Clémentine Célarié, grande amoureuse devant l’Éternel

La rencontre Non conventionnelle et même révoltée, la célèbre actrice française travaille d’arrache-pied avec toujours autant de dévotion. À 61 ans, elle n’a pas perdu une once de sa fougue

«Moi, je ne vieillis pas, j’avance. Et plus on avance dans la vie, plus on a de la richesse», confie la comédienne.

«Moi, je ne vieillis pas, j’avance. Et plus on avance dans la vie, plus on a de la richesse», confie la comédienne. Image: VHQ/Eric Fougere

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Regrettant de n’avoir qu’une seule vie et surtout que vingt-quatre heures dans une journée, Clémentine Célarié ne s’arrête jamais. Au théâtre et au cinéma, la comédienne française enchaîne les rôles et attend impatiemment le Festival d’Avignon l’année prochaine pour satisfaire un besoin devenu vital: mettre en scène une pièce. En attendant, le 5 décembre, elle sera de retour en Suisse, au Bicubic à Romont, pour interpréter Francesca dans la pièce «Sur la route de Madison». Bouleversante dans ce rôle qui lui va comme un gant, nous avons pu la rencontrer le lendemain d’une représentation, sur une terrasse au soleil à Lausanne, sans fard ni artifice.

Vous êtes aujourd’hui une comédienne de renom. À 20 ans cependant, vous avez été recalée du Conservatoire national d’art dramatique. Vous vous en souvenez?

C’était atroce, un déchirement affreux. Je pleurais tout ce que je pouvais. C’est un CRS qui m’a consolée. Je me souviens d’une immense solitude, une horrible déception. Je n’avais pas de technique, et à l’inverse trop de passion, trop d’appétit. Je me demandais comment c’était possible que je sois refusée alors que j’étais convaincue d’être faite pour ça. Comme si j’avais voulu être bonne sœur et qu’on m’avait dit que je n’avais pas assez la foi.

D’ailleurs, au temps de l’enfance, ne vouliez-vous pas être religieuse?

J’étais alors en pension et je trouvais beau d’aller vers la bonté humaine, vers quelque chose de vrai, de profond. Je voulais de la pureté, autre chose que le monde adulte concret et matériel. Je voulais rester dans le rêve, l’imaginaire. J’ai trouvé ensuite cette foi dans mon travail. J’ai cette pureté avec le théâtre où il y a du sacré. D’ailleurs, je déteste quand les gens ne considèrent pas le théâtre comme sacré. On ne peut pas le banaliser.

Le théâtre ne reste-t-il pas votre art préféré?

Sans hésiter. Il demande un travail acharné, et j’aime le travail acharné. J’ai envie d’aller vers le beau, vers l’artistique. En toute humilité, c’est vers l’art que je veux aller, pas vers le succès. Au théâtre, on a la chance de pouvoir transcender les émotions, les sentiments. Mais il faut y aller beaucoup, plonger du haut de la falaise, mettre ses tripes à l’air et passer par tous ces états d’âme. Comme un parcours de gymnastique, sauf que là, c’est mental. Dans «Sur la route de Madison», il se passe des trucs géniaux. C’est toute la beauté de l’amour, d’une rencontre. Un jour un homme que j’adorais m’a dit – il me savait grande amoureuse devant l’Éternel: «Ce n’est pas être aimé que je veux, c’est être préféré.» J’ai trouvé ça génial! Et c’est exactement ce qui se passe entre Robert et Francesca dans la pièce: c’est elle qu’il veut et qu’il préfère. Et c’est là qu’il y a un drame atroce. Par moments, j’ai mal au bide.

Que ce soit Francesca dans la pièce «Sur la route de Madison» ou Nicole Parmentier dans le film «En mille morceaux», pourquoi semblez-vous enchaîner les rôles tragiques?

C’est une volonté d’aller vers des histoires exceptionnelles. Je serais partante pour une comédie, pour rigoler, mais il faudrait que ce soit dingue, à l’Almo­dóvar, sinon ça n’a pas de sens. Il faut quelque chose qui me dépasse, me transcende. Je ne veux pas «mettre mon cul sur la commode». Tourner un film uniquement parce qu’on sait qu’il va cartonner, ça m’emmerde. Je n’aime pas la convention. Je ne fais surtout pas ce métier pour ça.

En parlant de faire autre chose, vous avez 61 ans aujourd’hui. Comment vieillir dans le milieu du théâtre et du cinéma?

Je n’utilise pas le terme «vieux» car je le juge péjoratif. Moi, je ne vieillis pas, j’avance. Et plus on avance dans la vie, plus on a de la richesse. Il faut se servir de l’âge qu’on a. Pourtant, aujourd’hui, prendre de l’âge, on dirait attraper la lèpre! Le système veut nous faire penser qu’il faut le subir. C’est complètement idiot! Je n’ai pas attendu d’avoir 61 ans pour me dire que c’est dur, que c’est un métier difficile. Mais c’est comme l’amour: un amour qui est tout plat, ce n’est pas l’amour, c’est un arrangement.

Justement, les difficultés de cette profession ne vous épuisent-elles jamais?

