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ThéâtreJonathan Capdevielle sonde l’ambivalence dans un polar de Bernanos

Après «Saga», l’artiste de 42 ans revient à l’Arsenic avec un spectacle explorant les questions du genre et de l’identité. Rencontre.

L’artiste de 42 ans a grandi dans les Pyrénées.
L’artiste de 42 ans a grandi dans les Pyrénées.
K. DALEY PARADE

Il y a quelque chose d’ensorcelant chez Jonathan Capdevielle. Dans sa voix douce, apaisante, mélodieuse, aux tonalités presque féminines. Dans son regard tendre, miroir d’un certain tourment, d’un questionnement perpétuel sur l’identité. Dans cette ambiguïté qu’il cultive, arborant un vernis carmin à paillettes. Artiste tout en contrastes, singulier et multiple, énigmatique et affable, à la fois comédien, metteur en scène, marionnettiste et même ventriloque (pour la chorégraphe Gisèle Vienne), le Français de 42 ans revient à l’Arsenic deux ans après sa Saga qui retraçait son histoire familiale.

Bien que nourri de ce terreau autofictionnel qui irrigue l’ensemble de son travail, son nouveau spectacle, A nous deux maintenant, à l’affiche jusqu’à samedi, est une adaptation scénique d’un roman peu connu de Georges Bernanos. Composé en 1935, Un crime joue sur l’ambivalence tant sur la forme (oscillant entre le polar et le roman psychologique) que sur le fond (le personnage principal, le curé de Mégère, se révèle être une femme). Mais Bernanos entre en résonance avec l’univers de Jonathan Capdevielle. «J’amène des contaminations dans le roman. Il y a un moment où l’œuvre commence à vriller, où je ramène le spectacle vers mes propres fantasmes et mes interrogations intimes liées à la question du genre, de la crise identitaire.»

Ancré dans le terroir, baigné dans un catholicisme oppressant, flirtant avec le fantastique, le texte de Bernanos retentit chez Jonathan Capdevielle comme une réminiscence de son enfance passée dans les Pyrénées. «Gamin, j’étais fasciné par la religion, même si mes parents ne m’ont pas élevé dans ce milieu. J’étais intrigué par ce mystère qui attire tant de gens. Et par l’ambiguïté de la robe du curé, qui est à la fois une tenue de femme et d’homme doué d’un certain pouvoir.»

Omniprésent dans Un crime, pesant comme une chape de plomb, le monde rural éveille chez l’artiste des souvenirs ambigus. Entre une certaine bienveillance communautariste et une surveillance revêche. Dans ce microcosme replié sur lui-même, le personnage de l’enfant de chœur, insaisissable et secret, se rappelle à Capdevielle comme un double fictionnel. «C’est un jeune garçon de la campagne qui essaie de trouver un moyen de se réaliser ailleurs, et autrement.»

L’identité, toujours. Sur scène, une souche d’arbre déployant ses racines tentaculaires symbolise à la fois les entrelacements du récit et l’arbre généalogique. «Le personnage du curé, né d’une mère religieuse défroquée, exprime une souffrance identitaire dès le berceau. Bernanos utilise le travestissement comme solution. Cette idée, je l’ai appliquée à tous mes comédiens, qui incarnent plusieurs personnages, pour amplifier le pluralisme des identités.»

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