Guillaume Béguin revient à Vidy avec une pièce timbrée et jouissive

ThéâtreAvec «Villa dolorosa», de l'Allemande Rebekka Kricheldorf, le metteur en scène propose une pure merveille. Critique.

L’excentrique fratrie passe son temps à s’engueuler en rond.

L’excentrique fratrie passe son temps à s’engueuler en rond. Image: S. Rubio

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Il a présenté trois spectacles à Vidy, la saison dernière. Dès le 9 février, Guillaume Béguin, hippocampe doré nageant parmi les coraux de la création romande, revient au bord du lac avec Villa Dolorosa, pièce créée à Genève l’automne dernier à l’invitation de Mathieu Bertholet, nouveau directeur du Théâtre Le Poche.

Un choix inspiré. Cette réécriture décapante des Trois sœurs,deTchekhov, est jouissive. Pour embrasser l’univers excentrique, gouailleur et désespéré de l’Allemande Rebekka Kricheldorf, il n’y avait pas mieux que le créateur du Baiser et la morsure (2013), portrait du grand singe en voie d’humanisation par l’apprentissage de la parole. L’alliage d’humour et d’empathie que Béguin applique à tout ce qu’il touche ne saurait mieux convenir à la fratrie composée d’Irina, d’Olga, de Macha et d’Andreï, elle-même écartelée entre fiel et dévouement, folie et lucidité.

Qui sont-ils? Irina, somptueuse baleine échouée, magnifiquement interprétée par Tiphanie Bovay-Klameth, ne fait rien de sa vie sinon réfléchir en paressant. La vie l’assomme de sa «chiantise», laquelle culmine lors des trois anniversaires ratés auxquels nous assistons. Sa cadette, Macha, qu’incarne la brindille Lara Khattabi, fuit un mari mortellement ennuyeux. Son aînée, Olga, la sèche Caroline Gasser au sommet de la névrose, gravit les échelons hiérarchiques au sein de l’Ecole Schiller, où elle enseigne. Et son frère Andreï (un Matteo Zimmermann qu’on prendrait pour Jean-Quentin Châtelain), aussi loser que discoureur, subvient comme il peut aux besoins de sa reproductrice Janine (Nastassja Tanner). Quand il n’accueille pas son ami, le conciliant Georg (parfait Jean-Louis Johannides), qui se suiciderait bien si sa femme n’en faisait pas elle-même la tentative quotidienne.

Excentriques abreuvés de culture par leurs défunts parents, ils ont chacun conscience d’appartenir à une élite intellectuelle qui leur rend incompatible le monde contemporain. Aussi, dans leur cage de zoo à peine dorée – d’où ce lit à barreaux essentiel à la scénographie –, ils n’ont d’autre choix que de s’engueuler. Se singer avec sarcasme. S’accuser de leur mal-être. Et, ce faisant, exprimer en les sublimant nos propres hurlements intérieurs.

Créé: 03.02.2016, 16h29

Infobox

Lausanne, Théâtre de Vidy.
Du 9 au 18 février.
Réservations: 021?619?45?45
www.vidy.ch

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 19 septembre 2019
(Image: Bénédicte) Plus...