Passer au contenu principal

ScèneUne Eurovision philosophique à Vidy

La saison du théâtre du bord de l’eau démarre fort avec trois créations. Dès jeudi, Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre ont imaginé un concours de variété musicale. Rutilant!

Chaque soir, les onze tubes seront interprétés en live et commentés par un jury.
Chaque soir, les onze tubes seront interprétés en live et commentés par un jury.
PIERRE NYDEGGER

Qui aurait imaginé un jour voir l’Eurovision débouler sur les planches du Théâtre de Vidy? Un concours de variété musicale, avec jury et vote du public, avec ses tubes entraînants, ses paillettes, ses light shows, ses costumes improbables, dans ce haut lieu des arts de la scène. La rencontre incongrue de deux mondes. L’entertainment dans l’antre de la création contemporaine. Il fallait un esprit sacrément farceur pour réaliser une telle facétie: Massimo Furlan est l’un de ces artistes qui se plaît à jouer avec les codes. Son Eurovision à lui, créée avec la complicité de la dramaturge Claire de Ribaupierre, rutilera dès jeudi dans la salle Charles Apothéloz.

Sauf que les onze chansons qui se succéderont sur scène ne parlent pas de roucoulades amoureuses ou de sentiments couleur grenadine, mais de philosophie. Le principe? Le binôme a demandé à onze penseurs européens de composer un texte sur le mode de la chanson de variété (soit des couplets et un refrain), mis en musique par des étudiants de la HEMU. Chaque soirée de ce «Concours européen de la chanson philosophique», les onze tubes, populaires par leur forme, pointus par leur contenu, seront interprétés en live par les jeunes musiciens. Dans la langue du pays concurrent. Nul besoin d’être polyglotte cependant: des surtitres seront projetés sur des écrans où seront diffusées des images préenregistrées ou captées en direct. Les codes télévisuels au service du show.

Par l’hybridation de deux esthétiques – celle du divertissement et celle du théâtre contemporain –, les deux artistes ambitionnent de replacer la pensée au cœur du débat. «Ce spectacle est une réponse à la confiscation de la parole par le populisme», résume Claire de Ribaupierre. Car c’est de la montée des extrêmes et des dérives identitaires qu’est né ce projet barré et bigarré, amené à voyager dans les théâtres d’Europe.

La pensée au cœur de l’agora

«Le populisme engendre un discours qui simplifie tout, un discours qui mène directement à la conclusion sans passer par des phases de remise en question. Par conséquent, on n’est plus que dans le slogan», observe la dramaturge. Le metteur en scène complète: «Face à ce phénomène, nous nous sommes demandé: comment remettre la pensée au milieu de l’agora? À partir de là, nous nous sommes dit: il faut chercher ce qui réunit. Et ce qui rassemble les gens, c’est la culture populaire. Sa force, c’est de générer un imaginaire, de créer des icônes.»

Massimo Furlan replonge alors dans ses souvenirs d’enfance – terreau de ses créations. «On en est arrivé à la musique, la chanson, la variété. Gamin, l’Eurovision me faisait rêver.» L’émission lui a d’ailleurs inspiré un premier spectacle, «1973», il y a neuf ans. «Dans cette performance, je rejouais l’émission de l’année 73 sur scène. Là, le principe est différent, reprend l’artiste, qui assure le rôle de maître de cérémonie. Il s’agit de penser ensemble. On détourne le langage télévisuel pour immerger le public dans des chansons, donc dans le langage. C’est un exercice de transmission d’idées, de réflexion. Mais sans jouer au plus malin.» Une réflexion prolongée chaque soir par un jury composé de quatre experts du cru – «des personnes qui pensent le monde». À la manière des jurés des télécrochets, ils commenteront les onze chansons. Comme dans tout concours, le vainqueur sera adoubé par le public. La Suisse sera-t-elle à la hauteur? Suspense.

Mais que l’on ne se méprenne pas. «Le concours européen de la chanson philosophique» n’est en rien un pastiche raillant la culture populaire. «Notre but est que les spectateurs soient émus, touchés par ces chansons. Il n’y a aucune moquerie ni ironie», souligne Claire de Ribaupierre. Une critique de l’industrie de l’entertainment, peut-être? «On ne fait la morale à personne, on ne donne pas de leçon, affirme Massimo Furlan. Par contre, on joue. On s’amuse avec une esthétique. Et on essaie de le faire bien.»

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.