Les deux inséparables de Boulimie jouent la pleine crise

Les comédiens (et directeurs du théâtre lausannois) créent «Cravate Club», un huis clos satirique autant aigre que doux, sur fond d’amitié et de rivalité.

Kaya Güner et Frédéric Gérard créent «Cravate Club», une comédie qu’ils décrivent «finement ourlée, hilarante, crispante, épatante».

Kaya Güner et Frédéric Gérard créent «Cravate Club», une comédie qu’ils décrivent «finement ourlée, hilarante, crispante, épatante». Image: Yvan Muriset

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Avec leur casquette de directeur du théâtre Boulimie, Frédéric Gérard (le chauve) et Kaya Güner (le «un peu moins chauve»), peaufinent encore le menu de leur cinquième saison à la tête du temple lausannois de l’humour. Patience! Les hors-d’œuvre – entendez les spectacles en accueil qui lanceront la programmation 2017-2018 – et leur création d’automne, seront détaillés d’ici quelques semaines. En attendant, c’est un tout autre projet que le duo de comédiens ripoline ces jours-ci. Mercredi soir, les compères lèveront le rideau sur Cravate Club, une comédie caustique signée Fabrice Roger-Lacan. Cette pièce – dont a été tirée une adaptation cinématographique tout à fait dispensable – avait valu un gros succès à Charles Berling et Edouard Baer en 2001. A Lausanne, elle sera à l’affiche jusqu’au 3 juin. Plus longtemps même, si le public répond présent.

Lundi après-midi, les artistes aux voix autant radiophoniques que théâtrales nous ont confié le plaisir qu’ils ont à jouer et mettre en scène ce texte ciselé. A quelques minutes de se lancer dans un dernier filage, c’est de bonne grâce qu’ils se sont prêtés au jeu de l’interview, tel un vieux couple qui aime se contredire, compléter les phrases de l’un ou préciser les pensées de l’autre.

Qu’est-ce qui vous a plu dans Cravate Club?

Frédéric Gérard: Son histoire! Kaya Güner: Non! Sa très belle histoire!

F.G.: Cravate Club est un voyage un peu dingue au cœur d’une amitié, une histoire qui rentre littéralement dans les cervelles des deux personnages.

Dites-nous en plus!

K.G.: La pièce est un huis clos centré sur deux amis, également associés professionnels.

Des directeurs de théâtre?

F.G.: Non, des architectes. Enfin, cela n’est jamais clairement mentionné…

K.G.: Mais ils sont architectes, c’est clair.

F.G.: Quoi qu’il en soit, l’un s’apprête à fêter son anniversaire mais l’autre lui annonce qu’il ne pourra pas y assister. Ça, ça lui fout vraiment un sale coup. Imaginez! Il va fêter ses 50 ans et son meilleur pote ne sera pas de la partie.

K. G.: Du coup, il veut savoir pourquoi. Et comme il n’arrive pas à avoir de réponse claire, le premier va s’acharner jusqu’à ce que l’explication lui soit donnée. Il découvre alors que son ami ne lui avait jamais dit qu’il faisait partie d’un club. Cette information sonne comme une trahison.

F. G.: A partir de cette situation, la pièce se déroule avec beaucoup de finesse. C’est plein de non-dits. Le «secret» est finalement très anodin et, entre adultes, il devrait se gérer sans gravité. Mais comme dans les pièces Art, de Yasmina Reza, ou Le Prénom (ndlr: de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière), les choses prennent une dimension démesurée et tout dérape. Les caractères de chacun se révèlent…

K.G.: … et les silences commencent à peser des tonnes. Il s’agit d’un huis clos très drôle mais assez psychologique. Rien d’étonnant: l’auteur est le petit-fils de Lacan.

On est bien loin de votre dernier succès, un Romeo et Juliette, enfin à peu près… qui a joué les prolongations cet hiver.

F.G.: En effet, avec nos deux ou trois créations annuelles, nous aimons alterner les genres d’un bout à l’autre de la saison. Quand nous écrivons nos propres spectacles, on se laisse aller à cultiver les jeux de mots, on ose aller du côté de la farce ou lâcher la bride à notre humour. Quand nous montons un texte, nous pouvons, par contre, aller vers des choses plus pointues.

K.G.: Cravate Club est vraiment tordant mais la pièce est bien plus tortueuse que nos propres créations. On ose le dire: elle amène le public là où il ne penserait jamais aller.

Depuis votre arrivée à Boulimie, le public vous suit-il coûte que coûte?

F.G.: Le succès est toujours précaire et, financièrement, le théâtre reste entièrement tributaire du taux de remplissage. Mais, pour l’instant, les choses se passent plutôt bien. Le bilan est même très positif.

K.G.: Comme du temps de Lova Golovtchiner, le public de Boulimie est très fidèle, même si, depuis notre arrivée, les choses ont bien bougé et que l’on observe un rafraîchissement (ndlr: comprenez «rajeunissement»).

Comment vivez-vous la concurrence toujours plus effrénée en matière d’humour?

F.G.: On fait avec! Mais le genre est vaste et il y en a pour tous les goûts. La spécificité de Boulimie reste de proposer surtout des pièces de théâtre, tout en restant ouvert à toutes les formes d’humour. On y travaille, du moins, depuis notre arrivée à la direction. De son côté, une scène comme le CPO-Lido a son rôle à jouer du côté du stand-up ou des one man shows. Ce qui nous inquiète un peu plus, par contre, c’est de voir que tous les théâtres empiètent sur nos créneaux. Le jour où le public ou les médias ne regarderont plus que ces programmations-là, on pourra vraiment s’inquiéter.

Note: Lausanne, Théâtre Boulimie, du 10 mai au 3 juin. Rés.: 021 312 97 00 www.theatreboulimie.com

Créé: 09.05.2017, 09h55

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.