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ScèneEmilie Charriot réveille le poids des mots

Sans artifice scénique, la jeune metteuse en scène monte «Passion Simple» à Vidy. Et confie sa relation particulière au théâtre et à Annie Ernaux.

Dans «Passion Simple» d’Annie Ernaux (1), qu’elle présente du 7 au 22 novembre à Vidy, Emilie Charriot a inserré un prologue musical (avec Billie Bird et Marcin de Morsier) et le récit d’une fillette autour du thème de la passion.
Dans «Passion Simple» d’Annie Ernaux (1), qu’elle présente du 7 au 22 novembre à Vidy, Emilie Charriot a inserré un prologue musical (avec Billie Bird et Marcin de Morsier) et le récit d’une fillette autour du thème de la passion.
VALÉRIANE POIDEVIN

Il y a quelque chose de déroutant chez Emilie Charriot. Côté face, elle porte en elle une fragilité, une remise en question perpétuelle. Côté pile, elle fait preuve d’une maîtrise rare, radicale, de l’art de porter un texte à la scène. De faire entendre la voix d’un auteur et d’y entrelacer sa propre parole. Sur un plateau nu, dépouillé de tout artifice. «J’ai fait le choix de cette esthétique car elle laisse place à la relation qui se tisse entre l’acteur et le spectateur.» Un lien frontal qu’elle tressera dès mercredi prochain sur les planches du Théâtre de Vidy avec Passion simple, d’Annie Ernaux.

«Après plusieurs mises en scène, j’ai eu envie de remonter sur les planches en tant que comédienne, confie la trentenaire. Annie Ernaux – comme Sophie Calle par exemple – est une femme qui se met en danger, se prend comme objet d’étude. Pour moi, il était donc logique de m’exposer avec ce texte en particulier.» Sur le plateau, donc, la jeune artiste se fera la voix d’une femme qui brode toute sa vie autour de sa passion incandescente pour un homme. Une femme qui n’a «pas d’autre avenir que le prochain coup de téléphone fixant un rendez-vous».

L’amour, le désir, la sexualité. Autant de thématiques intimes qui sillonnent le travail d’Emilie Charriot, à travers les prismes de la prostitution et du viol (King Kong Théorie, de Virginie Despentes), du mariage (Ivanov, de Tchekhov), de l’attrait pour les animaux (Le zoophile, d’Antoine Jaccoud) et, maintenant, de la passion.

Ecriture de la distance

Point d’orgue d’un triptyque amorcé avec King Kong Théorie puis avec Le zoophile, le choix de ce texte ne doit rien au hasard. En Annie Ernaux, Emilie Charriot a trouvé un modèle littéraire qui fait écho à sa conception de la mise en scène. «Elle développe cette écriture de la distance, se détache du romanesque, du psychologique, de l’émotion même. Elle laisse la place à l’autre pour trouver cette émotion.»

L’autre. Un motif primordial dans cette relation scène-salle frontale, sans interférences, que défend la jeune artiste. «Chez Annie Ernaux, c’est au lec­teur de projeter sa propre histoire. C’est cela que je cherche à créer entre les acteurs et les spectateurs.» Emile Charriot décèle aussi chez l’auteure cette dimension sociale qui sous-tend sa définition de l’art scénique. «Elle nous offre la possibi­lité d’inscrire nos histoires individuelles dans un cadre collectif. C’est vers cela que je tends dans mon travail. C’est la force du théâtre.»

Passion simple, c’est aussi l’histoire individuelle d’Emilie Charriot. Celle d’un amour ardent, non pas pour un homme mais pour un art. Elle se souvient des premières sensations des planches, de son regard de petite fille de 8 ans découvrant le monde du théâtre amateur. La passion a grandi jusqu’à en devenir obsessionnelle. «Elle n’est pas forcément auto­destructrice, comme le clament les maga­zines féminins, assure la jeune femme. En vivant cette expérience de la passion, on prend la mesure du monde autrement.»

Mais la médaille a un revers. Figure de proue de la jeune garde de la scène contemporaine, issue de la Manufacture, la Franco-Suisse a laissé une partie d’elle de côté. «Je n’ai pas d’autre passion et je n’ai pas à l’heure actuelle fondé de famille. Annie Ernaux me bouleverse parce qu’elle me met face à cette réalité-là. Aujourd’hui, j’ai envie de vivre autre chose aussi.» Mais le sentiment est ambivalent. Car Vidy – où elle a déjà créé Le zoophile au printemps dernier – est aussi un accomplissement. «Il y a quinze ans, je n’aurais jamais imaginé y jouer.»

Lausanne, Théâtre de Vidy Du 7 au 22 novembre Rens.: 021 619 45 45 www.vidy.ch

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