Christophe Honoré, l’urgence de cicatriser le traumatisme du Sida

ThéâtreA Vidy, le Français célèbre ses idoles fauchées par la maladie dans un spectacle bouleversant, ultime volet d’un triptyque composé d’un film, d’un roman et d’une pièce de théâtre.

Marina Foïs en Hervé Guibert, Youssouf Abi-Ayad en Bernard-Marie Koltès et Marlène Saldana en Jacques Demy dans «Les Idoles», à Vidy.

Marina Foïs en Hervé Guibert, Youssouf Abi-Ayad en Bernard-Marie Koltès et Marlène Saldana en Jacques Demy dans «Les Idoles», à Vidy. Image: JEAN-LOUIS FERNANDEZ

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Ils lui ont inoculé cette énergie créatrice, ce désir ardent de vivre, ce courage de quitter sa Bretagne natale pour réaliser ses rêves de cinéma, d’écriture, de théâtre. Christophe Honoré se sent redevable aux cinéastes Cyril Collard et Jacques Demy, à l’écrivain Hervé Guibert, au critique de cinéma Serge Daney et aux dramaturges Bernard-Marie Koltès et Jean-Luc Lagarce. Ces figures brûlées par le sida, l’artiste français ouvertement homosexuel leur rend hommage dans un spectacle bouleversant, jusqu’au 22 septembre au Théâtre de Vidy. «La pièce s’appelle «Les idoles», mais il n’est pas question de les sacraliser. Ce n’est pas une messe aux morts, souligne-t-il. Au contraire, j’essaie de leur mettre du sang frais dans les veines. Et j’assume le côté amusé, léger, futile.»

On aurait pu craindre une œuvre plombée, baignée de nostalgie et de regrets. Le chagrin est bien là mais résiste au pathos. Parce qu’il est sincère, juste, pudique. Pendant 2 h 30, les comédiens échangent, s’invectivent, se confient dans un flot de paroles. Dans la peau de l’écrivain Hervé Guibert, Marina Foïs ébranle dans un monologue d’une rare intensité. Seule en scène, elle raconte les derniers instants de Muzil, double de Michel Foucault sous la plume de Guibert. La salle retient son souffle. Surtout, le spectacle est injecté d’humour. «Je fais partie de la promo 1991, comme Freddie Mercury», se vante Cyril Collard (Harrison Arévalo) au moment d’évoquer l’année de sa mort. Les comédiens, tous impeccables, ont dessiné des personnages complexes, touchants, pétris dans leurs travers et leurs contradictions. En filigrane, Christophe Honoré livre une réflexion fine et subtile sur l’homme face à la mort, à l’amour. Mais aussi sur les implications du sida et de l’homosexualité dans les arts.

«Je ne me considère pas comme un militant ni comme un représentant des homosexuels. Mais en tant qu’artiste, je participe à travailler à un imaginaire collectif.» Un imaginaire qu’il façonne par l’écriture théâtrale, littéraire et cinématographique. Le spectacle conclut un triptyque intime répondant à une urgence de rappeler l’histoire récente. Celle du traumatisme laissé par le sida dans les années 1980-1990. Celle, aussi, des discriminations endurées par la communauté gay. «J’ai cru que le problème de l’homophobie était réglé, en France. Or je me suis aperçu que ce n’était pas le cas. On nous tolère mais on reste à part.» Avant de monter «Les idoles», Christophe Honoré a réalisé un film – sélectionné à Cannes – «Plaire, aimer et courir vite» et écrit un roman très personnel, «Ton père», évoquant sa vie de papa homo (lire encadré).

En parallèle au spectacle à Vidy, la Cinémathèque rend hommage à ces idoles jusqu’au 16 octobre. À l’affiche, notamment, «Les nuits fauves», de Cyril Collard, auréolées d’un César en 1993, quelques jours seulement après la mort du cinéaste. (24 heures)

Créé: 14.09.2018, 18h01

Christophe Honoré (Image: Raphaël Neal)

Guerre et paix, père et gay



«Guerre et paix: contrepèterie douteuse.» Un dimanche matin, une fillette de 10 ans montre à son père le mot qu’elle a découvert punaisé sur la porte d’entrée. «De quoi me traitait-on au juste? De gay et de père. On me traitait de ce que je ne m’étais jamais caché d’être», analyse Christophe, le narrateur, double romancé de Christophe Honoré. «Je suis très angoissé par ce retour très réactionnaire, nous confiait l’écrivain lors de notre rencontre à Vidy. Le fait d’être le père d’une fille me rend plus vigilant à la perception que les gens ont d’une famille comme la mienne.»

Cette famille, à la fois singulière et si normale, ses tourments de papa homo, le Français de 48 ans nous les dévoile avec pudeur dans «Ton père», roman sensible, drôle, sincère. Au fil des pages, il nous emmène aussi dans ses premiers émois amoureux, ado, en Bretagne. En fin de chapitre, il a parsemé des photographies en noir et blanc. De ses idoles, célébrées à Vidy, et des clichés personnels. Un ouvrage intime, épris de tolérance et de liberté.

«Ton père»
Christophe Honoré
Mercure de France, 184 p.

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