«Dixit» voyage dans l’âme de Béjart

À Beaulieu, la nouvelle création du Béjart Ballet Lausanne replace le chorégraphe au cœur de son œuvre et de la scène.

Sur la scène de Beaulieu et comme dans le studio de répétition du vivant de Béjart, les artistes de «Dixit» dansent sous le regard du maître.

Sur la scène de Beaulieu et comme dans le studio de répétition du vivant de Béjart, les artistes de «Dixit» dansent sous le regard du maître. Image: BBL-Lauren Pasche

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Le défi était d’envergure: réussir à donner un souffle nouveau au répertoire de Maurice Béjart (1927-2007) tout en rendant hommage au génie créateur de l’un des plus grands chorégraphes du XXe siècle. Sans verser dans l’hagiographie ou l’explication de texte; sans trahir, surtout, une œuvre qui continue à être adulée aux quatre coins du monde. À Beaulieu mardi soir, le Béjart Ballet Lausanne (BBL) – emmené par son directeur artistique, Gil Roman, et le metteur en scène Marc Hollogne, auteur de cette nouvelle création – a réussi son pari, malgré quelques fautes de goût que l’on espère corrigibles. Mieux, Dixit n’a rien à voir avec les précédents best of déjà produits par le BBL.

À l’affiche jusqu’au 24 décembre, il constitue un objet totalement expérimental en matière de recréation chorégraphique, un spectacle techniquement d’un genre nouveau qui se joue des dimensions et de la réalité en mélangeant de vrais danseurs à leurs projections sur grands écrans ou à des images d’archives. Dixit est en fait un spectacle qui flirte avec le théâtre, le cinéma et la recherche documentaire. Qui entrelace avec amusement les fils invisibles d’une inspiration artistique restée tout du long perméable au monde et aux idées. Et permet de (re)découvrir l’œuvre béjartienne par l’homme autant que par les pas qu’il a gravés dans l’histoire de la danse.

Un goût pour la musique et les artistes

Le rideau se lève sur un écran où le public découvre Maurice Béjart enfant. Cette séquence cinématographiée invite le public chez la famille Berger. Papa est philosophe. Maman décédera trop tôt. Le fils cultive quant à lui cet imaginaire qui le poussera vers la scène. Une porte s’ouvre. Un théâtre se dévoile. L’enfant est de dos. Sur le vrai plateau de Beaulieu, le danseur Mattia Galiotto entre face au public. Il campe un Maurice Béjart adulte. Le théâtre est plein. Le spectacle peut commencer. Mais avant que des extraits des vraies pièces du maître ne reprennent véritablement corps, Dixit voyagera encore un long moment dans la psyché du chorégraphe, pour faire ressurgir son goût pour la musique et les artistes, pour traverser les années de formation et réveiller quelques muses fondatrices, pour questionner la relation ambivalente que Béjart entretenait avec le théâtre.

Reconstitutions cinématographiques, archives filmées, dialogues live qui donnent la réplique à des enregistrements sonores, danseurs qui surgissent de l’écran… Sur la scène de Beaulieu, tout se mélange et se répond. De multiples écrans vont et viennent dans un ballet minutieusement articulé pour offrir un condensé de la pensée de l’artiste et faire s’entrechoquer époques et références, mythes et mythologies. Telle cette scène où Kwinten Guilliams et Mari Ohashi redonnent vie au duo imaginé par Béjart dans son Roméo et Juliette, un pas de deux réalisé sous le regard d’une Juliette perchée, à l’écran, sur son balcon.

Le dispositif est complexe. Doublé, dans ses trente premières minutes, de saynètes bavardes et fadement humoristiques, ou de multiples couches de discours (sur le théâtre, la danse, etc.), il donne presque le tournis. Et laisse craindre un spectacle-gadget où les effets spéciaux et une grandiloquence naïve écraseraient la grâce des tableaux tirés du répertoire. Mais sitôt que la danse de Béjart prend le dessus, la magie opère. Marc Hollogne amène alors le spectateur dans un univers qui ne souffrira plus d’une comparaison avec les productions habituelles du BBL.

Neuf minutes et la grâce

Le basculement? Les neuf minutes offertes aux danseurs par le metteur en scène afin de laisser l’extrait du Sacre du printemps se déployer sur la scène de Beaulieu. Dans toute sa puissance historique, dans toute sa grâce artistique. Il en ira ainsi de la suite de cette pérégrination à travers l’homme et sa carrière. Promenade inspirée qui passera, entre autres, par Boléro, Bhakti, Notre Faust, Rumi ou encore Messe pour le temps présent, amènera les danseurs en répétition sous l’œil du maître et conduira, aussi, les spectateurs vers l’Inde ou le Japon, non sans avoir convoqué les grandes religions qui traversent l’humanité.

Et parce que le BBL ne serait rien sans Gil Roman – qui revivifie le souvenir du maître depuis son décès il y a dix ans –, Hollogne et Dixit lui offrent une pleine lumière dans la dernière partie. À travers des regards complices (et émouvants) échangés avec le père spirituel. Et un final immaculé et contemporain qui noue le fil tissé depuis des décennies entre le BBL et son public.

Créé: 20.12.2017, 20h04

Infos

Lausanne, Théâtre de Beaulieu
Je 21 et sa 23 (20 h),
di 24 (15 h).
Rés.: ticketcorner.ch
www.bejart.ch

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