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GraphismeJohn Armleder, une tête d’affiche

L’artiste signe les visuels de la saison 2020-2021 du Grand Théâtre de Genève. Entretien.

Deux des quatre variantes qui illustrent l’affiche de la saison 2020-2021 du Grand Théâtre.
Deux des quatre variantes qui illustrent l’affiche de la saison 2020-2021 du Grand Théâtre.
JOHN ARMLEDER/GRAND THÉÂTRE GENÈVE

Il n’a pas la moindre idée, alors que nous l’atteignons par téléphone, de ce que le Grand Théâtre a fait des matériaux qu’il a mis quelques semaines plus tôt à disposition des équipes graphistes de l’institution genevoise. La teneur des affiches de la saison 2020-2021? «Je ne les ai pas encore vues, croyez-moi», nous dit-il. John Armleder confirme en cela un modus operandi inamovible, resté fidèle à une conception personnelle qui perdure décennie après décennie. Aux yeux du Genevois donc, la propriété artistique ne serait qu’un leurre, une illusion; une fois sortie de l’esprit, la création devrait appartenir à tout le monde. Et, en l’espèce, aux professionnels de la maison lyrique. C’est ainsi que cette figure majeure de l’art contemporain signe, avec un sens de la mise en retrait peu commun, la campagne visuelle de l’opéra de la place Neuve. Et il en parle sur un ton détendu et posé, comme toujours.

Comment a pris forme cette démarche et de quelle façon avez-vous procédé dans ce projet? Pour répondre à la sollicitation qui m’a été faite, j’ai puisé tout simplement dans le réservoir d’images que j’alimente pour de multiples projets. Ainsi, tous les signes qui accompagnent les visuels de la saison du Grand Théâtre sont issus d’un fonds utilisé par ailleurs pour mes peintures, qu’il s’agisse de toiles ou d’interventions murales.

Avez-vous conçu une sorte de programme dans la conception du projet? Une feuille de route à suivre? Non, pas du tout, je n’ai jamais adhéré à l’idée de programme. Je reste toujours très influencé par la démarche de John Cage, que j’ai connu tout jeune. Lorsqu’il travaillait avec Merce Cunningham sur des chorégraphies, par exemple, il procédait en faisant des sortes de collages, loin de l’idée qu’un élément devait illustrer quelque chose. Je reste attaché à cette démarche. Par ailleurs, je n’ai pas posé de conditions au Grand Théâtre, sinon celle de pouvoir jouir d’une place dans la salle pour assister aux opéras.

C’est votre cachet? Oui, absolument, et cela me convient parfaitement. Le Grand Théâtre est une institution qui me tient à cœur.

Quelle place occupe-t-il précisément dans votre vie? Il est là depuis mon plus jeune âge. Je me souviens avoir assisté à un «Parsifal» à une époque où le théâtre rouvrait ses portes après l’incendie qui l’avait ravagé. Les décors s’inspiraient de ceux conçus par Adolphe Appia et ils reposaient sur des idées très abstraites et sur un système d’éclairage assez sophistiqué pour l’époque.

Revenons à l’affiche. Que dit cette image de cerveau vu depuis le haut? En fait, j’ai donné au Grand Théâtre une banque d’images que j’utilise pour mes autres travaux. Le graphiste de la maison a eu de son côté carte blanche pour en faire l’usage que bon lui semblait. J’ai livré dans la plupart des cas des images abstraites. Celle du cerveau, par exemple, peut renvoyer aussi à la représentation d’une noix ou faire penser à un dessin abstrait.

Il ne faut pas avoir peur du lâcher-prise lorsqu’on confie son matériel à d’autres, non? Je suis habitué à travailler de cette façon. Depuis une dizaine d’années, avec la nécessité de faire face à mes soucis de santé, j’ai poussé encore plus loin cette démarche, en collaborant avec d’autres artistes qui, eux, interviennent de manière tout à fait autonome sur mes matériaux. Je considère que l’objet artistique m’échappe dès lors qu’il sort de ma tête pour devenir concret. À mon sens, la véritable création se fait avant qu’on la produise concrètement. En passant à la réalisation de l’objet, on fait déjà autre chose, qui appartient à tout le monde et qui aurait pu être conçu par n’importe qui d’autre.

Que vous inspire la période particulière que nous traversons actuellement? Je ne sors plus du tout de chez moi depuis un certain temps parce que, comme je le disais, je suis un vieux monsieur qui a été malade. Il y a une dizaine d’années, j’ai passé presque quatorze mois à l’hôpital, et ce fut une situation similaire à celle que je vis ces jours-ci. Si je remonte davantage le fil de mon histoire, je retrouve mon internement de sept mois à la prison de Saint-Antoine, qui a suivi mon refus de faire le service militaire. Ce fut là encore un confinement, de sorte que la situation présente me renvoie inévitablement à ces contextes éloignés. Aujourd’hui, je profite de tout ce temps dont je dispose pour plonger de manière insolente dans une paresse invraisemblable. Je trouve là une forme de méditation.

Pourtant, cette chance génère beaucoup d’anxiété chez d’autres. Oui, parce que nous n’avons pas l’habitude d’être contraints à ne rien faire. C’est cela qui fait peur à un grand nombre de gens.

Quels sont les projets qui vont vous occuper dans l’avenir? Au-delà des incertitudes sur les temps du déconfinement, il y aura en septembre une grande exposition au Kanal/Centre Pompidou à Bruxelles, dans une ancienne usine d’automobiles. Ce sera très grand, 8000 m2 sur six étages, et on y trouvera certaines de mes pièces, anciennes et nouvelles, et surtout une série d’expositions dont je suis le commissaire. À savoir des reconstructions d’anciens projets réactualisés qui réuniront une cinquantaine d’artistes au moins. Une autre exposition aura lieu à Shanghaï, au Rockbund Art Museum, avec des installations de mon travail.

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