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Interview«J’aime le tragicomique car la vie elle-même est tragicomique»

Complice de Christoph Marthaler depuis près de 30 ans, l’acteur Ueli Jäggi joue dans «Tiefer Schweb» au Théâtre de Vidy.

Ueli Jäggi, comédien qui doute et qui crée depuis longtemps avec Christoph Marthaler, le grand metteur en scène alémanique.
Ueli Jäggi, comédien qui doute et qui crée depuis longtemps avec Christoph Marthaler, le grand metteur en scène alémanique.
BJÖRN JENSEN

Trois ans après Das Weisse vom Ei (Une île flottante), le metteur en scène alémanique Christoph Marthaler est de retour à Vidy avec Tiefer Schweb, pièce burlesque sur la thématique des migrants jouée dans le cadre du Festival Programme Commun. Dans sa troupe, on trouve toujours son fidèle comédien, Ueli Jäggi. Rencontre.

Pourquoi faire du théâtre? Parce que je ne sais rien faire d’autre, à part cuisiner. J’ai commencé au lycée, en pleine crise de jeunesse. La première fois que des profs me louaient! J’ai ensuite fondé, à 19 ans, un cabaret politique à Bâle puis le premier théâtre suisse pour les jeunes. Mais j’ai eu des moments de doute. J’ai pensé arrêter, je ne trouvais rien qui correspondait à mes idées. Puis j’ai rencontré Christoph Marthaler.

Ce metteur en scène vous a fait retrouver vos valeurs? J’aime son approche et la manière que nous avons de travailler ensemble. Donner du sens, développer une vision sur la vie pour supporter ce monde plein d’absurdité. Comme le dit Woody Allen: après la naissance, tout ce que l’on fait, on le fait pour oublier que l’on va mourir.

Vous partagez avec Marthaler un sens de l’humour? Oui. J’aime le tragicomique car la vie elle-même est tragicomique. C’est la seule manière de raconter notre existence. En riant et, parfois, en pleurant.

Un travail en complicité? C’est un cadeau et une chance très rare. Il y a une tranquillité chez lui qui permet à la créativité de s’exprimer. C’est important car, en tant qu’acteur, on part à chaque fois de zéro. Je me souviens du Pierrot lunaire que nous montions pour le Festival de Salzbourg. Tout le monde avait plein d’idées – moi aucune! Un soir, je lui ai dit que je ne pensais pas y arriver. Je me sentais vide. Il m’a rétorqué: c’est normal, c’est toujours comme ça avec toi les deux premières semaines. Cela m’a donné un calme! Il respecte le rythme des artistes, là où d’autres leur transmettent leur panique.

Vous avez vécu à ses côtés la crise, quand il était à la tête du Schauspielhaus de Zurich? La polémique était surtout du côté des journaux. Il y a eu aussi de grandes sympathies. Le jour où le gouvernement a voulu le chasser, il y a eu une manifestation de 1500 personnes dont des représentants des scènes indépendantes alors qu’il était le directeur du théâtre de la ville! Dans toute la cité on voyait sa silhouette collée sur les murs avec le slogan: «Marthaler reste». Ils ont dû le garder. Il a fini par partir de lui-même, à cause d’un budget trop faible.

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