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SpectacleCisco Aznar, entre amour et douleur

De retour à Lausanne après des incursions humanitaires, l’artiste catalan s’en inspire pour «Dolores Circus». À découvrir à la Grange de Dorigny

L’univers baroque de Cisco Aznar et des siens de retour à Lausanne. Ça va faire mal!
L’univers baroque de Cisco Aznar et des siens de retour à Lausanne. Ça va faire mal!
FLORIAN CELLA

C’est un conteur extraordinaire. Un chaman de la danse qui envoûte son public et l’entraîne dans des univers oniriques, foisonnants d’archétypes et de figures mythiques. Cisco Aznar, clown céleste parti explorer d’autres mondes, au Brésil, en Afrique et en Suisse, est aussi un être humain pétri d’amour pour l’autre. Il faut le voir apprivoiser ces adolescents suisses en rupture sociale ou, avec une infinie délicatesse, mettre en jeu des jeunes filles du camp de réfugiés de Kakuma au Kenya.

Attentif aux moindres gestes de recul, à la plus petite expression de peur, mais aussi aux sourires et aux mouvements libérateurs d’émotions, le chorégraphe parvient peu à peu à faire jaillir la joie et les rires. «Depuis l’enfance, une force me pousse à aider les plus faibles. À leur apporter ce que je peux. En l’occurrence la danse, mais aussi à travers elle, l’amour, le soin et l’humour.»

Avant un palpitant «Sacre du printemps» présenté à l’Opéra de Lausanne en 2013, Cisco Aznar avait déjà vécu une belle histoire chorégraphique avec la région, puisqu’il a présenté son premier spectacle au Petit Théâtre («Peter Funk», en 1999) avant de passer par L’Octogone, Vidy et la Grange de Dorigny où il est de retour aujourd’hui et où il se sent comme à la maison.

Né en 1972 à Badalona, en Catalogne, Cisco Aznar est le dernier d’une famille modeste de quatre enfants. «J’avais un compagnon imaginaire dont je me rappelle parfaitement les traits et le nom: Wis. Il était beau et bronzé. Avec lui je dansais, je me déguisais, j’inventais des histoires. Mon premier public - ma mère - en était fasciné…»

Avec sa nouvelle création, «Dolores Circus», il s’inspire de ses expériences sociales pour écrire et raconter une chronique vitale. Il réalise un spectacle très personnel où il convoque la douleur. «Ces univers très différents m’inspirent. Une déferlante de visages et de réalités multiples qui ont provoqué en moi un cataclysme de sentiments et d’images demandant à être exorcisés par un nouveau spectacle.»

La douleur? Un sentiment qui le porte, l’étreint, le constitue en partie - sa mère s’appelle Dolores - et qu’il sublime dans ses spectacles depuis ses débuts. Esprit libre et irrévérencieux, le chorégraphe sait depuis toujours magnifier les tourments qui l’habitent, les fusionnant avec son humour ravageur. Fin observateur du conscient et de l’inconscient, Cisco Aznar parle avant tout de ses frères et sœurs terriens.

«En tant que créateur, on a toujours envie de partir ailleurs, mais c’est vrai que la douleur est toujours là. Cette fois-ci, je la mets au centre. Elle évoque tant les blessures de l’âme comme les sentiments d’abandon, l’humiliation ou la solitude existentielle, que les souffrances physiques de la maladie, de la misère ou de la faim.»

Impertinence et fantasmagorie

Sans jamais se départir de son impertinence, Cisco Aznar fabrique des objets artistiques hors du commun entremêlant les médiums et les réalités. Luis Lara, son complice, amour et alter ego depuis plus de vingt ans, crée avec lui des scénographies burlesques, des costumes et des masques baroques, des films fantasmagoriques. «Dans «Dolores Circus», je rends aussi hommage à la réalisatrice avant-gardiste Maya Deren dont le cinéma expérimental, surréaliste et psychanalytique, me touche beaucoup. Initiée au vaudou, elle avait pour figure tutélaire une femme au couteau fiché dans le cœur. La divinité de l’art qui ressemble beaucoup à la vierge espagnole de la douleur.» Interprété par Maria de la Paz, Roberto Gomez Luque, Luca Musy, Jean-Philippe Guilois et Cisco Aznar lui-même, «Dolores Circus» promet de la lumière après une nuit mouvementée, de la douceur sur les écorchures de l’âme.

Car si ses yeux sombres sont grands ouverts sur le monde, affrontant en adulte la réalité d’une société humaine pas toujours belle à voir, Cisco Aznar conserve la naïveté de vouloir transmettre de l’amour par la danse. «Je joue à créer comme un enfant qui s’ennuie. Cette part d’enfance restera toujours en moi. Quand un enfant pose son regard sur le monde, ce dernier change, acquiert de la magie», souligne-t-il. Il suffit d’observer son visage étroit, empreint des émotions qui traversent ses dramaturgies, pour constater que, comme un enfant qui joue à se faire peur, c’est toute sa vie qu’il met en jeu lorsqu’il crée. Une intensité et une sincérité sous-tendant tous ses spectacles chorégraphiques ou d’opéra. Alors rien d’étonnant si Éric Vigié invite à nouveau le magicien catalan à créer «L’amour sorcier» en novembre prochain à l’Opéra de Lausanne.

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