«J’adore quand les gens entrent et restent sans voix»

ThéâtreLa Grange sublime lève son rideau vendredi. Interview de son capitaine, Michel Caspary.

Fondé en 1908, le Théâtre du Jorat a besoin d’un entretien constant. Le projet de rénovation a été rejeté l’automne dernier.

Fondé en 1908, le Théâtre du Jorat a besoin d’un entretien constant. Le projet de rénovation a été rejeté l’automne dernier. Image: CÉLINE MICHEL

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Avec l’arrivée des beaux jours, la Grange sublime de Mézières, suffisamment réchauffée après les frimas hivernaux, s’apprête à lever le rideau de sa saison 2019. Le point avec Michel Caspary, capitaine du Théâtre du Jorat depuis neuf ans.

Avec quinze spectacles à l’affiche, la saison 2019 est un peu moins étoffée que les précédentes. Pourquoi?
Je me suis méfié de l’effet Fête des Vignerons. J’ai préféré faire preuve de prudence en programmant moins de spectacles. Mais la saison 2020 oscillera entre dix-huit et vingt productions.

Comment construisez-vous vos saisons?
Je les conçois comme un puzzle dont j’assemble les pièces petit à petit. En premier lieu, j’essaie le plus possible de varier les registres. Il m’est arrivé une fois de programmer cinq pièces de théâtre à la suite, elles se sont un peu «mangées» parmi. L’autre ligne à laquelle je me tiens depuis cinq ans est d’offrir au minimum trois-quarts de productions vaudoises ou romandes.

Le théâtre est peu présent cette saison. Pour quelle raison?
Parce que le théâtre – et Dieu sait si c’est mon domaine (ndlr: il a été critique à «24 heures» pendant de nombreuses années) – est ce qu’il y a de plus difficile à programmer. Par exemple, les réservations sont encore frileuses pour le spectacle d’ouverture, «Je suis invisible!» adapté du «Songe d’une nuit d’été» de Shakespeare. Peut-être à cause du titre. Mais je tiens à mettre en avant le texte avant tout, plutôt que des têtes d’affiche.

Le théâtre sera aussi à l’honneur avec «Croix du Sud» d’Émile Gardaz, recréation du spectacle de… 1985.
J’essaie chaque année de proposer un projet dans la veine de «La dîme», spectacle créé en 1903, à Mézières, par René Morax pour célébrer le centenaire de l’entrée du canton dans la Confédération suisse. Il y avait un mélange des genres, entre théâtre et musique, artistes professionnels et amateurs. Son succès avait conduit Morax à fonder un théâtre ici. «Croix du Sud» s’inscrit dans cet esprit. C’est une très belle histoire qui parle des milliers de Suisses partis au Brésil pour chercher du travail.

Pour vous, la Grange sublime est avant tout le théâtre des Vaudois?
C’est à la fois le théâtre des habitants du bassin du Jorat et des Vaudois. Nous avons établi une cartographie du public: 80% des spectateurs viennent de tout le canton, les autres font la route depuis l’ensemble de la Suisse romande. Les gens sont prêts à faire deux heures de voiture ou de train pour venir ici, au beau milieu de la campagne. Parce que c’est un lieu atypique.

Un lieu enchanteur, aussi.
Bien sûr. J’adore quand le public, les artistes ou les techniciens entrent dans le théâtre, s’arrêtent et restent sans voix pendant quelques secondes. Il y a une atmosphère particulière. D’ailleurs, c’est ce que cherchaient les tourneurs de Jean-Louis Aubert (ndlr: en concert le 28 juin): un écrin un peu différent.

Cet écrin s’est vu refuser un projet de rénovation l’automne dernier. Comment l’avez-vous vécu?
Je pense qu’il aurait permis de donner une envergure au Théâtre du Jorat, techniquement parlant. D’autant plus que ce projet avait été élaboré par des experts. Mais on se débrouille en l’état et le nouveau conseil de fondation a remis l’ouvrage sur le métier.

Une nouvelle mouture est donc en préparation?
Oui, dans une version plus modeste. On oublie l’idée de surélever la cage de scène. Par contre le projet d’aménagement de l’annexe est acquis. Cela nous permettra de disposer de locaux de stockage, d’ateliers, de loges, d’une salle polyvalente pour les artistes, etc. Ce sera un vrai plus. En ce qui concerne la scène, nous irons à l’essentiel: assurer la sécurité.

Créé: 22.04.2019, 17h02

Critique

Cinq acteurs enchantent «Le songe» de Shakespeare

Nombreux sont les metteurs en scène à s’être emmêlés dans les fils oniriques du «Songe d’une nuit d’été». Rebaptisée «Je suis invisible!» par l’Anglais Dan Jemmett, la comédie de Shakespeare croustille grâce au quintet de comédiens qui, en transformistes malicieux, glissent d’un rôle à l’autre avec une aisance insolente. L’action s’enroule autour d’un vieux van en panne sèche. Le véhicule servira tour à tour d’antre étoilé de la reine Titania ou de décor à une soirée de camping.
Quand entrent des ouvriers chargés de le réparer, ils s’improvisent comédiens dans la fameuse pièce dans la pièce. Nick le mécano sera Pyrame, Francis le garagiste Thisbé. Les cinq comédiens (David Ayala, Valérie Crouzet, Camille Figuereo. Mathieu Delmonté et Joan Mompart) excellent dans cette fantaisie rythmée, pétillante, enchanteresse.



Mézières, Théâtre du Jorat
Ve 26 avr. (20h) et di 28 (17h)
Rens. 021 903 07 55
www.theatredujorat.ch

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