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LyriqueGrand Théâtre, grande question

La maison genevoise a dévoilé son affiche pour la saison 2020-2021, où l’ambition artistique fait face au brouillard sanitaire.

Scène de «Pelléas et Mélisande» de Debussy, dont le concept et la scénographie sont signés par Marina Abramovic.
Scène de «Pelléas et Mélisande» de Debussy, dont le concept et la scénographie sont signés par Marina Abramovic.
RAHI REZVANI

Personne ne le souhaite vraiment et cependant rien ne peut écarter la possibilité que l’avenir proche du Grand Théâtre ressemble furieusement à son passé le plus récent. À l’heure du lever de rideau sur les contenus de la prochaine saison, qui débutera le 15 septembre, une question a plané durant la conférence de presse menée jeudi par écrans interposés: est-ce que l’affiche lyrique assemblée par la direction de la maison aura bien les contours imaginés? Pourra-t-elle se déployer sans entraves jusqu’en juin 2021 ou risque-t-elle d’être amputée de certaines productions, comme c’est le cas aujourd’hui, avec un final d’exercice 2019-2020 miné par les annulations de spectacles? Face à ces fantasmes et aux coûts qu’ils pourraient engendrer, le patron de l’institution, Aviel Cahn, a préféré glisser et exhorter les présents à se concentrer sur les contenus de la scène.

Il faut donc chasser le brouillard qui enveloppe la vie artistique de la place Neuve, et la vie de tous, tout court. Se donner ainsi un semblant de visibilité alors que la menace du Covid-19 sera vraisemblablement présente pour quelques longs mois encore et qu’on imagine mal, dans cette configuration précise, des salles et des salons envahis par la foule. Les restrictions imposées par le Conseil fédéral et par le Canton pourraient persister en partie. Et celles-ci ont déjà valu des pertes artistiques considérables, la plus imposante étant sans doute la création mondiale, très attendue, de «Voyage vers l’espoir» de Christian Jost, qui devait prendre forme entre les mois de mars et avril. «Sa mise en place était déjà bien avancée, nous pensons qu’il sera possible de la présenter durant la saison suivante, en 2021-2022, ou sous une forme revue et allégée à la fin de cette saison», note Aviel Cahn.

«Turandot» en ouverture

Le directeur a fait aussi un bref bilan de sa première campagne à la tête de l’institution. Le fait marquant à ses yeux? La réponse du public, étonnante et inattendue, pour certaines productions: «Des œuvres peu ou pas connues ont attiré du monde et suscité beaucoup de curiosité. Je pense à «Einstein on the Beach» de Philip Glass et Bob Wilson, ou encore aux «Indes galantes» de Rameau. En revanche, avec «Aïda» de Verdi ou «L’enlèvement au sérail» de Mozart nous avons eu plus de peine à remplir la salle.» Aviel Cahn a encore relevé l’excellente réponse de l’Orchestre de la Suisse romande, qui a fait preuve de grande souplesse en se plaçant notamment sous les ordres de deux chefs tels que Fabio Biondi et Marc Minkowski.

Voilà pour le coup d’œil dans le rétroviseur. En portant le regard vers l’avenir, on constatera la permanence d’une ambition, tant dans les œuvres choisies que pour les figures appelées à leur donner vie. Avec un souci nouveau, néanmoins: donner plus d’équilibre à l’offre. «Par rapport à la saison qui s’achève, axée très clairement sur la modernité, la prochaine comptera davantage de classique, explique Aviel Cahn. Nous ne proposons pas, par ailleurs, de créations d’opéra contemporain.» Mais regardons de plus près ce programme placé sous la bannière de la «Réalité augmentée».

Un démarrage intrigant

Et relevons un démarrage intrigant à plusieurs titres, avec «Turandot» de Puccini. Cette pièce inachevée sera présentée à Genève dans la version terminée par Luciano Berio. Elle sera jouée sous cette forme pour la première fois en Suisse. La mise en scène, elle, sera signée par un trublion du paysage théâtral, l’Américain Daniel Kramer, qui vient de quitter la direction du English National Opera. Cette production comptera aussi sur l’apport du collectif japonais teamLab, qui signe la chorégraphie et, surtout, la vidéo, domaine où il excelle particulièrement.

Un autre point fort attire vite l’attention, le «Messie» de Haendel, dans la version arrangée par Mozart. De passage à Genève pour deux soirées seulement (4-5 octobre), la pièce compte sur l’apport de Bob Wilson à la mise en scène, la chorégraphie et les lumières. La direction musicale sera assurée par Marc Minkowski, qui fera escale avec ses Musiciens du Louvre. Un grand nom encore? Citons celui de l’artiste et performeuse Marina Abramovic: elle soignera la scénographie et le concept de «Pelléas et Mélisande» de Debussy, dans une coproduction dirigée depuis la fosse par Jonathan Nott.

Les débuts de Milo Rau

Relevons encore les grands débuts dans le monde de l’opéra d’une des figures nationales les plus stimulantes de ces dernières années, le metteur en scène Milo Rau. Celui qui a placé au centre de son théâtre documentaire la question de la violence, du pouvoir et de la politique, se frottera à «La clémence de Titus» de Mozart, dont le livret saura sans doute inspirer le Bernois.

L’épais programme prévoit aussi, et comme toujours, des concerts et des projets hors les murs tout comme une palette consistante de récitals. Et dans une sorte de «off» rafraîchissant, saluons la reconduite des propositions inscrites par la dramaturge Clara Pons dans la case La Plage, qui a connu un succès retentissant dès sa première saison. Ici, le public pourra se familiariser avec les œuvres au programme, participer à des événements nocturnes et s’approcher du monde lyrique en toute décontraction.

Toute la saison 2020-2021 surwww.gtg.ch

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