Une élue et une danseuse confrontent leurs mondes

ThéâtreAu far°, à Nyon, la chorégraphe Lea Moro réunit la PLR Catherine Labouchère et l’artiste Claire Dessimoz dans un diptyque tissé autour de l’échange, oral et non verbal.

La politicienne Catherine Labouchère (à g.) et la chorégraphe Claire Dessimoz ont passé une journée ensemble en juillet. Leurs échanges se prolongeront dans une performance scénique imaginée par Lea Moro, au far°.

La politicienne Catherine Labouchère (à g.) et la chorégraphe Claire Dessimoz ont passé une journée ensemble en juillet. Leurs échanges se prolongeront dans une performance scénique imaginée par Lea Moro, au far°. Image: MICHELLE ETTLIN

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L’une manie le verbe et les saillies argumentatives. L’autre explore l’expression du corps et les perceptions sociales. De prime abord, rien ne prédestinait Catherine Labouchère, députée PLR vaudoise, et Claire Dessimoz, danseuse et chorégraphe, à nouer un dialogue. Encore moins à passer une journée entière ensemble et à prolonger leurs échanges sur scène. C’était compter sans les aspirations de Lea Moro. Au far°, la chorégraphe zurichoise tracera un «Sketch of Togetherness», esquisse d’une ambitieuse partition scénique chapitrée.

Le principe? Un ou une chorégraphe (Lea Moro ou un invité) entame une conversation avec une personne évoluant dans d’autres sphères. Leur échange donne naissance à une réflexion sur les potentialités de la rencontre, la création du lien social, la circulation de la parole et les perspectives d’un langage non verbal. Après une première étape entamée en mai dans le Gard, en France, ce deuxième croquis scénique prendra corps mercredi et jeudi au festival nyonnais, dont la 35e édition, enracinée dans le terreau organique, déroulera ses tentacules théâtraux, chorégraphiques et performatifs jusqu’au 24 août.

Échanges tout en contrastes

Chacun des chapitres de «Sketch of Togetherness» se décline sous la forme d’un diptyque. Le premier volet, réalisé en amont de la performance scénique, se déroule sur une journée. Le protagoniste non issu du monde de la danse emmène son binôme dans des endroits qui lui sont chers. Active en politique et dans les domaines de la culture, du social et de l’éducation, Catherine Labouchère a mené Claire Dessimoz sur les lieux de ses engagements: le pôle muséal Plateforme 10, la Fondation ISREC (active dans la recherche contre le cancer) et le parlement, à Lausanne. Puis à Nyon, sa ville de cœur où elle a fait une partie de sa scolarité.

«Claire s’est intéressée à mon expérience et moi à sa démarche artistique, relate l’élue. Nous avons aussi échangé sur nos liens avec la Suisse, à l’art, à l’éducation.» Chacune est venue avec son bagage propre, son vécu, ses opinions. «Je lui ai parlé des possibilités d’agir en fonction du milieu d’où on vient, confie Claire Dessimoz. J’ai trouvé forte cette idée, représentative de la droite, qui part du principe que l’on peut tout faire si on le veut, sans penser que certaines personnes ont de meilleures prédispositions que d’autres.»

Filmés, ces échanges tout en contrastes forment un premier matériau. «Aujourd’hui, il est très facile d’être connectés via les réseaux sociaux. Mais rencontrer vraiment quelqu’un, passer du temps avec cette personne, du temps réel, c’est une autre histoire», souligne Lea Moro. C’est cette réalité brute, sans filtre, que la Zurichoise cherche à explorer. «L’intérêt de ce projet est d’observer comment on passe ce temps, quels sont les sujets abordés, les questions que les personnes se posent. Je pense aussi qu’on apprend beaucoup à travers le dialogue. La connaissance circule par ce biais.»

Spectateurs intégrés

Un troisième protagoniste sera invité à prendre part à cet échange: le public. Car le second volet du diptyque, la performance proprement dite, ne se résume pas à un dialogue scénique. «Les personnes qui se rencontrent sont en mouvement, et les spectateurs sont intégrés à ce processus, reprend Lea Moro. L’ensemble des personnes s’exposent, se dévoilent, avec leur corps, leurs histoires, leur personnalité. En un sens, la rencontre est hautement physique.» Pour que le public puisse découvrir la genèse de la conversation des deux femmes – et se glisser à son tour dans cet échange –, une partie de la captation sera projetée sur un écran.

Ce croquis nyonnais formera l’un des chapitres d’un ensemble voué à s’étoffer au fil de nouvelles rencontres improbables, d’expériences inédites. À Zurich avec un architecte, à Rapperswil avec entrepreneur et politicien, et sans doute à Berlin avec un astrophysicien. «Ce projet est né d’un désir d’imaginer une nouvelle forme de performance, raconte la chorégraphe. J’aime cette idée de créer quelque chose d’éphémère, qui reste à l’état d’esquisse.»

Créé: 12.08.2019, 20h40

Nyon, salle communale
Me 14 août et je 15 (21h)

far-nyon.ch

Trois créations

Des œuvres offertes sans rien demander

Adina Secretan, artiste associée du far°, s’interroge sur la place du public face à la production d’art. Convenu, direz-vous. Sauf qu’elle en reverse le rapport de force. Ses «Bonnes œuvres» explorent non pas la perception du spectateur, mais celle de l’artiste confronté à ces inconnus qui observeront (et jugeront) son travail. Dans une démarche prospective et expérimentale, elle a adressé ses questionnements à 14 artistes qu’elle admire. Sa récolte de paroles sera compilée dans une publication. Puis elle a demandé à chacun de concevoir une œuvre. Chaque jour, un festivalier en recevra une en cadeau, sans avoir rien demandé.

Cour des Marchandises
du 14 au 24 août





Les hommes face aux automates

Après avoir circonvolué autour du développement personnel dans «Self-Help», le collectif formé par Rébecca Balestra, Igor Cardellini et Tomas Gonzalez se préoccupe du remplacement de l’homme par les machines dans «Showroom». Évoluant dans une boîte blanche, Rébecca Balestra déballera une galerie de personnages (hôtesse de salon, facteur, animateur de foire ou voix promotionnelle d’un magasin de province), autant de figures humaines bientôt remplacées par des machines et sacrifiées sur l’autel du consumérisme. Comment l’échange social peut-il survivre dans un monde en proie à l’automatisation?

Cour des Marchandises
ve 16 août (19h), sa 17 (19h et 21h)





Des traces laissées par les humains

«L’idée était de produire un spectacle en faisant le moins d’efforts possible. Raté, on a commencé à travailler et on en a fait beaucoup.» C’est par la boutade que Joël Maillard décrit son nouveau spectacle, «Sans effort». Conçue avec la complicité de Marie Ripoll, cette partition scénique se fonde sur une contrainte: l’interdiction d’écrire ou d’enregistrer quoi que ce soit pendant le processus de création. Seule la mémoire, avec ses ellipses et ses reconstitutions parfois hasardeuses, est mise à contribution. Après les percutants «Quitter la Terre» et «Imposture posthume», Joël Maillard poursuit son exploration des traces laissées par l’homme.

Salle communale
me 21 août et je 22 (21h)

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