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ThéâtreDu Congo à Lausanne, immersion dans la vie du fret

À Vidy, Stefan Kaegi embarque les spectateurs à bord d’un camion de marchandises. Entretien.

Chaque soir, une cinquantaine de personnes prendront place dans le camion et sillonneront l’Ouest lausannois.
Chaque soir, une cinquantaine de personnes prendront place dans le camion et sillonneront l’Ouest lausannois.
DR

Imaginez-vous sillonnant les routes de la ville congolaise de Goma, arpentant les montagnes escarpées du Rwanda, humant les effluves du port de Dar es Salaam, ancien village de pêcheurs en Tanzanie. Imaginez votre périple s’achever au cœur de l’Ouest lausannois, dans ces quartiers industriels dont on ignore tout de la bouillonnante activité nocturne. Tout cela en deux heures. Embarqué à bord d’un camion de fret. Ballotté et secoué comme des pastèques dans leurs cageots. Saugrenu? Et comment! Le Soleurois Stefan Kaegi, cofondateur du collectif Rimini Protokoll, propose d’en faire l’expérience insolite du 1er février au 23 mars.

Spectacle immersif, singulier, expérimental, Cargo Congo-Lausanne déroule l’histoire de deux chauffeurs routiers – dont un Congolais d’origine – à travers le prisme de la mondialisation. «Nous achetons tous, dans les supermarchés, des produits qui viennent de loin, et nous ne connaissons pas les gens qui les ont transportés, souligne le metteur en scène. Le camion de fret emmènera le public dans des endroits où les gens travaillent pour nous, la nuit, pendant que nous, nous allons au théâtre.»

Point de départ: le parking du Théâtre de Vidy. Chaque soir, une cinquantaine de spectateurs s’entasseront «presque comme des marchandises» (mais non sans confort) dans un semi-remorque et prendront la route pour une épopée urbaine en proie aux imprévus et aux embouteillages. Le flanc latéral du camion, tantôt fenêtre sur l’extérieur, tantôt écran de ciné-documentaire, oscillera entre fiction et réalité, entre contrées lointaines et lieux insoupçonnés par où transitent objets, nourriture ou matériaux – bref, tout ce qui fait notre quotidien. Du banal lampadaire aux panoramas exotiques, les spectateurs observeront «le monde comme sur grand écran», bercés par la musique de Stéphane Vecchione qui instillera un air de road movie. Stefan Kaegi le martèle comme un mantra: «Le théâtre est une fenêtre sur la réalité.»

«Experts du quotidien»

Au volant du camion, les deux chauffeurs retraceront leurs parcours de vie, leurs expériences, leurs déboires, tandis que défileront les paysages. «L’été dernier, j’ai visité les quartiers industriels de l’ouest de Lausanne. J’ai rencontré et interrogé près de vingt camionneurs dont la vie est écrite par la mondialisation, raconte Stefan Kaegi. J’en ai choisi deux dont le parcours est emblématique d’une partie de l’histoire suisse. Lorsque Denis (ndlr: l’un des deux chauffeurs) a commencé à conduire des camions dans les années 70, les poids lourds suisses roulaient jusqu’en Iran. Aujourd’hui, ils sont beaucoup trop chers sur le marché international. Ils ne font que des trajets courts.»

Tenant d’un théâtre documentaire, l’artiste, récompensé en 2015 par le Grand Prix suisse de théâtre/Anneau Reinhart, dissèque la société et les espaces urbains en recueillant le témoignage de ceux qu’il nomme «experts du quotidien». En 2006, le collectif Rimini Protokoll explorait déjà le monde méconnu des chauffeurs poids lourds dans une première version du spectacle, Cargo Sofia-X. Une œuvre itinérante (d’où le «X», remplacé par le nom de la ville d’arrivée), programmée notamment à Avignon par Vincent Baudriller, alors directeur du festival.

Par ses dispositifs scéniques insolites, Stefan Kaegi extrait le spectateur de sa zone de confort. Quitte à l’ébranler. Dans son précédent spectacle, Nachlass - Pièces sans personnes (en tournée en Suisse et en France), le public circule aléatoirement dans des pièces garnies d’objets et de documents personnels. Dans chacune, des hommes et des femmes racontent, en vidéo, les préparatifs liés à leur décès plus ou moins imminent. Avec une sincérité déroutante. Sans artifice. Le théâtre de Kaegi est ainsi: en lien direct avec le réel, le quotidien, l’humain.

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