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Jeune publicÉcrire une lettre, ou l’acte de prendre du temps pour l’autre

À l’Oriental à Vevey, Katy Hernan et Barbara Schlittler invitent à un voyage épistolaire dans «Retour à l’expéditeur».

«Recevoir une lettre, c’est comme un petit cadeau. Cela veut dire que quelqu’un a pensé à nous, et qu’il nous a offert un peu de son temps.»
«Recevoir une lettre, c’est comme un petit cadeau. Cela veut dire que quelqu’un a pensé à nous, et qu’il nous a offert un peu de son temps.»
Nora Rupp

Prendre la plume, coucher des mots sur une feuille de papier soigneusement choisie, glisser la lettre dans une enveloppe, inscrire une adresse, coller un timbre et poster la missive. Ces gestes, d’antan ou presque, recèlent une poésie toute simple mais si belle. Dans «Retour à l’expéditeur», Katy Hernan et Barbara Schlittler nous convient à un voyage épistolaire dès ce mercredi entre les murs de l’Oriental, à Vevey, avant l’Échandole, à Yverdon, et le CPO à Lausanne.

Au cœur de cette nouvelle création, une invitation à repenser à un temps où l’on prenait le temps. Rédiger un courrier implique de s’asseoir à une table, de penser à la personne à qui l’on s’adresse, de préférer un mot à un autre. De former des lettres, des syllabes, des phrases, sans (trop de) ratures. À mille lieues, donc, du SMS ou du mail garni d’abréviations et envoyé à la va-vite. «Notre propos n’est pas d’affirmer que c’était mieux avant ou de tomber dans la nostalgie, mais de rappeler un moyen de communiquer, souligne Katy Hernan. Recevoir une lettre, c’est comme un petit cadeau. Cela veut dire que quelqu’un a pensé à nous, et qu’il nous a offert un peu de son temps.»

«Notre propos n’est pas d’affirmer que c’était mieux avant ou de tomber dans la nostalgie, mais de rappeler un moyen de communiquer»Katy Hernan, co-auteur de «Retour à l’expéditeur»

Pour ne pas tomber dans l’écueil du spectacle qui se contenterait de ressasser «l’époque où l’on écrivait encore des lettres», les deux fondatrices de la compagnie Kajibi Express ont fait appel à la plume d’Adrien Rupp. «Il a écrit une fiction focalisée sur un seul courrier, puis nous avons travaillé au plateau, dévoile Barbara Schlittler. Cela nous permet de distiller progressivement ce qu’est l’aventure d’une lettre, son écriture, son attente, sa disparition.»

L’histoire de ce «Retour à l’expéditeur»? Deux artistes (Diane Müller et Mathias Glayre) commencent à répéter un spectacle, mais ils sont sans cesse interrompus par une série d’événements liés à l’apparition d’une mystérieuse lettre. «Katy et moi intervenons autour de ce duo comique», reprend Barbara Schlittler. Ludique, la pièce vise à créer un pont entre les générations. Le mantra de la compagnie: «L’une des exigences que l’on se fixe dans nos créations, rappelle Katy Hernan, c’est de parler à la fois au jeune public et aux adultes, d’offrir un moment de partage et d’échange.»

D’ailleurs, le spectacle tire sa genèse d’un fil générationnel. Barbara Schlittler raconte: «À la mort de l’une de mes tantes, je me suis occupée de vider sa maison. J’ai alors découvert des centaines et des centaines de lettres, de cahiers, de carnets qu’elle avait conservés.» Des textes rédigés de sa main, mais aussi des archives familiales. «Mon grand-père est né en 1900, il écrivait énormément, notamment des comptes rendus de ses courses en montagne.» Personne dans la famille ne souhaitait garder ces écrits.

«À ce moment-là, j’ai pris conscience du fait que je connaissais bien ma tante, mais pas sa vie intime. Je me suis demandé si j’avais envie de lire ses lettres, de découvrir une partie d’elle qu’elle n’avait pas partagée avec moi. Finalement j’ai décidé de ne rien lire, j’ai juste conservé une valise remplie de toutes sortes d’écrits.» Ces observations, ces ressentis ont donné l’impulsion à l’un des axes du spectacle: les traces qu’on laisse derrière nous, les parts de nous-même que l’on transmet à la génération suivante. Parola volant, scripta manent.

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