Boulimie et Barnabé renouent avec les Revues

ScèneOrchestrée par Blaise Bersinger, «M3 - La nouvelle Revue de Lausanne» enflammera Boulimie dès vendredi. A Servion, la Revue fait son grand retour sous forme improvisée.

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Sur les planches du Théâtre Boulimie, six voix au diapason (ou presque) entonnent allègrement «Lausanne, capitale du deal», sur une chorégraphie encore (un peu) hésitante. «Ça prend forme gentiment», souffle Kaya Güner. Sourire goguenard, il s’essuie le front avant de nous guider dans le dédale menant à son bureau. Au passage, on enjambe des cartons, des chaises et des projos, on évite de marcher sur une immense pièce de tissu blanc que découpe soigneusement une couturière à même le sol. Dans chaque recoin, le théâtre vit dans l’effervescence, à quelques jours de la première de «M3 - La nouvelle Revue de Lausanne».

Revivifier la tradition

Nouvelle? On l’aurait presque oublié, mais la capitale vaudoise a une belle tradition de Revues. Rembobinons rapidement. En 1875, le casino-théâtre présentait «Lausanne à vol d’oiseau», qualifiée à l’époque de «féerique et fantastique», relate l’ouvrage «Le Théâtre de Lausanne». Suivront les productions du Kursaal – scène d’opérette et de variété nichée aux Terreaux – puis du Théâtre municipal jusqu’en 1959. Elles reprennent du service dans les années 2000 sous la houlette de La Moulinette. Mais la tradition des grandes Revues, piquantes et impertinentes, s’est essoufflée au fil des décennies.

Cette tradition, Kaya Güner et Frédéric Gérard, compères-capitaines de Boulimie, comptent bien la revivifier du 2 novembre au 8 décembre. Mais pas question de s’embourber dans les vieilles formules ringardes ni de dégainer à tout va l’attirail de froufrous, de plumes et de paillettes. À l’instar de Barnabé et son spectacle improvisé (lire encadré), le duo mise sur la relève. Leur champion? Blaise Bersinger, trublion de la scène romande.

«On rit des sujets, pas des gens. Et on n’attaque pas de personnalités frontalement.» Blaise Bersinger, auteur de la Revue et comédien

«Ce spectacle est davantage né de l’envie de mettre en avant son univers loufoque que de créer une revue», explique très sérieusement Kaya Güner. Avant de s’exclamer: «Mais physiquement, on souffre. On regrette un peu, hein Blaise!» Clin d’œil complice. Les trois acolytes s’entendent comme larrons en foire. «On lui a donné une carte blanche absolue», rigole Frédéric Gérard. «J’ai écrit le spectacle mais j’ai été aidé, notamment par Sébastien Corthésy, renchérit Blaise Bersinger. J’ai aussi demandé un coup de main à Benjamin Décosterd et à Thomas Wiesel pour certains sketches.»

Entre deux boutades et jeux de mots dont lui seul a le secret, le comédien et humoriste nous dévoile quelques bribes de la Revue. «Comme Lausanne n’est pas New York, on s’appuie pas mal sur l’actualité internationale, mais tout est ancré ici.» Des exemples? La visite du pape, la votation de «No Billag» ou la Coupe du monde seront présentées sous le prisme local. Tout de même. Lausanne a livré quelques histoires croustillantes ou grinçantes, l’affaire Melgar en tête. «Oui, bien sûr. Mais on rit des sujets, pas des gens, prévient-il. Et on n’attaque pas des personnalités frontalement.»

Tableaux musicaux

Et le M3 dans tout ça? «Il nous permet d’entrer en matière, reprend Blaise Bersinger. On vient tout juste de fêter les 10 ans du M2 et on embraye sur le futur métro.» Kaya Güner complète: «On a vécu les travaux, vu que le théâtre se trouve à côté de la station de la Riponne. C’était donc logique de démarrer le spectacle sur ce thème.»

