Blessés de guerres sur plusieurs fronts
ThéâtreDans son fief carougeois, Françoise Courvoisier laboure un triple champ de bataille en montant «Le Corps infini» du Vaudois René Zahnd.

Dans le prolongement des gradins, un vrai champ de bataille – sauf qu’il a pris l’apparence feutrée d’une chambre d’hôpital. Sur le lit médicalisé, pieds face au public, perfusion au bras, repose la platine Catherine (splendide Alexandra Tiedemann), une journaliste blessée lors de combats entre rebelles et forces armées au Proche-Orient. À son chevet, son blond compagnon Arnaud (Vincent Ozanon) tente pacifiquement de rentrer en contact avec la rescapée. Il sera bientôt rejoint par les brunets Guy (Olivier Lafrance) et Alice (Patricia Mollet-Mercier), un couple d’amis en crise dont le conflit permanent ne connaît aucune trêve. L’extase amoureuse que nul ne semble atteindre «ici», Catherine, elle, l’a entrevue «là-bas», dans les bras d’un Slimane qui la hante.
Les paradoxes qu’a incorporés à son huis clos l’auteur René Zahnd, anciennement journaliste culturel puis directeur adjoint de René Gonzalez à Vidy, en sont de loin la meilleure part. Situer le théâtre des hostilités au cœur d’une maison de soins helvétique et le décor d’une idylle romantique sur le terrain des opérations militaires exige un certain cran. Atténué hélas par l’indigence des dialogues...
«Est-ce que l’humanité ne pourrait pas arrêter de se déchirer?» Pareilles répliques avaient peu de chance d’inspirer à Françoise Courvoisier une mise en scène enlevée. Sincère et passionnée, celle-ci n’a guère d’alternative que de diriger pléonastiquement ses acteurs, et d’opter pour une esthétique de téléfilm. La principale victime à déplorer? L’audace potentielle de la pièce.
Créé: 03.12.2019, 17h41
«Le Corps infini»
Les Amis musiquethéâtre,
jusqu’au 15 décembre,
www.lesamismusiquetheatre.ch
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