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ThéâtreCes faux mauvais comédiens qui subliment nos faiblesses

À Vidy, le collectif farfelu Gremaud/Gurtner/Bovay décape dans «Pièce». Critique.

François Gremaud, Michèle Gurtner et Tiphanie Bovay-Klameth investis dans la création de leur pièce.
François Gremaud, Michèle Gurtner et Tiphanie Bovay-Klameth investis dans la création de leur pièce.
DOROTHÉE THÉBERT FILLIGER

Imaginez la scène. Jason, héros mythique, apprend que Médée vient de tuer leurs enfants. Tragique. Arborant une perruque improbable, les yeux exorbités, François Gremaud perd son froc en déclamant son monologue. On s’esclaffe. À Vidy, le collectif Gremaud/Gurtner/Bovay dégaine un nouveau bijou scénique serti de perles loufoques. Joué à Programme Commun, «Pièce» montre un trio de comédiens amateurs en pleine répétition. Ainsi les drames d’Antigone et de Médée se voient-ilsquelque peu malmenés par ces interprètes d’une gaucherie touchante, qui se plantent dans leurs répliques et amplifient chaque geste jusqu’à la caricature. Les «vrais» acteurs, eux, excellent à jouer les mauvais comédiens dans cette partition millimétrée, orchestrée dans l’état d’esprit des précédentes créations du collectif. D’une précision implacable, chaque pas est sonorisé depuis la régie. Un travail d’orfèvre qui, en regard des maladresses des trois personnages, révèle les failles humaines et en sublime les faiblesses.

Un pan de l’histoire du théâtre

Dans cette mise en abyme qui n’est pas sans rappeler le théâtre de Pirandello, égratignant les frontières entre la fiction et le réel, le recours au métathéâtre – un discours réflexif qui découragera peut-être certains – offre un niveau de lecture subtil. La scène de Médée et Jason, par exemple, rythmée de percussions et de postures hiératiques, évoque un pan de l’histoire du théâtre, celui d’Artaud et de Mnouchkine. Pascal Rambert et sa célèbre (et brillante) «Clôture de l’amour» en prennent aussi pour leur grade. Sans oublier ce dialogue hilarant où Michèle Gurtner et Tiphanie Bovay-Klameth tournent en dérision les discours intellectualisants (et parfois creux) entourant la création théâtrale.

Diablement efficace, percutante et faussement naïve, «Pièce» est sans doute l’une des œuvres les plus abouties de ce talentueux trio de faux hurluberlus.

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