Les joueurs de cartes de Vidy seront les stars d’un soir aux côtés de Massimo Furlan

ThéâtreDepuis une dizaine d’années, une bande de retraités italiens tape, tous les jours, le carton dans le foyer du théâtre. Huit d’entre eux entrent en scène samedi.

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A Vidy, personne ne connaît vraiment leurs noms. Pourtant, la bande de retraités qui a fait du foyer du théâtre lausannois son stamm depuis une dizaine d’années est connue comme le loup blanc. Sitôt que l’hiver ou la pluie sévit, ils squattent une, deux, trois tables de la Kantina. Discrètement, ils jouent tout l’après-midi aux cartes. «Pas à n’importe quel jeu! Uniquement à la briscola ou au tresette, nos deux jeux nationaux.»

Silvano, Giuseppe, Domenico, Mario, Luigi, Orlando et Vito viennent tous d’Italie. Des Abruzzes, de Naples, de Sicile, de Toscane… Ils sont arrivés dans la région lausannoise dans les années 1950 ou 1960, ils ont travaillé du côté du service d’expédition de la Banque Populaire, comme chef de rayon à la Coop, à la tête de petits commerces ou comme ouvriers. Aujourd’hui, âgés entre 65 et 76 ans, tous ont choisi de rester en Suisse pour couler leur retraite «pas trop loin de leurs petits-enfants». «Certains ont essayé de retourner au pays, mais c’est rarement une bonne idée, confient-ils. C’est ici qu’on a bâti notre vie et, on peut vous l’assurer, nos journées sont assez remplies.» Et, si cela devait arriver, ils savent qu’ils trouveront toujours des partenaires de jeu du côté du théâtre de Vidy. Comme la joyeuse clique qui s’est laissé convaincre par le metteur en scène Massimo Furlan de participer, demain, à l’une de ses performances en endossant des costumes de Superman, ils sont, au total, une vingtaine à venir taper le carton, au gré du temps libre de chacun. Le groupe est souvent rejoint par des nouveaux venus. «En dehors de ce rendez-vous, avouent-ils, on ne se voit pas nécessairement. Et, promis, on ne mise jamais d’argent. On vient ici pour le plaisir.»

«Avec leur parcours, ces membres de la communauté italienne symbolisent une partie de l’histoire de Lausanne. Mais pas seulement… Ils sont également arrivés en Suisse au moment où ce bâtiment a été construit. A leur manière, ils font vraiment partie de la famille de Vidy.»

Pour le plaisir de côtoyer les artistes qui s’activent, tous les jours, dans la ruche de Vidy? Certains ont déjà assisté à un ou deux spectacles. Mais la raison réelle de leur présence dans le vénérable théâtre n’a rien à voir avec un goût immodéré pour la culture. «Au début, on se retrouvait du côté du terrain de pétanque, résume Orlando. On y jouait une ou deux parties, puis on sortait nos cartes… Mais le patron a fini par nous chasser.» Ils ont trouvé refuge à Vidy, avec la promesse de consommer quelques boissons et de libérer les lieux avant l’arrivée du public. «L’ancien directeur n’était jamais venu nous parler. Dès son arrivée, par contre, M. Baudriller est venu faire connaissance.» «Avec leur parcours, observe le directeur, ces membres de la communauté italienne symbolisent une partie de l’histoire de Lausanne. Mais pas seulement… Ils sont également arrivés en Suisse au moment où ce bâtiment a été construit. A leur manière, ils font vraiment partie de la famille de Vidy.»

Grâce à l’intervention de Massimo Furlan, l’amitié entre le théâtre au bord de l’eau et ces retraités est même sur le point de se resserrer. Demain, dès 18 h, tous joueront un premier rôle et déambuleront au milieu du public. Habillés de bleu, ils seront les personnages fatigués de Blue Tired Heroes, une performance inspirée du spectacle (Love Story) Superman, créé en 2005 à l’Arsenic. Celle-ci a déjà été jouée de Zurich à Paris en passant par Prague, la Hollande ou le Danemark.

«Chaque rencontre est une courte mais vraie histoire»

Leur mission: montrer qu’ils sont là pour sauver le monde et incarner le superhéros avec lequel l’artiste lausannois questionne, de manière récurrente, les souvenirs d’enfance, la réalisation de soi et la responsabilité de l’individu, la virilisation ou le vieillissement du corps. «En allant à la rencontre de ces Italiens, je projette tout naturellement des liens avec ma propre histoire, observe le quinquagénaire, qui est arrivé en Suisse à l’âge de 7 ans, dans les bagages de son père universitaire. Ce que j’aime avec cette performance burlesque: chaque rencontre avec des nouveaux participants finit par me fasciner. C’est toujours une courte mais vraie histoire qui s’écrit.» Et l’artiste d’avouer: «Je suis surpris aussi de voir avec quelle facilité les gens se prennent au jeu. L’âge, la vie, le détachement par rapport au paraître font qu’ils s’amusent et n’ont pas peur du ridicule.»

Depuis quelques jours et la publication dans la presse dominicale d’une page entière consacrée à leur compatriote, Giuseppe, Domenico, Mario et tous les autres sont même très fiers de participer à son projet artistique. Leurs femmes auront l’occasion de faire connaissance. Reste encore une vraie gageure: réussir à garder le sérieux et le silence face au public. «On est Italiens et on ne se refait pas!»

Créé: 03.06.2016, 10h22

A voir aussi

«Slow» Pour sa toute nouvelle création – dévoilée à 19 h, 21 h et 23 h –, Massimo Furlan, qui a fait des souvenirs de jeunesse l’un des thèmes centraux de sa créativité, a invité une douzaine d’adolescents à se confronter au «moment autant terrifiant que mémorable» du slow, de ce corps-à-corps enlacé qui ouvre vers l’intimité de soi comme celle de l’autre (durée une heure, entrée et sortie libre).

«Après la fin, le congrès» Mise en scène du savoir, croisement des disciplines, huit artistes ou universitaires plongés dans un univers décalé. Créée cet automne lors de la dernière Nuit Blanche, à Paris, cette performance entraîne le public au rythme d’un manège, vraie machine à penser, d’où s’égrainent des ritournelles et des récits légers ou savants pour éclairer le monde (24x20 minutes, en continu).

«Fortuna» L’espace et le temps en questions. Créé en 2010, ce projet plonge le public dans une salle embrumée où des rencontres insolites réveillent sensations ou peurs primales (entrée par groupe, durée 15 minutes).

«Tunnel» A la course et suivi par une équipe vidéo, Massimo Furlan a traversé le tunnel du Grand-Saint-Bernard et la frontière italo-suisse, ligne de séparation immatérielle (de 18 h à 2 h, projection en continu).

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