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ThéâtreDenis Maillefer s’est mué en croque-mort

Dans «Mourir, dormir, rêver peut-être», créée à l’Arsenic, le metteur en scène imagine la parole de croque-morts, après avoir exercé l’activité.

A partir du travail des pompes funèbres, l’auteur-metteur en scène Denis Maillefer a imaginé un spectacle dévoilant les pratiques et les paroles de professionnels.
A partir du travail des pompes funèbres, l’auteur-metteur en scène Denis Maillefer a imaginé un spectacle dévoilant les pratiques et les paroles de professionnels.
CATHERINE MONNEY

La mort est un sommet que tout artiste se doit de gravir. Car autrement comment connaître la vie? Dans sa nouvelle création Mourir, dormir, rêver peut-être, présentée mardi à l’Arsenic, le metteur en scène vaudois Denis Maillefer n’a pas choisi d’aborder la face nord shakespearienne de la Grande Faucheuse, de lui construire des catacombes byzantines ou un temple baroque. Son approche de la mort relève d’une modestie qui relie sa pièce à la démarche qu’il éprouve depuis longtemps, collectionnant les observations, les notations concrètes.

«J’ai toujours aimé le témoignage, le récit de soi-même, le monologue, la confession. En fait, les gens qui se racontent. Même quand je m’attelle à des projets plus traditionnels, plus écrits.» Dans son précédent spectacle, Marla, Portrait d’une femme joyeuse, le dramaturge avait répercuté la parole d’une escort girl décomplexée. Dans sa création actuelle, il plonge dans l’imaginaire des croque-morts. «Pour Marla, les propos avaient été retravaillés, mais 80% du texte, au moins, venait de la parole de cette femme.»

«J’ai commencé en voulant réaliser des interviews de croque-morts et j’ai discuté à bâtons rompus avec les premiers que j’ai rencontrés»

Denis Maillefer évolue souvent dans les parages du documentaire – «même si mon travail est d’injecter du théâtral, créer des personnages, mettre en relief du trouble, du doute, des faiblesses» –, mais, pour Mourir, dormir, rêver peut-être, sa manière d’opérer s’est éloignée d’une stricte fidélité à la réalité. «J’ai commencé en voulant réaliser des interviews de croque-morts et j’ai discuté à bâtons rompus avec les premiers que j’ai rencontrés. Ils m’ont proposé de voir comment ça se passait et j’ai fini par faire un stage chez eux.»

De la récolte de témoignages, le dramaturge est donc passé à l’expérience directe. «Contre toute attente, cela m’a beaucoup plu. J’ai découvert des moments d’obligatoire centrage sur soi-même, un calme et un enracinement assez uniques, la profonde nécessité d’être là à cet instant, de prendre soin, à toutes les étapes, tant des morts que des vivants.»

A partir de cette immersion dans le monde des pompes funèbres, il en a tiré des textes, quatre monologues qui, «sorte de chœur de croque-morts», sont autant de déclarations possibles de ces nécessaires employés de la fin. «Je m’appuyais sur une anecdote, une chose vue ou entendue et j’y mettais mon imaginaire, mes fantasmes, mais en essayant de rester plausible. Je ne cherchais pas le réel, plutôt la sensation, et ce projet est donc devenu plus personnel, lié à l’écriture, dans une forme à la fois littéraire et parlée, facile à dire.»

Conscient que beaucoup de choses ont déjà été dites et écrites sur cet accompagnement du deuil, le dramaturge n’a pas cherché à transformer son expérience en traité de sociologie, pas plus qu’il n’a voulu s’engouffrer dans les réflexions métaphysiques ou spiritualistes. Les détails très concrets, les petits soucis de professionnels qui doivent souvent improviser face à des situations inattendues, lui ont permis d’écrire sa partition sur les infimes frémissements de la réalité. Une phénoménologie de la mort saisie dans sa désarmante quotidienneté. «Cela passe par s’occuper d’une alliance trop serrée à rétablir des épaules qui tombent. Ou trouver une solution pour porter un cercueil trop lourd pour deux personnes. Des aspects parfois très triviaux, volontairement, mais que je n’avais jamais vu traités ailleurs.»

Le prix du traiteur

Et qui dit morts, dit évidemment aussi vivants… «Il y a tout le rapport aux familles, avec ces moments parfois absurdes où, au moment d’une perte atroce, les gens doivent aussi se déterminer sur le prix d’un traiteur. Tous ces aspects du métier invitent aussi à fantasmer sa propre mort – on ne peut pas s’empêcher d’y penser. A chaque enterrement, on se demande si on sera le prochain.»

Sur la scène de l’Arsenic, les vivants alternent aussi avec les morts – «pas les acteurs les plus actifs!» Au total, huit personnes sur le plateau, dont un enfant, un musicien et le comédien Roland Vouilloz qui retrouve le metteur en scène après de nombreuses aventures communes. «J’ai aussi réussi à glisser un texte de Ramuz. On ne se refait pas! Sa nouvelle Présence de la mort, pas le roman, est somptueuse.»

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