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Scène«Une bonne pièce de théâtre doit être gourmande»

Au TKM, Michel Voïta s’empare de «L’Iliade», monument de la littérature antique. Interview.

Figure de la scène romande, Michel Voïta a coécrit un texte d’après L’Iliade d’Homère, qu’il présente dès mardi au TKM.
Figure de la scène romande, Michel Voïta a coécrit un texte d’après L’Iliade d’Homère, qu’il présente dès mardi au TKM.
VANESSA CARDOSO

Regard perçant, voix grave et suave, Michel Voïta dégage une présence olympienne. Figure de la scène romande, l’homme de théâtre s’empare d’un monument de la littérature antique: L’Iliade, épopée homérique relatant la guerre de Troie. En binôme avec l’auteur Domenico Carli, l’artiste de 60 ans a composé un texte en vers libres, L’Iliade, le choix d’Achille, à voir du 27 février au 18 mars au TKM, à Renens. Au cœur du spectacle, le héros légendaire qui a opté pour une vie brève et héroïque plutôt que longue et anonyme.

«L'Iliade, le choix d'Achille» en répétition. (Photo Mario Del Curto)
«L'Iliade, le choix d'Achille» en répétition. (Photo Mario Del Curto)

Pourquoi avoir créé un spectacle autour de «L’Iliade», une épopée qui n’a pas été conçue pour la scène?

Je tournais autour de ce texte depuis un certain temps. C’est l’un des récits fondamentaux de notre culture. Homère a fixé par écrit une tradition orale, relatée par des conteurs qui connaissaient des milliers de vers par cœur. Or les comédiens sont des raconteurs d’histoires. Notre métier est de nous emparer de ces histoires. C’est pourquoi ce spectacle est écrit «d’après Homère».

Comment avez-vous conçu ce texte?

J’avais envie de travailler avec Domenico Carli depuis un certain temps. D’emblée s’est posée cette exigence: un texte ne peut être le dépositaire que d’un seul inconscient. On a décidé que ce serait le mien. Domenico a fait une première écriture sur laquelle je me suis appuyé pour rédiger ce texte. Puis il m’a aidé à retendre l’ensemble, et nous l’avons fait lire aux comédiens.

Pourquoi vous focaliser sur le choix d’Achille?

Parce que Achille est au cœur du poème. Mais aussi pour des raisons très personnelles. En tant que comédien, j’ai en quelque sorte choisi, comme lui, la vie brève. Acteur, on pense qu’une éventuelle renommée peut être une raison de vivre. Alors que ce qui importe, c’est de vivre. Le reste en s’en fout! Ma préhistoire et mon histoire ont peut-être des comptes à régler avec l’héroïsme.

Ce spectacle fait donc écho à votre histoire?

Oui, c’est présent. Je mets mon savoir-faire au service de questions qui m’interpellent. Mais je ne veux pas en dire plus, car cela créerait des «totems». Peter Brook disait qu’au théâtre le diable, c’est l’ennui. Quand on met en scène des questions fondamentales (il prononce fondamentâââles, ndlr), on s’emmerde au bout de trente secondes. Il y a une légèreté dans ce spectacle, je ne veux pas entrer dans la lourdeur. Mais, attention, je ne renonce en rien à mon exigence.

Quelle est cette exigence?

Quand on mange dans un bon restaurant, on n’apprécie pas seulement le goût des plats, mais aussi la manière dont ils sont présentés. Il y a cette virtuosité qu’on ne peut pas reproduire à la maison. Un spectacle, c’est pareil. On se dit: «Comment arrivent-ils à faire cela ensemble?» Une bonne pièce de théâtre doit être gourmande. C’est aussi important que l’intelligence du propos. D’ailleurs, c’est l’un de mes points de rencontre avec Omar Porras. Il a ce plaisir gourmand du spectacle. Quand je lui ai parlé de L’Iliade, il m’a dit: «Fonce!» C’est assez peu commun…

Comment rendre accessible un texte aussi lointain, du point de vue temporel?

Le théâtre, c’est aussi des histoires anciennes racontées par des gens de maintenant. Pendant les répétitions, on m’a demandé d’accueillir un petit môme de 12 ans qui s’intéressait au théâtre. Il ne connaissait rien à la guerre de Troie mais a découvert Achille, Hélène, Hector… Il m’a dit: «Et après, il se passe quoi?» Il était pris par le suspense du récit. Et de ça j’étais ravi!

Pourquoi ne jouez-vous pas dans ce spectacle?

Parce que la machine est trop lourde pour faire les deux. Je l’ai déjà fait, et je le referai! Mais j’aime profondément la mise en scène. J’ai moins la possibilité de le faire, notamment parce qu’il y a moins d’espaces pour faire le théâtre que j’aime.

Comment définissez-vous le «théâtre que vous aimez»?

Je ne peux pas le définir. Évoquer un «théâtre de texte» est trop réducteur. Ce serait répondre sur une classification que je trouve idiote. Ce métier aime les catégories, je trouve cela d’une bêtise affolante!

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