C’est fatigant, dézinguant, mais c’est ça qui est beau. Actuellement, je travaille tout le temps donc je ne vois pas beaucoup de monde. Pour l’instant, c’est comme ça. En même temps, la solitude est une nécessité pour moi. D’ailleurs je ne me ressens pas seule. Les gens peuvent penser que je le suis mais ce n’est pas le cas! En ce moment, je suis amoureuse de Madison. Au point qu’il me serait même difficile de tomber amoureuse d’un homme, tant ce que je vis sur scène, avec l’équipe, le public, c’est tellement foudroyant. Une réalité plus matérielle et concrète risquerait d’être un peu morne. Or, moi, je suis très entière.

Et engagée: vous avez signé l’initiative contre les violences faites aux femmes. En quoi cela vous importait-il?

Comment aurais-je pu ne pas signer une telle pétition? Muriel Robin m’envoie un texto, bien sûr que je signe! Je ne me pose même pas la question, je suis contre toute violence conjugale, évidemment enfin! Je me suis retrouvée moi-même dans des situations délicates de ce type. Je n’ai pas porté plainte parce que le responsable de cet acte me suppliait, disait m’aimer comme un fou. Il faudrait surtout arrêter les discours et, à la place, mettre en action des lois.

Vous semblez révoltée.

Oh oui, et pas que par ça! Trop de gens se tapent des fortunes, font des fêtes dans une telle profusion d’argent que c’en est atroce. J’ai une amie qui se meurt de la maladie de Charcot, parce qu’il n’y a pas un seul vaccin! Ça m’évoque l’époque du sida, quand les gens mouraient comme des mouches. Ça me fend le cœur. Dans ce monde, il manque cruellement une mobilisation et une solidarité. Et c’est urgent!

Créé: 10.11.2018, 13h03

Au vif du sujet

Pourquoi la pub Slim Fast? J’ai fait cette publicité il y a plus de vingt ans parce qu’à l’époque, je me séparais du père de mes deux derniers enfants. C’était une époque en creux, compliquée, je n’avais pas beaucoup de ressources. Elle m’a permis de me faire pas mal de fric. Et en plus, suivre ce régime en vrai m’a fait maigrir!

Le corps comme instrument de travail? Dans mon métier, il faut avoir une rigueur physique. Le théâtre, c’est sportif, ça pompe beaucoup. Quand les gars vont manger, moi je n’y vais pas. Je ne peux pas aller manger avant d’aller jouer. J’ai faim mais j’aime ce sentiment d’être vide pour pouvoir remplir mon corps de la Francesca de «Sur la route de Madison». Pour moi, manger, c’est un peu le repos du soir.

L’importance de l’apparence? Bien sûr. Je fais attention tout le temps, je bois beaucoup d’eau, je fais du sport, des soins, je n’ai pas envie de grossir, je veux rester mince, pour faire le maximum de rôles. J’ai la chance de pouvoir bouger, de jouer au théâtre. Il faut être reconnaissant, se réjouir du corps que l’on a.

Les diktats de l’esthétisme? Être constamment dans l’esthétisme dans notre métier, surtout pour les femmes, est très dangereux. Déjà se regarder tout le temps. Si j’y pense, je ne fais plus rien. D’ailleurs, si c’était vraiment une obsession, jamais je n’aurais accepté un rôle comme Francesca pour lequel, à certains moments, je me mets dans des états pas possibles.

La chirurgie esthétique? La coquetterie, c’est mon ennemie. Il y a une frontière à ne pas dépasser, comme se rafistoler la tronche. Après, chacun fait ce qu’il veut, mais moi, je me méfie. Si on commence à se faire opérer, c’est comme les tatouages, ça devient vite une drogue. Aux États-Unis, c’est incroyable de voir combien certaines actrices se détruisent le visage. Au point que trop de chirurgie peut rendre des rôles impossibles à jouer, comme la femme totalement ravagée que j’incarne dans le film «En mille morceaux».



En dates

1957

Naît le 12 octobre à Dakar au Sénégal.

1973

Retour en France où elle passe son baccalauréat.

1976

Recalée au Conservatoire national d’art dramatique, joue dans des cafés-théâtres, fait la manche, bosse comme animatrice à Radio Sept et France Inter.

1983

Débute au cinéma dans «Garçon!»

1985

Naissance de son premier fils. Deux autres suivent en 1989 et en 1991.

1986

Citation au César de la meilleure actrice dans un second rôle pour «37°2 le matin», de Jean-Jacques Beineix.

1992

Tourne «Les nuits fauves», puis «Toxic Affair» (1993), «Les sœurs Soleil» (1997).

1998

Joue dans de nombreux téléfilms dont «Madame sans gêne» qui lui vaudra une citation au Molière de la comédienne (2002). En tire un one woman show.

2011

«Groo2ve», spectacle musical avec ses trois fils.

2016

Joue «Darius», puis «Sur la route de Madison».

2018

Prix d’interprétation au Global Motion Picture Award américain pour le film «En mille morceaux».

Articles en relation

«Voyage au bout de la nuit» à La Grange

Théâtre Le roman le plus célèbre de Céline arrive à Dorigny dans une mise en scène de Philippe Sireuil. Plus...

A TMR, deux frères entre frustrations et tendresse

Théâtre Michel Voïta met en scène la pièce «En cachant les oeufs», née de la plume de son épouse, Laurence Voïta. Plus...

L'Octogone, quarantenaire fatigué, sera modernisé

Pully Les élus ont débloqué près de 1,2 million pour rénover le foyer du théâtre. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 21 septembre 2019
(Image: Valott?) Plus...