Le journal intime et poignant d’une femme butin de guerre

Scène Au Pulloff, la comédienne Véronique Montel donne de la voix au récit de l’allemande Marta Hillers. Critique.

La Berlinoise Marta Hillers avait 34 ans, en 1945, quand elle a subi, comme 100 000 autres allemandes, les assauts répétés des soldats russes.

La Berlinoise Marta Hillers avait 34 ans, en 1945, quand elle a subi, comme 100 000 autres allemandes, les assauts répétés des soldats russes. Image: DR

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C’est un témoignage puissant qui résonne, jusqu’à mercredi encore, sur la scène du Pulloff, à Lausanne. Une création voulue par la comédienne Véronique Montel et mise en scène par Séverine Bujard. Une femme à Berlin égrène les dernières semaines de la Deuxième Guerre mondiale à travers le journal intime de Marta Hillers, 34 ans, journaliste de métier.

Du 20 avril au 22 juin 1945, cette Berlinoise terrée dans sa cave a relaté – dans une langue claire, incisive, avec un regard factuel et une franchise troublante – la vie quotidienne sous le chaos de la débâcle allemande, quand l’Armée rouge envahissait la capitale et que ses soldats réduisaient les femmes à des butins de guerre, violables à merci. Aux outrages à la chair, subis avec un courage déconcertant, s’ajoutent les bombes et la faim, la solidarité féminine, l’instinct de survie et, surtout, la lâcheté des hommes.

Une question longtemps taboue

Le sujet est grave. On estime à 100'000 le nombre de femmes victimes des abus russes. La question a longtemps été taboue, étouffée par les atrocités commises côté nazi. Dès leur première publication en 1954 aux Etats-Unis, les pages de la jeune diariste ont, d’ailleurs, fait scandale. Et son auteure, décédée en 2001, a refusé qu’il soit édité sous son nom tant qu’elle était en vie. Son identité n’a été dévoilée qu’en 2006.

Le spectacle joué au Pulloff brille par l’interprétation de Véronique Montel. Par l’efficacité, aussi, de la construction dramaturgique. A l’heure où l’horreur faite aux femmes prend la forme de harems sous le joug de Daech, à l’heure où les viols de masse sont devenus armes de guerre, on peut regretter l’excès de réalisme d’une mise en scène qui réduit l’approche artistique à une reconstitution historique.

Reste que ce travail de mémoire et l’adaptation du texte – porté à deux voix, celle de Marta et celle de l’éditeur (Marco Calamandrei) – réussissent à donner corps à une thématique que l’on sait, quand même, universelle. Avec lucidité et émotion. Sans sombrer dans le pathos. (24 heures)

Créé: 01.12.2016, 17h42

Sur scène

Lausanne,
rue de l'Industrie 10.

Jusqu'au mercredi 7 décembre 2016.
Toutes les représentations de «Une femme à Berlin» sont complètes. Une liste d'attente est toutefois dressée une heure avant chaque représentation.

Rens.: 021 311 44 22
www.pulloff.ch

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