Les Jurassiens rêvent d’un théâtre cantonal

ScènesUne course contre la montre a été lancée pour enfin créer une salle de spectacle dotée d’infrastructures professionnelles.

Le futur Théâtre du Jura a été imaginé par le bureau zurichois GXM, fondé par deux architectes originaires de Delémont.

Le futur Théâtre du Jura a été imaginé par le bureau zurichois GXM, fondé par deux architectes originaires de Delémont. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Une devinette qui en dit long. Quel est le point commun entre le Jura, Glaris, Appenzell Rhodes-Intérieures et Extérieures? A la différence de tous les autres cantons suisses, aucun d’entre eux ne peut s’enorgueillir d’avoir un théâtre public doté des infrastructures professionnelles pour faire rayonner et développer leurs arts vivants autant qu’accueillir des spectacles d’envergure. Dans le domaine du théâtre mais aussi de la danse, des productions «jeune public», des arts circassiens ou de la musique, à l’instar du Théâtre du Passage ouvert en 2000 à Neuchâtel ou de l’Espace Nuithonie et Equilibre développé il y a quelques années du côté de Fribourg.

Phase décisive

Vieux serpent de mer de la politique culturelle jurassienne – la première idée date des années 1970 –, la création d’un Théâtre du Jura paraît enfin bien emmanchée. Après la création d’une fondation, un soutien ferme du Grand Conseil et une enveloppe cantonale sur la table (14 millions de francs), le dossier est entré dans sa phase décisive: une course contre la montre a été lancée afin de boucler, d’ici à janvier 2017, le budget global chiffré à 24 millions.

Un tiers dépendra du secteur privé. Et il manque, à ce jour, encore 4 millions pour pouvoir poser la première pierre d’un édifice imaginé au cœur de Delémont. Doté de 450 places assises (1000 debout), d’une salle équipée, de locaux techniques et de travail ainsi que d’un foyer, le futur théâtre sera partie intégrante d’un vaste programme immobilier comprenant une centaine de logements et un centre commercial.

«Des icônes telles que Zouc ou des lieux mythiques comme le Café du Soleil ont marqué l’histoire du théâtre romand, observe Christine Salvadé, cheffe de l’Office de la culture. Côté formation, le Jura est le seul canton à offrir à sa jeunesse une filière gymnasiale avec option théâtre. A un autre niveau, nous participons également à des programmes suisses ou romands de soutien aux arts de la scène. A ce jour, pourtant, nos artistes professionnels, sans ancrage dans une institution ni véritable vitrine pour leur travail, ne peuvent profiter pleinement de ces efforts. Ils doivent, surtout, produire dans des conditions très sommaires.»

«Forcés de bricoler»

Une réalité que confirme le comédien Lionel Frésard, cofondateur de la compagnie Extrapol: «Le canton fourmille de troupes amateurs et il y a un vrai dynamisme professionnel, mais nous sommes forcés de bricoler ou d’aller créer ailleurs. C’est le moment que l’on devienne vraiment plus qu’une destination où il fait bon aller en tournée.»

Pour que l’ambition jurassienne devienne réalité, la recherche de fonds bat son plein. Côté communication, la campagne est soutenue par un visuel signé par le duo d’illustrateurs Plonk et Replonk. «Notre rêve n’a rien de pharaonique et le projet est tout à fait à l’échelle du canton, assure Christine Salvadé. Il a été imaginé en complémentarité à ce qui existe déjà en permettant, d’ailleurs, de fédérer les institutions déjà actives autour des arts de la scène. Et, on l’espère, de donner envie aux artistes, forcés aujour­d’hui de s’expatrier, de revenir travailler dans le canton.» (24 heures)

Créé: 06.10.2016, 09h28

Infobox

La création d’une scène professionnelle nourrit le terreau artistique local

Ces dernières décennies, plusieurs cantons romands – voisins des centres historiques de création scénique que sont Lausanne et Genève – ont développé leur politique de soutien aux arts de la scène. En?Valais, par exemple, avec la mise en?réseau dès 2006 des institutions existantes à travers Théâtre Pro, programme cantonal de?subventionnement qui fédère les?lieux de création. A Fribourg, avec la?reconnaissance du travail effectué par le centre dramatique régional du?Théâtre des Osses, créé par Gisèle Sallin et Véronique Mermoud à la fin des années 1970, puis la création de?l’Espace Nuithonie dévolu à?soutenir le?travail des artistes locaux. A Neuchâtel au début des années 2000, avec la création du Théâtre du?Passage. Ces efforts ont-ils porté leurs fruits? «Ils?ont induit une?multiplication des?créations artistiques indépendantes, à côté des?projets soutenus par Théâtre Pro, observe Jacques Cordonier, chef du Service valaisan de la culture. Certes, nous n’avons pas véritablement réussi à faire revenir des compagnies qui s’étaient expatriées mais certaines d’entre elles ont renoué des liens forts avec le?Canton et nous avons vu, par contre, une vraie relève se développer.» Une?manière indirecte, aussi, d’obtenir un retour sur l’investissement consenti par le Valais pour le financement romand de la Haute Ecole de théâtre La Manufacture. «Toutes les retombées sont difficiles à mesurer mais nous voyons, depuis quelques années, la?curiosité du public se développer, détaille Alexandre Doublet, directeur du Théâtre Les Halles-Sierre. L’intérêt porté depuis l’extérieur sur la création valaisanne qui s’est professionnalisée est lui aussi sensible.»

Des observations partagées du côté de Fribourg où pointent désormais les?premiers bémols: «Le développement de la scène théâtrale a permis de?véritablement creuser un terreau artistique local, tout en permettant de?donner un statut et une reconnaissance sociale aux comédiens et aux?artistes qui étaient souvent considérés comme des saltimbanques, rappelle Jacqueline Corpataux, comédienne et directrice de la compagnie Théâtre de l’Ecrou, créée en 1987. Mais cet appel d’air a son revers de la médaille. Avec plus de créateurs, donc plus de projets, l’argent à disposition peut venir à manquer. Le développement d’une politique culturelle ou la?création d’un lieu doivent impérativement s’accompagner d’une prise de?responsabilité des collectivités publiques sur le long terme: la manne financière dévolue aux soutiens
à la création doit être, ensuite,
adaptée à l’évolution du terrain.»

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Paru le 13 décembre.
(Image: Bénédicte) Plus...