Le débat autour du paysage théâtral fait rage

ControverseLa prise de position de Jean-Luc Borgeat a fait son effet. Aux réactions vives s’ajoutent des questions de fond. Florilège.

Goûts du public, lignes esthétiques des théâtres, tendances artistiques, les questions sont nombreuses a animer le débat qui secoue, ces jours-ci, les passionnés d'arts vivants et de la scène théâtrale vaudoise.

Goûts du public, lignes esthétiques des théâtres, tendances artistiques, les questions sont nombreuses a animer le débat qui secoue, ces jours-ci, les passionnés d'arts vivants et de la scène théâtrale vaudoise. Image: Odile Meylan

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Jean-Luc Borgeat a mis le feu aux poudres. A travers une démarche personnelle, le comédien de 62 ans s’est fait l’écho de nombreuses conversations de coulisses qui réclament une réflexion de fond sur la politique menée par la Ville de Lausanne en matière de ligne artistique et de moyens financiers dévolus aux différents théâtres institutionnels. Le Vaudois s’inquiète, en substance, de voir la création contemporaine pousser les pièces attachées au respect du texte vers les scènes alternatives, au détriment «d’artistes professionnels et de spectateurs».

Dans la foulée de son intervention publique, confie l’acteur, son téléphone n’a cessé de sonner: «A part une ou deux réactions négatives lues sur Internet, j’ai surtout reçu une salve de messages privés félicitant ma démarche. Dans le canton de Vaud, mais aussi du côté de Genève, on me remercie d’oser dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Car nous sommes beaucoup à constater qu’il manque des espaces dévolus à des formes scéniques qui, quoi que l’on pense, plaisent à tout un pan du public.» Un constat en partie partagé, dans nos colonnes, par les metteurs en scène Sandra Gaudin, Darius Peyamiras ou Evelyne Knecht.

Mis en cause, le directeur du Théâtre de Vidy – qui a réaffirmé la vocation contemporaine du vaisseau amiral de la scène romande – a répliqué mardi: «Dire qu’il n’y a pas de texte à Vidy, c’est ne pas prendre la peine d’ouvrir le programme ni de venir découvrir les spectacles à l’affiche.» Interviewé, Vincent Baudriller a rappelé qu’un tiers de sa programmation «est construit autour d’artistes locaux».

Querelle entre «anciens» et «modernes»

Sur Internet, comme du côté du courrier des lecteurs du journal, le débat s’est très vite animé. A côté de quelques inévitables dérapages dont est coutumière la Toile ou des cris du cœur pour ou contre l’évolution de Vidy, des arguments de fond ont, surtout, opposé les tenants des recherches scéniques contemporaines aux amoureux d’approches plus traditionnelles des arts vivants. Des points de vue défendus par des spectateurs et quelques artistes avec, souvent, en ligne de fracture, la querelle entre «anciens» et «modernes». Signes des tensions qui traversent le paysage théâtral, certains de ces commentaires publics ont, au cours de la semaine, été volontairement retirés des murs Facebook.

Sur le réseau social, une jeune metteuse en scène, trentenaire programmée à Vidy, a été, quant à elle, l’une des premières à avoir pris position: «Ces propos, je trouve, visent à scléroser l’art dramatique (neuf/vieux, in/off, classique/contemporain, théâtre/performance…)», a-t-elle écrit. Approuvant cette opinion et se réjouissant des choix institutionnels réalisés à Lausanne, le metteur en scène Christian Geffroy Schlittler (46 ans) – à l’affiche de l’Arsenic, la semaine passée, avec une création collective inspirée du vaudeville La cagnotte de Labiche – a toutefois pondéré son propos: «Je ne me réjouis pas de l’idée qu’un certain nombre d’artistes ne puissent plus trouver de théâtre et manquent cruellement de subventions. (…) L’organisation pyramidale, le subventionnement par projet, les conditions d’expositions, l’omniprésence du programmateur, tout cela se solde par une sorte de mise en concurrence des compagnies, et des dégâts humains importants. Et ça me pose simplement des problèmes éthiques et politiques.»

«Le débat n’est pas à mettre aux oubliettes, mais il s’agit plutôt de travailler ensemble que de diviser»

«Que faire de ce constat? a réagi Myriam Kridi, directrice du Festival de la Cité. Jouer des coudes pour regagner le paradis perdu en opposant les uns contre les autres ou y réfléchir ensemble, globalement?» Un appel à une réflexion commune et globale également soutenu par le comédien Cédric Leproust (34 ans), actif sur des scènes institutionnelles comme sur des plateaux plus confidentiels: «Encore une fois, le débat n’est pas à mettre aux oubliettes, mais il s’agit plutôt de travailler ensemble que de diviser», a-t-il écrit sur un fil de discussion musclée où l’échange glissait volontiers vers des attaques personnelles ou politiques.

«Espérons que le scanner que notre tout nouveau chef de la Culture lausannoise, Michael Kinzer, va également tenir compte des nombreuses réactions du public, jamais entendues par nos autorités», y remarquait, au préalable, la Lausannoise Martine Desarzens. Côté public, justement, le Lausannois Sylvain Jaquenoud, ancien spectateur du théâtre au bord de l’eau, s’est demandé, par lettre, pourquoi le théâtre de texte doit-il être relégué «dans des lieux dotés de moyens financiers et techniques sans comparaison» avec Vidy. «Une agglomération de 200 000 habitants a droit à du théâtre contemporain ET à du boulevard ET à du classique», a rappelé, en conclusion, une internaute désireuse de nourrir un débat plutôt qu’une polémique.

Créé: 22.05.2017, 08h55

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