Loin de Vidy, Gianni Schneider s’entoure de femmes pour un «Godot» engagé

ScènesSur la scène de la salle Paderewski, le metteur en scène qui était un habitué du théâtre au bord du lac s’attaque au classique de Beckett avec une distribution audacieuse, entièrement féminine.

Anne-Catherine Savoy et Valeria Bertolotto seront Estragon et Vladimir, les deux célèbres vagabonds perdus dans l’attente du mystérieux Godot imaginé par Samuel Beckett en 1948.

Anne-Catherine Savoy et Valeria Bertolotto seront Estragon et Vladimir, les deux célèbres vagabonds perdus dans l’attente du mystérieux Godot imaginé par Samuel Beckett en 1948. Image: Mike Wolf

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Dans un paysage théâtral en pleine mutation, le metteur en scène lausannois Gianni Schneider, qui affiche une trentaine de spectacles au compteur, a choisi de créer En attendant Godot au Casino de Montbenon, en dehors du réseau institutionnel. Au-delà de la prise de risque financière – six représentations sont prévues dans une salle qui peut accueillir 500 spectateurs –, le vieux renard de la scène romande nous confie ses frustrations. Et, surtout, les ambitions artistiques avec lesquelles il a choisi d’aborder ce classique du théâtre moderne et de l’absurde, signé Samuel Beckett.

Pourquoi créez-vous votre nouveau spectacle à la salle Paderewski?
J’ai proposé mon projet à Vidy et j’ai longtemps rêvé d’une réponse positive. Je n’ai rien vu venir pendant trois mois et demi, jusqu’à ce que Vincent Baudriller me réponde par la négative. Mais cette réponse est tombée trop tard. Quand j’ai approché d’autres théâtres, les programmations étaient déjà bouclées. Cela révèle le malaise qui règne à Lausanne autour des arts de la scène.

Un malaise… lequel?
Je ne parle pas de la scène off, mais des grands plateaux. A Vidy, Vincent Baudriller a clairement décidé de ne plus travailler avec la plupart des compagnies qui avaient leurs entrées du temps de René Gonzalez. C’est le droit le plus strict d’un directeur de théâtre de choisir ses artistes et de défendre sa propre ligne. Mais, aujourd’hui, dans la région lausannoise, ni le TKM – l’ex-Kléber-Méleau, à Malley –, ni la Grange de Dorigny ne suffisent à accueillir le travail d’artistes au parcours confirmé tels que des Pasquier-Rossier, Denis Maillefer, François Marin ou moi-même, par exemple. Et sans un accès possible à la grande salle de Vidy, il n’y a plus assez de place pour les projets d’envergure.

Avec son décor minimal, En attendant Godot n’est-elle pas une pièce qui peut se suffire de n’importe quelle scène, même petite? Avec quelle ambition particulière abordez-vous ce monument du répertoire?
Mon spectacle pourra, ensuite, très bien tourner dans des théâtres plus modestes, mais je n’ai pas pour habitude de créer sur de petites scènes. Comme les spectateurs pourront le découvrir, nous avons imaginé une scénographie, avec un élément en particulier, qui mérite vraiment de l’espace. Au-delà de cet aspect, je souhaite montrer à quel point ce texte, très social, est tout à fait confrontant avec l’actualité et doit, à chaque époque, être interprété et contemporanisé.

Que dit-il en 2016?
Ce texte a été écrit en 1948. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, on pouvait y voir une référence au sort des migrants, poussés sur les routes par les ravages du conflit. Aujourd’hui, pour moi qui pratique un théâtre engagé, elle parle de la tragédie humaine des réfugiés qui, dans un no man’s land, cherchent asile et, tout simplement, un avenir. C’est cet espoir et cette attente que je lis dans Godot.

C’est précisément l’interprétation faite, tout récemment et avec un succès, par Lambert-wild et Malaguerra qui ont confié les rôles principaux à des comédiens noirs…
Ils parlaient des migrants, non pas des réfugiés. Et, je dois bien l’avouer, de toute ma carrière, je n’ai jamais vu une seule adaptation de cette pièce. Même pas celle de Luc Bondy à Vidy, en 1999.

Votre choix de confier tous les rôles, à l’origine masculins, à des femmes n’est donc pas motivé par l’envie de vous démarquer avec un coup d’éclat?
Pas du tout! Je m’intéresse, en fait, à la problématique de la féminisation migratoire, à toutes celles qui doivent se travestir pour éviter les abus… Je trouve, surtout, que les idées et la sensibilité du texte sont plus apparentes incarnées par des comédiennes. Elles joueront les rôles tels qu’imaginés par Beckett mais leurs présences féminines provoquent une distanciation intéressante. Le propos reste le même mais, sitôt qu’ils sont dits par des femmes, les mots changent de signification. Quand un homme dit «l’union fait la force», par exemple, on entend quelque chose de belliqueux, là où une femme – moins lâche ou moins bestiale – amène une notion de solidarité.

Créé: 27.05.2016, 07h23

A voir

Lausanne, Salle Paderewski.
Ma 31 mai, me 1er juin, je 2, ve 3 et sa 4 (20 h); di 5 (18 h).
Loc.: monbillet.ch ou 024 543 00 74
www.giannischneider.ch

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