Les histoires fondatrices comme sources de fiction

ThéâtreÀ la Grange de Dorigny, Ludovic Chazaud a brodé un texte autour des souvenirs de son amie d’enfance.

Avec «Sara - Une histoire vraie», Ludovic Chazaud signe son septième spectacle.

Avec «Sara - Une histoire vraie», Ludovic Chazaud signe son septième spectacle. Image: Florian Cella

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Petites lunettes rondes à la John Lennon, cheveux en bataille et barbe broussailleuse, Ludovic Chazaud cultive cette allure mi-débraillée mi-soignée de l’artiste-poète. À la fois cérébral et rêveur. L’écouter parler de son nouveau spectacle, Sara – Une histoire vraie, confirme cette première impression fugace. Mardi soir, le Lyonnais d’origine mais Lausannois d’adoption a dévoilé cette pièce très personnelle, à découvrir jusqu’à dimanche à la Grange de Dorigny. Entre les murs qui l’ont accueilli en résidence pendant ces trois dernières années.

C’est dans cet écrin boisé que l’artiste a laissé germer l’écriture de ce texte brodé autour d’un souvenir de jeunesse. Un souvenir qui n’est pas le sien mais celui de Sara. Son amie d’enfance. L’objet de ses premiers émois amoureux. Il raconte: «On a passé nos vacances ensemble jusqu’à nos 14 ans puis on s’est perdus de vue. On s’est retrouvés par hasard quelques années après, lors d’une fête. Je lui ai demandé de me faire le récit d’une histoire qui pourrait faire résonner ce qu’elle est devenue.» La jeune femme choisit un épisode de sa vie d’ado. Sara (son prénom dans la pièce) et sa bande de potes mènent la vie dure à Magali, le vilain petit canard de l’école. Ils vont jusqu’à faire croire à la mal-aimée que le petit ami de Sara est amoureux d’elle. Banale, simple, cruelle, cette bribe du passé a servi de terreau à l’écriture de Sara - Une histoire vraie.

«Un jour, une scénographe m’a dit que mon travail était juste assez mal fait pour que ce soit beau»

Un spectacle en partie biographique, donc, mais l’habile Ludovic Chazaud a tiré d’autres fils dramaturgiques. «Je me suis inspiré de cette histoire fondatrice pour faire naître la fiction. Je n’ai pas pris de notes lors de nos entretiens. J’essayais de me souvenir de ses souvenirs avec cette interrogation en tête: «Comment recréer du réel dans l’écriture?» Autrement dit, comment faire de Sara l’héroïne d’une pièce de théâtre? Sur scène, le metteur en scène et comédien réactive le souvenir de son personnage principal dans un va-et-vient constant entre incarnation et narration. «Ma première inspiration pour ce spectacle a été le roman Couvre-feux de Didier-Georges Gabily, dans lequel il revient sur un événement passé en parlant de lui en tu.»

Ludovic Chazaud place la parole au cœur de son travail. Une parole amplifiée par un certain goût de l’esthétisme. «Je cherche à créer des ambiances poétiques sur le plateau, avec un certain décalage triste, un humour triste.» Un univers singulier qu’il a découvert, exploré pendant sa formation à la Manufacture, vivier de nouveaux talents. «Cette école nous apprend à trouver ce qu’on sait faire, à le peaufiner et à travailler sur nos particularités.» Comment définir la sienne? «Un jour, une scénographe m’a dit que mon travail était juste assez mal fait pour que ce soit beau.» (24 heures)

Créé: 27.02.2018, 18h58

Infos pratiques

Lausanne, Grange de Dorigny
Jusqu’au di 4 mars
Renseignements: 021 692 21 27
www.grangededorigny.ch

Articles en relation

Dix-neuf capsules et un livre pour fêter25 ans de théâtre

Lausanne La Grange de Dorigny célèbre son quart de siècle avec une foison de créations signées par des duos de scientifiques et d’artistes. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Paru le 11 décembre.
(Image: Bénédicte) Plus...