«Pour moi, Chéreau a été essentiel»

Théâtre & cinémaPascal Greggory est de passage à Lausanne pour un double hommage au cinéaste.

Pascal Greggory lit des écrits de Chéreau ce samedi à Vidy et présentera «La Reine Margot» le 8 mars aux Rencontres du 7e art.

Pascal Greggory lit des écrits de Chéreau ce samedi à Vidy et présentera «La Reine Margot» le 8 mars aux Rencontres du 7e art. Image: DR

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Pascal Greggory fut le compagnon de route intime et artistique de Patrice Chéreau. De passage à Vidy ce samedi, le comédien donne une lecture d’écrits du cinéaste et metteur en scène dans «Ceux qui m’aiment…». Il reviendra dimanche prochain à Lausanne pour présenter le film «La reine Margot» (1993) aux Rencontres du 7e art. Coup de fil.

Qui était Patrice Chéreau? L’homme et l’artiste se confondaient-ils?
Il était très différent dans la vie et dans son travail. Il y avait une forme de dédoublement entre l’homme et l’artiste. Dans la vie, il était sombre, renfermé sur lui, mal dans sa peau. Mais il avait une présence très puissante. Quand il entrait dans une pièce, une fébrilité s’installait dans l’air. Dans le travail, c’était une personne complètement différente. Il donnait toute son énergie. Quand on travaillait avec lui, on avait le sentiment d’être dans une troupe. On entrait dans une famille. Cela ne voulait pas dire qu’on acceptait tous les contraintes d’une famille, mais on se sentait en même temps démunis et protégés face à cette énergie phénoménale.

Que vous a-t-il apporté, personnellement et artistiquement?
Ces deux aspects se mêlent. Il m’a donné conscience du danger de ce métier, moi qui étais assez frivole. Artistiquement, il m’a appris à chercher la profondeur d’un personnage. Nous avons vécu une grande histoire de travail, d’amour et d’amitié. Patrice a été quelqu’un d’essentiel dans ma vie. D’ailleurs, j’ai dîné avec lui la veille de son décès, je suis parti de chez lui vers minuit et demi, et il est mort le lendemain (ndlr: en 2013 d’un cancer du foie).

Comment l’avez-vous rencontré?
Le premier spectacle que j’ai vu de lui était «La dispute», de Marivaux. Je devais avoir autour des 20 ans, j’en suis ressorti bouleversé. Les comédiens étaient imprégnés de sentiments, on sentait la peau, la sensualité. Par la suite, je suis allé voir toutes ses pièces, on se croisait, on se saluait. Puis, un soir, j’étais dans un restaurant à Paris, seul, un peu mélancolique, et il est entré. Il s’est assis à ma table et on a dîné ensemble. Comme il était sur le point de monter «Hamlet» à Avignon, je lui ai demandé s’il y avait un rôle pour moi. Il m’a répondu que tous les acteurs avaient été choisis, mais que quatre ou cinq petits personnages n’avaient pas été distribués, comme le hallebardier ou Fortinbras. Sur les cinq heures de spectacle, j’apparaissais seulement quinze minutes. Après cela, j’ai repris le rôle d’Horatio en tournée. Depuis lors, on n’a pas arrêté de travailler ensemble, au cinéma comme au théâtre.

Comment dirigeait-il les comédiens?
Il dirigeait les acteurs de la même manière au théâtre, à l’opéra et au cinéma. Je me souviens qu’il montait sur scène, nous disait que le sentiment sur le visage devait se voir à un mètre. Que s’il le voyait à un mètre alors il se verrait dans toute la salle. Au cinéma, il était pareil. Il venait sur le plateau et nous parlait pendant le tournage des scènes. Ça rendait fou le preneur de son. Mais il ne pouvait pas s’en empêcher. Il aimait tellement, follement les acteurs!

