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ScèneBrassens dompté par une femme

Avec «Misogynie à part», la Genevoise Françoise Courvoisier rend toutes les nuances du poète et chanteur français. Dès le 11 mars au Théâtre Boulimie.

Avec Roland Vouilloz (voix et violoncelle), Philippe Mathey, Franc?ois Nadin (voix) et Narciso Sau?l (guitare & arrangements musicaux). Anouk Schneider
Avec Roland Vouilloz (voix et violoncelle), Philippe Mathey, Franc?ois Nadin (voix) et Narciso Sau?l (guitare & arrangements musicaux). Anouk Schneider
Anouk Schneider

La scène est propice à la redécouverte d’artistes chéris ou honnis. Le public pourra en faire l’expérience au Théâtre Boulimie, à Lausanne, grâce à «Misogynie à part», en replongeant dans l’univers du compositeur et chanteur français Georges Brassens (1921-1981). «Misogyne, Brassens? questionne la metteuse en scène Françoise Courvoisier. Oh que oui et oh que non! C’est bien la complexité de son rapport aux femmes, à la société et au monde qui nous intéresse!» Pour dépeindre un Brassens multifacette, dans un spectacle en chansons, la Genevoise a décidé de recréer sur scène une ambiance intime, si chère à l’artiste. En effet, à côté des salles combles, l’homme vouait aussi un amour inconditionnel aux espaces intimes, où depuis les petites planches chaque mot se chuchote à l’oreille. Dès le 11 mars à la table de Boulimie, devant un bon vin, du fromage et une baguette, trois comédiens et une guitare dresseront le portrait d’un poète doux ou de mauvaise humeur, n’épargnant personne pour chanter libre.

À l’ère de #MeToo, certains pourraient avoir tendance à bouder Brassens. Sommes-nous allergiques à la nuance?

En tout temps, l’art est fait pour résister. Avant «Misogynie à part», je voulais, pour être encore davantage dans la provocation, appeler mon spectacle «Elle m’emmerde», des paroles qu’on retrouve aussi dans la chanson-titre. Vous savez, je suis une femme et féministe à ma façon. Et jamais je ne me suis sentie dénigrée par les paroles de Georges Brassens. Je vois son œuvre comme un tout, avec une richesse découlant des nuances. Parfois il chante son amour à sa femme comme dans le bouleversant «Saturne», un hommage où il explique qu’il s’en fout totalement de ses cheveux blancs, toujours avec beaucoup de délicatesse. Mais d’autres fois il exprime de l’exaspération, et je trouve très malhonnête de penser qu’un artiste ne doit éprouver que de l’admiration pour ses sujets. Brassens a écrit autant de chansons tendres que de titres prétendument misogynes. Lorsqu’il dit par exemple, dans «Quatre-vingt-quinze fois sur cent», que «la femme s’emmerde en baisant», il y a une certaine vérité là-dedans, confirmée par les nombreux gloussements féminins qu'on entend dans la salle au moment de cette chanson! Et le poète n’épargne jamais l’homme en évoquant celui qui, couché sur elle, se trouve formidable: «C'est à seule fin que son partenaire, se croit un amant extraordinaire.»

Le consensus, ce n’est pas trop votre truc?

Bien sûr que non. Et chaque fois que j’imagine un spectacle, sans le savoir je cherche à tout prix à l’éviter. Ici la chanson permet aussi d’évoquer plusieurs thèmes qui s’entrechoquent, en évitant les écueils du didactisme. C’est un mode d’expression merveilleux lorsqu’il est bien utilisé.

En alternant des morceaux comme «Je me suis fait tout petit», «La complainte des filles de joie», «Fernande», «Le gorille» ou encore «Les copains d'abord», l’équilibre était-il difficile à trouver?

Durant mon enfance, grâce à mon père, j’ai vécu avec les chansons de Brassens. Mais la distribution, moment crucial, a largement guidé mon choix des musiques. D’abord Roland Vouilloz est apparu comme une évidence, pour son rapport au texte d'une exceptionnelle acuité, sa causticité, son espièglerie. Il partage avec Brassens un sentiment de révolte face aux injustices... «Le gorille», par exemple, qui critique la peine de mort, lui colle à la peau! Pour sa désinvolture et son charme, Philippe Mattey s'est ensuite imposé. Il est irrésistible, notamment, dans «Je me suis fait tout petit». Enfin François Nadin, le plus jeune, pour sa voix en or et son bouillonnement intérieur. Lorsqu’il se met à chanter «Les passantes», le public fond. Chacun révèle les paroles à sa manière. Et puis il y a les incontournables, comme «La complainte des filles de joie». On ne peut pas faire un spectacle autour de Brassens sans la chanter.

Et ses mélodies, que certains trouvent monotones, comment les faites-vous résonner?

Elles sont beaucoup plus complexes qu’elles n’en ont l’air! Là aussi, grâce aux enchaînements, j’ai cherché à faire apparaître les contrastes, les ruptures. Le guitariste argentin Narciso Saúl a permis cela. Il s’est littéralement approprié l’œuvre et revisite les rythmes et les harmonies. Sa façon de prendre de la distance avec Brassens permet en fait de mieux le redécouvrir. Toujours en faisant preuve d’une grande modestie.

Que désirez-vous apporter aux textes de Brassens à travers la mise en scène?

Brassens avait toujours une bande de copains. Selon moi, ses chansons s’adressent davantage à quelques potes autour d’une table. Par exemple, «Misogynie à part» s’intègre parfaitement bien dans l’espace intime sur scène, avec cette complicité masculine évidente.

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Lausanne, Théâtre Boulimie Du 11 au 14 mars www.theatreboulimie.com

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