pièce jeune public.»

Soit. Mais comment grimer quatorze comédiens en animaux sans tomber dans l’écueil du grotesque? Comment souligner la verve comique du texte sans en forcer le trait? Christian Denisart s’appuie sur les trouvailles de sa complice – pleine de fantaisie –, la costumière Séverine Besson. «Les tenues de scène s’arrêtent au niveau de la tête, à l’exception de quelques petits accessoires, décrit le metteur en scène vaudois. Je dis aux comédiens qu’on a greffé leur tête sur un corps d’animal. Ça les rend maladroits mais d’autant plus touchants. Et ça leur permet de jouer de manière très naturelle. En fait, c’est une forme d’anti-masque.»

Cette formule du costume «animal en bas, humain en haut» est née il y a deux ans avec le spectacle jeune public L’arche part à 8 heures. Trois comédiens étaient engoncés dans de très inconfortables tenues de pingouins et se chamaillaient pour décrocher l’une des deux places disponibles sur l’arche de Noé. «En créant cette pièce, j’avais tout le temps en tête La ferme des animaux, qui est un peu son miroir sombre, son pendant dramatique.»


Lausanne, Grange de Dorigny
Puis en tournée
Du 18 au 28 janvier
Rens. 021 692 21 27
www.grangededorigny.ch

Créé: 15.01.2018, 09h02

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