Passer au contenu principal

Théâtre«Les héroïnes ont fait le succès des écrivains»

Jean-Pierre Althaus rend hommage aux figures littéraires qui l’ont marqué dans un livre, prolongement d’une pièce et d’un film.

Jean-Pierre Althaus dans le film «Les Héroïnes pullulent, le comte affabule» de Jean-Paul Daguzan (2018).
Jean-Pierre Althaus dans le film «Les Héroïnes pullulent, le comte affabule» de Jean-Paul Daguzan (2018).
SÉBASTIEN BOVY/LDD

Rêveuses, pugnaces ou en proie à un destin tragique, les figures féminines littéraires hantent l’imaginaire de Jean-Pierre Althaus. Esmeralda, Emma Bovary, Carmen et Anna Karénine accompagnent depuis l’adolescence le comédien féru de littérature. À 70 ans, l’artiste romand, fondateur de L’Octogone de Pully, rend hommage à ses «Envoûtantes héroïnes» dans une publication fraîchement parue aux Éditions Favre. L’ouvrage a été conçu et imaginé dans le sillage de la création d’une pièce de théâtre, «Anna, Nana, Nanana», et la sortie d’un film, «Les Héroïnes pullulent, le comte affabule» (disponible en ligne sur www.docking.li). Coup de fil.

Comment avez-vous rencontré ces héroïnes littéraires?

Quand j’étais petit, mes parents étant très protecteurs, je n’avais pas le droit de jouer avec mes camarades en dehors des heures de cours. Cette enfance confinée a développé chez moi ce goût immodéré de la lecture. Pendant mon adolescence, je me suis passionné pour les grandes figures féminines de la littérature. Leurs histoires romanesques, souvent dramatiques, me faisaient rêver. J’ai eu l’idée de me replonger dans cette période de ma vie et d’écrire un monologue sur mes héroïnes. J’ai écrit et interprété «Anna, Nana, Nanana» au Livre sur les quais, à Morges, en 2017. Le titre du spectacle, avec ce «Nanana», évoque une ritournelle car il y a tant d’héroïnes!

Quels liens unissent les figures féminines que vous invoquez dans la pièce?

Je suis parti du constat que de grands écrivains masculins ont fait leur succès grâce à des prénoms féminins. «Anna Karénine» est le roman le plus lu de Tolstoï. Lorsque l’on évoque Flaubert, le premier nom qui vient à l’esprit est celui d’Emma Bovary. Quand on pense à «Notre-Dame de Paris», on songe à Quasimodo mais surtout à Esmeralda. Et que dire de Milady de Winter chez Dumas? Elle m’a toujours fasciné. Je me disais «Quelle force, quelle détermination!» Les femmes jouent un rôle primordial chez les grands auteurs du XIXe siècle. J’ai écrit le monologue à partir de ce constat. Puis, à l’issue des représentations, des étudiants sont venus me trouver et m’ont suggéré d’autres personnages. La pièce s’est donc étoffée en cours de route.

Comment la pièce a-t-elle débouché sur la réalisation d’un film?

Le réalisateur Jean-Paul Daguzan est venu me voir après une représentation et m’a proposé de tourner un film à partir de la pièce. Comme nous n’avions pas les moyens de produire un long métrage «traditionnel», nous avons décidé de réaliser une captation du spectacle dans des décors naturels, avec des figurants. Nous avons tourné la majorité des scènes du film au château de L’Isle.

Le scénario du film prend-il des libertés avec la pièce?

Le texte est celui de la pièce, bien que nous ayons ajouté quelques répliques pour les figurants. Mais le film fait appel à l’imagination et à la poésie. Le personnage que j’interprète, Tancrède Aubin de la Motte-Saint-Prex, est un type loufoque qui vit au XXIe siècle mais qui est passionné par le passé. Il arrive en calèche au château et oblige ses invités à vivre au XVIIIe siècle, avant de repartir en Ferrari!

Après la pièce et le film, le livre. Comment s’est poursuivie l’aventure?

Au départ je souhaitais simplement éditer le texte de la pièce. Puis Sophie Rossier, directrice des Éditions Favre, m’a suggéré d’étoffer le propos, à savoir de parler des femmes, de leur condition et de la manière dont les écrivains — des hommes pour la grande majorité — ont eu l’idée d’écrire sur des figures féminines. Par exemple, Flaubert s’est intéressé à l’assujettissement des femmes de son époque et a lu Schopenhauer pour composer le personnage de «Madame Bovary». Et dans «Nana», Zola démontre que les courtisanes sont des femmes victimes d’un système. En ce sens, les auteurs sont les avocats de leurs héroïnes.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.