Une douce incursion picturale et scénique, entre Eros et Thanatos

Jeune public Après le festif "Münchhausen?", Joan Mompart réussit, avec "Mon chien-dieu", un spectacle bleu nuit très sensible, pour petits et grands. Critique.

Charlotte Dumartheray et Antoine Courvoisier.

Charlotte Dumartheray et Antoine Courvoisier. Image: PhPache

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Zora et Fadi s’ennuient. C’est l’été, tout le monde est parti en vacances, sauf eux. Mais quand ils sont ensemble, ils ne s’ennuient plus, ils cherchent, ils s’apprivoisent. S’inventent des aventures aux frontières de la mythologie et des (dures) réalités de l’existence. Après Le Petit Théâtre où la pièce a été créée la semaine passée, Mon chien-dieu est repris dès ce soir à l’Arsenic, avant L’Am Stram Gramà Genève. Ce texte de la jeune dramaturge franco-suisse Douna Loup, publié aux Editions Les Solitaires intempestifs, a inspiré au metteur en scène Joan Mompart un spectacle très réussi qui parle à toutes les générations de spectateurs. Et dont le succès revient en grande partie à l’authenticité de jeu d’Antoine Courvoisier et de Charlotte Dumartheray, ainsi qu’aux univers sonore et musical signés Laurent Bruttin et William Fournier.

Sur un plateau quasi vide, une bâche légère et mouvante module un espace rehaussé seulement de pigments bleus. Ce dispositif créé par Amandine Rutschmann réussit à ouvrir des brèches vers l’imaginaire qui nourrit le monde de l’enfance. Et permet, surtout, de traiter de thèmes sensibles avec beaucoup de tact. Car dans Mon chien-dieu, il est question de mort. Celle d’un papy qu’un petit-fils devra apprivoiser, aidé dans cette tâche par sa nouvelle amie avec qui il a réalisé une étrange rencontre: dans un endroit abandonné, ils ont trouvé Anubis, un dieu-chien d’inspiration égyptienne qui, une fois ressuscité, viendra éclairer (littéralement) le chemin des deux enfants. Et mettre du baume sur leur cœur.

Au-delà de la thématique de la perte et de la douleur, toute la force du texte de Douna Loup tient dans les échos qu’elle réussit à donner à son sujet, en allant puiser des réponses et de l’épaisseur du côté du sentiment amoureux. Eros et thanatos. Leur découverte de la complexité (sombre) de l’existence se double d’une initiation à la pulsion amoureuse, troublante vibration qui traverse le domaine des «très-vivants». Entre premiers contacts épidermiques, baisers timides, gêne des sentiments…

Avec des mots très doux, l’auteur réussit à parler, en profondeur, aussi bien de la réalité de la mort que de la douleur de l’absence ou du trouble d’émotions plus positives. Autant de sentiments que l’on ressent parfois sans réussir à bien les comprendre. Avec des images très belles, doublées d’une intelligente pudeur, Joan Mompart rehausse, quant à lui, le texte d’une force picturale qui transcende la réalité, ouvre une fenêtre vers le magique et trace les empreintes du vécu. Chez les plus petits, le spectacle amuse. Avec les préadolescents, il pousse à la discussion. Qui pourra se mener une fois que les adultes auront réussi à étouffer le troublant sentiment de nostalgie que cette poésie animiste attise.

Lausanne, Théâtre de l’Arsenic Jusqu’au di 7 (ma, je et ve à 19 h; me, sa et di à 17 h.) Rés.: 021 625 11 36 www.arsenic.ch

Créé: 02.05.2017, 18h32

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