Un conte de sons et de cartons au théâtre de Vidy

Jeune publicLes Anglais de Forced Entertainment tricotent les codes du spectacle pour enfants. Astucieux.

Pendant qu’Alain Borek guide le public dans le conte, à travers «la possible impossible maison», Judith Goudal bruite (et perturbe) son récit.

Pendant qu’Alain Borek guide le public dans le conte, à travers «la possible impossible maison», Judith Goudal bruite (et perturbe) son récit. Image: SAMUEL RUBIO

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Un conteur, une bruiteuse, des dessins ou gribouillages basiquement animés et projetés sur quelques bouts de carton. A Vidy jusqu’au 15 octobre, La possible impossible maison entraîne le public dans une aventure nocturne sortie tout droit de l’imagination foisonnante de Forced Entertainment, un collectif britannique qui dynamite depuis plus de trente ans les codes du théâtre avec ses spectacles faits de tout et de rien.

Depuis mardi, les Anglais créent à Lausanne la version française de leur premier spectacle pour enfants. Un conte fantastique raconté à la deuxième personne du singulier qui entraîne littéralement les jeunes (et moins jeunes) à la rescousse d’une petite fille tombée d’un livre de mathématiques. Celle-ci cherche son amie l’araignée. Où donc tisse-t-elle sa toile dans l’étrange maison qui donne son titre au spectacle? Seule solution pour le savoir: oser sauter à pieds joints au cœur du récit labyrinthique défendu par deux comédiens du cru, le Lausannois Alain Borek et la Genevoise Judith Goudal. L’un raconte l'histoire et ouvre grandes les portes de l’imaginaire, écrans bricolés à la main, pendant que l’autre assure en direct la bande son. Et joue, surtout, l’élément perturbateur. L’humour émerge de ses interventions. La représentation se brouille de leurs interactions.

A la rencontre d’oiseaux chanteurs, d’une armée de soldats danseurs, mais aussi d’un rhinocéros, d’une souris bavarde ou d’un fantôme «qui ne fait même pas peur», tout peut arriver. Car l’histoire s’invente presque en direct. Ses codes sont, du moins, déjoués par le duo, qui révèle au grand jour les artifices de la fable. Et célèbre le plaisir qui s’en dégage. S’il y a une clé magique quelque part, c’est bien qu’elle sera utile à un moment donné, rappelle la bruiteuse au conteur, qui interrompt trop tôt son histoire. «Pourquoi se retrouve-t-on enfermé dans un placard si le but n’est pas de nous laisser trouver la solution pour en sortir?» a-t-elle demandé plus tôt, après avoir, entre autres, enjoint son collègue de tenter le saut dans un grand trou noir surgi derrière une porte. «Aucun risque, c’est de la fiction.»

La magie de la fiction

«Avec ce spectacle, on a souhaité proposer un voyage dans les histoires d’horreur à travers une maison inhabituelle où tout peut arriver, confie Tim Etchells, directeur artistique de la compagnie créée à Sheffield il y a 31 ans. Notre travail navigue toujours entre deux pôles: d’un côté, nous sommes intéressés par la simplicité des matériaux ou des dispositifs qui suffisent à générer une image, à délimiter un lieu ou à créer la magie de la fiction; d’un autre, nous suivons la ligne de fond qui révèle la réalité de la situation dans laquelle se joue la performance scénique. Par définition, le théâtre met simplement face-à-face deux groupes de personnes. On aime dialoguer et jouer avec la tension qui soutient cette relation.» Une manière de questionner le monde et l’imagination.

Forced Entertainment n’a vraiment pas usurpé son nom, devenu au fil des ans un véritable manifeste. Les Anglais forcent sympathiquement le divertissement, en s’amusant en toute simplicité avec la langue, en cherchant de nouvelles formes théâtrales, en se jouant des artifices du spectacle, en donnant, surtout, toute confiance et une place de choix au public. Leur travail est toujours ludique, parfois radical ou en apparence bancal, mais toujours stimulant. Pour les petits comme les plus grands.

Note: Lausanne, Théâtre de Vidy. Je 8 oct. (18 h 30), sa 10 et di 11 (17 h) Dès 6 ans. A voir jusqu’au je 15 oct Rés.: 021 619 45 45. www.vidy.ch (24 heures)

Créé: 08.10.2015, 16h24

Critique

Un peu frais, mais créatif et amusant
Avec pas grand-chose, les spectacles signés Forced Entertainment réussissent à révéler la puissance de la fiction, la force d’évocation de la parole. Pour le collectif, un accessoire, un costume, une situation suffisent à bousculer les codes du théâtre en générant astucieusement de l’humour et, surtout, un imaginaire source
à lui seul de récit.
Créatif et amusant, La possible impossible maison ne déroge pas à la règle, même s’il s’agit, cette fois-ci, d’un spectacle avec une histoire clairement développée. Toute fraîche, la version française créée à Vidy nécessite d’être rodée. Sans le flegme britannique, l’énergie est à chercher ailleurs. Mais mardi, soir de première, le duo de comédiens n’avait pas encore trouvé son équilibre. La mutine bruiteuse joue avec délices l’Auguste. Son clown blanc manquait, par contre, d’allant. Quand on célèbre le plaisir de la narration, aucun coup de mou n’est permis.

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