La jeune metteur en scène Magali Tosato ose le grand saut à Vidy

ScèneVincent Baudriller donne sa chance à une «enfant de la maison», qui présente dans huit jours sa première création d'importance, «Home Made».

La Lausannoise Magali Tosato a fait ses premiers pas professionnels au Théâtre de Vidy, aux côtés de compagnies et de metteurs en scène bien installés afin de partir de se former au Conservatoire de Genève et, surtout, à Berlin. Dès le 22 septembre, elle y présentera sa première création d'importance, en Suisse: <i>Home Made</i>.

La Lausannoise Magali Tosato a fait ses premiers pas professionnels au Théâtre de Vidy, aux côtés de compagnies et de metteurs en scène bien installés afin de partir de se former au Conservatoire de Genève et, surtout, à Berlin. Dès le 22 septembre, elle y présentera sa première création d'importance, en Suisse: Home Made. Image: Patrick Martin

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A Vidy, Magali Tosato (27 ans) est un peu chez elle. Enfant de la maison, la Lausannoise y fera ses débuts dans quelques jours à la Passerelle, avec Home Made, sa «première création importante». Un honneur pour une artiste fraîche émoulue. L’aboutissement d’un rêve que la jeune femme ne pensait pas réaliser «si vite». Elle l’avoue, la tête sur les épaules: «Il va falloir être à la hauteur du défi.»

Ce défi, la Lausannoise se l’est lancé toute seule à 19 ans. Quand, bille en tête et naïve, elle a débarqué à la billetterie du théâtre armée d’un «Je veux être metteuse en scène, comment faire?». La démarche a tapé dans l’œil de René Zahnd: le bras droit de René Gonzalez lui propose de faire ses classes du côté de l’administration. Premier stage au service communication. Avant que les portes des ateliers et celles des répétitions ne s’ouvrent pour cette passionnée qui n’avait tâté de la scène qu’en amateur. La révélation est en marche. Et Magali Tosato préférera rapidement le chemin de Vidy à celui de l’Université où elle s’était inscrite en histoire. La voie des études, elle la laissera à sa grande sœur, avocate, et à sa benjamine, en formation sociopédagogique.

En coulisses, la passionnée réussit à décrocher des jobs au sein de compagnies bien installées. Pas des moindres: Gianni Schneider sera le premier à lui donner sa chance. Elle participera à cinq de ses créations. Et se formera aussi dans les ateliers de comédie d’Ines Cierny ou se confrontera à l’univers des Pasquier-Rossier, de Sandra Gaudin… Il se murmure, d’ailleurs, que Magali Tosato a épaté la galerie quand, encore petit bout de femme, elle a réussi à s’imposer face à deux fauves: Valentin Rossier et Jean-Quentin Chatelain qui frottaient leurs ego.

Aujourd’hui, nombreux saluent ses exigences artistiques, sa délicatesse, sa vivacité, son investissement. «Je voudrais bien être une rockeuse. Je suis impulsive, mais j’ai plutôt un côté bosseuse.» Et Gianni Schneider de trancher: «Magali a oublié d’être bête. Elle est sortie deuxième de sa promotion, ce n’est pas pour rien: son imaginaire est extraordinaire. Quand je la croise, je n’ose plus la taquiner d’un petit surnom affectueux. Elle a droit à un «salut, collègue!»

C’est que, entre-temps, à 22 ans, la «stagiaire» est partie se former en Allemagne, à la réputée Ernst Busch Schule. Elle y élargit ses horizons, côtoie Thomas Ostermeier, Falk Richter, Marius von Mayenburg… A Berlin, elle trace son indépendance, définit son style entre un théâtre germanique qui valorise la confrontation et le personnage, ses influences francophones empreintes de tradition et son caractère tout helvétique qui n’oublie jamais le collectif. Ses premiers spectacles marqueront les esprits. Des projets souvent nourris de ses propres origines. Qui parlent, «en toute simplicité», de ses grands-parents italiens, par exemple.

De retour en Suisse, la jeune diplômée prend part, en 2014, au concours national dédié à la relève, Premio. Vincent Baudriller lui confiera aussi la création d’un Hamlet qui s’arrachera dans les écoles. Portée par ses premiers succès, l’ex-étudiante décroche alors une bourse de compagnonnage. Elle a désormais deux ans pour creuser son nid et cultiver son «envie de saisir le monde».

Une ambition qu’elle défendra avec Home Made, librement inspiré du roman Mars, qui montre comment la bienséance bourgeoise entraîne la croissance des névroses, étouffe les besoins de l’âme et du cœur. «Le Zurichois Fritz Zorn a posé une question simple: «Quelle marge de manœuvre individuelle avons-nous?»

Home Made promet une enquête existentielle autour de deux hommes liés par un pacte. L’un s’engage à effectuer des recherches sur les racines maternelles du second afin de lui permettre de mieux se raconter. La pièce interrogera également la figure du dandy. «Les dandys modernes incarnent la volonté de se libérer de leur conditionnement, des liens à leur mère, famille et milieu social pour devenir des êtres originaux.» Elle précise: «Questionner les acquis me paraît une démarche nécessaire. Dans un monde de confort comme la Suisse, il y a un danger d’immobilité. Se remettre en cause ouvre le champ des possibles et empêche la domination de se structurer.» Mouvement de recul. Elle veut rassurer: «Mes spectacles sont moins intellectuels que ce que je laisse entendre quand j’en parle…»

«On m’a appris à penser»

Aucun doute, derrière ses yeux doux, la jeune femme a la tête bien faite et les idées fermes. De là à se revendiquer politisée? Silence. Elle nie. On sent «la fille de…» fatiguée qu’on lui flanque en permanence sa filiation à la face. Papa est socialiste, municipal lausannois. Maman, professeur d’histoire à l’Université. Honnête, elle se ravise: «Ma conscience est attachée à des valeurs de dignité humaine. A la maison, on m’a appris à penser, et je sors d’une école de théâtre qui se revendique comme très politique. Je ne peux pas nier ce dont mon spectacle parle: on n’échappe pas au décor dans lequel on évolue et l’on doit savoir ce qui nous a construits.» Et la fille de citer la fonction d’élu d’Oscar. «Mon père doit produire des idées de société, qu’il tente ensuite de mettre en application de manière pragmatique dans un cadre qui est ce qu’il est. Moi, en tant qu’artiste, je peux librement donner des impulsions.» Décaler les perspectives. «La mission des créateurs, définit-elle, consiste à générer des perturbations pour stimuler l’envie de sortir de nos cadres de pensée.» Avec les moyens que l’art confère. En osant puiser, aussi, au fond de soi ou marcher sur des braises.

Dans huit jours, la metteuse en scène aura justement rendez-vous avec ces feux. Elle philosophe. «Il y aura peut-être des critiques difficiles à entendre. J’ai encore mes preuves à faire et une carrière n’est jamais un fleuve tranquille. La pression monte mais, s’il y a peur, c’est qu’il y a enjeu. Je dois l’assumer.» Elle l’a bien cherché.

Créé: 14.09.2015, 11h13

Pratique

Lausanne, Théâtre de Vidy

Du 22 sept. au 4 oct.

Rens.: 021?619?45?45

www. vidy.ch

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