Une Revue n’en serait pas une sans ses tableaux musicaux. «On tenait absolument à avoir des musiques faites pour le spectacle, mais on était un peu ric-rac au niveau du budget», raconte Blaise Bersinger. Le crowdfunding a résolu ce petit problème pécuniaire: en quelques semaines, l’équipe a réuni le pécule nécessaire pour payer les musiciens. «Ils ont composé un morceau, enregistré les chansons et les jingles.» C’est donc accompagnés par une bande-son pro et bien léchée que les six comédiens chanteront, dès vendredi, «Lausanne, capitale du deal».


Au Café-théâtre de Servion, ce soir on improvise!

L’affiche de «La grande Revue improvisée», à Servion. DR

Le grand retour de la Revue de Servion ne fera pas dans la demi-mesure. Ses tableaux, flamboyants et grandiloquents, se déploieront du 17 novembre au 9 février 2019 dans une toute nouvelle formule: improvisée et résolument moderne.

Un soulagement pour le public de Barnabé, qui a vu ce rendez-vous mythique (né en 1967) lui passer sous le nez l’an dernier, sur décision de l’ancienne direction. Noam Perakis, le nouveau capitaine des lieux, et son bras droit, Céline Rey, le remettent au goût du jour, pimpé, sans pour autant décontenancer les habitués du pittoresque café-théâtre. «Ils attendent des voix, des costumes et des tableaux magnifiques. Nous avons rassemblé ces exigences dans un sac, secoué et redistribué les cartes», image Noam Perakis, qui cosigne la mise en scène.

Sous la baguette du maître de cérémonie (Sarkis Ohanessian et Benjamin Cuche, en alternance), une brochette d’as de l’impro imagineront des sketches sous l’impulsion du public, qui donnera à coup sûr du fil à retordre aux comédiens. «Les spectateurs donneront des thèmes, des lieux, des personnalités», dévoile Noam Perakis. Saynètes loufoques et poilantes en vue! Les improvisateurs auront quelques secondes pour aller piocher dans un des 7000 costumes du café-théâtre. Quant aux décors, ils seront créés à mesure et sur mesure via des projections sur un écran géant. «C’est un spectacle inédit et un grand show en termes de lumières et de vidéo. Chaque représentation sera unique, complètement différente.»

La formule improvisée a le grand avantage de permettre aux artistes de réagir à l’actu bouillante. «Avec internet et les réseaux sociaux, l’actualité change très vite. Si Trump se fait éjecter de la Maison-Blanche, les comédiens pourront en faire un sketch le soir même.»

Créé: 30.10.2018, 06h43

Les autres Revues

À Thierrens, l’indéboulonnable Bouillon et ses compères mijotent un spectacle bien salé pour la fin d’année. «Big Boubouille is watching you» scrutera notre société facebookienne et végane avec mordant.
(23 nov. - 15 déc.)

Chavornay soufflera la 25e bougie de sa Revue, qui est, selon sa formule, «la plus petite des grandes, ou la plus grande des petites». Les huit sketches agrémentés de chansons reviendront notamment sur la mort du «Matin» et l’affaire Broulis.
(26-27 janv. et 1er-2 fév. 2019)

Plumes et frou-frou frétilleront à Moudon dans «Fatales», revue de music-hall.
(Douane de Moudon, 2-3 fév. 19)

Plus que centenaire, la Revue du FC Lutry se déploiera en mai 2019.

Ailleurs en Romandie, on signalera l’impérissable Revue de Genève. Sous la baguette d’Antony Mettler et de Laurent Nicolet, les comédiens astiquent Luc Barthassat déguisé en Calimero, le pape qui lave les pieds de Doris Leuthard et l’armée suisse relookée par Christina Cordula et Karl Lagerfeld.
(Casino-Théâtre, jusqu’au 31 déc.)

À Sion, l’humoriste valaisan Frédéric Recrosio décortiquera l’actu avec la verve qui le caractérise dans la troisième saison de «Ma Revue à nous».
(Théâtre de Valère, du 4 au 30 déc)

N.R.

Plus d'infos

Lausanne, Théâtre Boulimie
Du 2 nov. au 8 déc.
021 312 97 00

Servion, Café-Théâtre Barnabé
Du 17 nov. 18 au 9 fév. 19
021 903 09 03

Plus d'infos

Servion, Café-Théâtre Barnabé
Du 17 nov. 2018 au 9 fév. 2019
Rens. 021 903 09 03
www.barnabe.ch

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