Passer au contenu principal

ThéâtreDidier Nkebereza reprendra les rênes des Terreaux

En juillet prochain, le metteur en scène genevois succédera à Jean Chollet à la tête de l’Espace culturel des Terreaux, à Lausanne. Interview.

Le metteur en scène de 44 ans a été nommé à la tête de l’Espace culturel des Terreaux.
Le metteur en scène de 44 ans a été nommé à la tête de l’Espace culturel des Terreaux.
XAVIER VOIROL

Une page se tourne à l’Espace culturel des Terreaux, à Lausanne. A l’heure de prendre sa retraite, en juillet prochain, le pasteur et metteur en scène Jean Chollet en remettra les clés au Genevois Didier Nkebereza, 44 ans. Diplômé en mise en scène de la prestigieuse Haute École de théâtre «Ernst Busch» à Berlin, il a signé une quinzaine de pièces, tant classiques que contemporaines.

N’est-ce pas un peu suicidaire pour votre carrière de rejoindre une structure qui dépend de l’Église?

En tant qu’artiste, si l’on n’est pas un peu suicidaire, on n’est pas artiste. Si l’on recherche la sécurité, en Suisse, on va travailler dans une banque. J’ai fait un autre choix dans ma vie. J’ai fait un choix de passion. Racine a toujours guidé ma vie. Je pense donc être en phase avec mes idées.

Qu’est-ce qui vous a motivé à postuler comme directeur de l’Espace culturel des Terreaux (ECT)?

C’est un lieu unique en Suisse romande. D’un point de vue architectural, l’ECT est un magnifique théâtre au cœur de Lausanne, dans une ancienne église avec une voûte sublime. Cet espace lie culture et spiritualité avec une richesse qui ne se retrouve qu’à cet endroit. Je pense qu’il correspond à un grand besoin actuel dans son rapport assez organique aux livres. Aujourd’hui, une partie du théâtre, notamment contemporain, se désintéresse du texte au profit d’expérimentations scéniques. Ce n’est pas mon cas et je pense que l’ECT est idéal pour continuer à offrir un théâtre classique qui émane souvent des grands écrits sacrés.

Comment la religion est-elle perçue dans le monde du théâtre?

La religion y est souvent mal vue, à raison. Elle ne s’est pas retenue de condamner certaines pièces. À l’inverse, les grands auteurs de théâtre sont très religieux. Cet art est intrinsèquement lié à la religion, ne serait-ce que parce que l’un et l’autre essaient de comprendre l’être humain. Je ne comprends pas comment on peut imaginer monter les œuvres du 99% des auteurs sans avoir eu au moins une certaine instruction religieuse. Quand on fait de la culture dans le monde occidental, il faut avoir lu la Bible.

Vous tenez à mentionner que vous êtes homosexuel et métis, pourquoi?

Je pense qu’on est encore dans une époque où c’est important de faire acte de transparence. Je le fais aussi pour que ce soit une information donnée. Actuellement, une grande réflexion menée en France montre que très peu de directions de théâtre sont aux mains des minorités ethniques. On accepte de plus en plus les Africains, mais dans le sexe, la chanson, la danse, certains sports, par contre la culture reste une chasse gardée blanche. Je suis très reconnaissant envers l’Église réformée et l’ECT d’avoir ouvert une brèche.

Pour l’ECT, vous avez développé un projet «culture et spiritualité», qu’est-ce que c’est?

Dans l’esprit de ce qu’a voulu l’Église réformée et Jean Chollet, il s’agit de relier deux pôles qui semblent un peu distants alors qu’historiquement ils sont complètement unis. Le besoin de spiritualité et de culture est, à mon avis, complémentaire. Je pense qu’il est bon d’offrir des œuvres qui ne renient pas leurs liens avec la religion, mais dans un cadre laïc, car elles sont destinées à tous les publics. Il n’y aura pas de tabou, tous les sujets vont être évoqués. Par contre, en parallèle, des médiations seront guidées par des personnes qui d’une manière ou d’une autre sont liées au monde de la spiritualité. J’aimerais également être une passerelle avec le reste de l’offre culturelle lausannoise.

Est-ce que vous pouvez déjà nous parler d’une pièce ou d’un spectacle que vous allez programmer pour la saison 2019-2020?

Toute ma vie d’artiste, de metteur en scène, tend vers Racine. J’ai eu le bonheur de monter Bérénice au Théâtre de l’Orangerie, à Genève. Cet auteur que j’ai découvert, alors que j’étais adolescent et entravé dans mes amours, me parle énormément. Je pense que Racine, un homme éminemment pieux, aura naturellement sa place à l’ECT. ProtestInfo/N.R.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.