Vous lui rendez hommage dans «Ceux qui m’aiment...». Comment avez-vous composé ce spectacle?
Après la mort de Patrice, j’ai ressenti un manque énorme. Ce n’est pas un hommage, plutôt un remerciement. Je voulais lui rendre la politesse. Je me suis dit: «Il faut que je fasse quelque chose sur Patrice, pour pouvoir passer à autre chose après.» J’ai fait des recherches seul, dans ses écrits, ses pensées sur le théâtre, le cinéma. Comme j’ai amassé une matière énorme, j’ai demandé à Anne-Louise Trividic (ndlr: qui a été scénariste de Chéreau) d’écrire un synopsis. Elle a créé une cohérence de lecture. Au milieu des écrits, j’ai inséré quatre lettres qu’il m’avait envoyées.

Une correspondance intime?
À la fois intime et artistique. Par exemple je lis une lettre qu’il n’a pas adressée qu’à moi, mais à tous les comédiens de la pièce «Le temps et la chambre». Elle avait beaucoup de succès, on était en tournée à Genève. Un matin, on reçoit tous le même fax à notre hôtel. Il nous explique qu’il avait vu la représentation de la veille – on ne savait pas qu’il était dans la salle – et que c’était mauvais. Cette lettre est à la fois drôle, profonde et incroyablement intelligente sur le métier d’acteur. Je lis aussi un poème qu’il m’a écrit en lien avec «La reine Margot». Dans le film, je joue le duc d’Anjou, ce poème parle de ce personnage.

Vous présenterez le film aux Rencontres du 7e art. Quel souvenir conservez-vous du tournage?
C’est un film très sombre, sanglant. Chéreau a donné un éclairage très novateur sur cette famille de pouvoir qui se déchire. Ce qui me frappe quand j’y repense, c’est que le tournage a été extrêmement joyeux. Était-ce pour compenser ce côté violent du film? Sûrement, d’une façon inconsciente. Mais on s’est beaucoup, beaucoup amusés. C’est anecdotique, mais c’est significatif de l’univers de Chéreau. À partir du moment où on entrait dans son monde, on vivait des moments de travail intense, entrecoupés de grandes envolées de rires.

Créé: 29.02.2020, 13h54

Coups de coeur

• Conversations au Capitole Tendez l’oreille. Isabella Rossellini reviendra sur les mystères jamais éventés de «Blue Velvet» (1986) où la brune, 35ans alors, vampe les démons en poupée fardée de night-club. À leur première rencontre, son metteur en scène et futur compagnon David Lynch lui trouve un air d’Ingrid Bergman, la veut après le refus d’Hanna Schygulla. «Beaucoup me voyaient comme une image et comme si par ce film, je me rebellais contre un cliché.»
(ve 6 mars, 18h30, projection à 19h, Cinéma Capitole).

• Rencontres de midi à l’EJMA Ambiance informelle promise pour ces entrevues en petit comité. La Franco-Suisse Irène Jacob, pourra raconter ses débuts, de Louis Malle à, surtout, l’intense polonais Krzysztof Kieslowski dans les années 90. De «La double vie de Véronique» à «Trois couleurs: Rouge», tourné en partie à Genève, la fille de physicien touchait aux étoiles. Elle vient de publier son premier roman, «Big Band» (Éd. Albin Michel).
(je 5 mars, 12h30, EJMA)

• Master Class à l’Écal Le cinéaste et romancier Bernard Blier discute d’amour avec Lionel Baier, autre empêcheur de filmer en rond, patron du cinéma à l’Écal. «Préparez vos mouchoirs», «Les valseuses» ont griffé une époque, «Trop belle pour toi» ou «Merci la vie» estampillé un auteur plus tendre que ses saillies vitriolesques ne le laissent augurer. Son dernier film, «Convoi exceptionnel», reste inédit en salles. Dommage.
(ve 6 mars, 18h, Écal)C.LE

Rencontres 7e art «Think Cinema»
Lausanne
Pully
Montricher
4-8 mars
www.rencontres7art.ch

Infos utiles

Lausanne
Théâtre de Vidy
Sa 29 fév. (19h)
www.vidy.ch

Lausanne
Salle Paderewski
Di 8 mars (10h)
www.rencontres7art.ch

Pascal Greggory jouait le duc d'Anjou dans «La Reine Margot» de Patrice Chéreau. (Image: AFP)

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