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Scène«Karl Marx était drôle… et sexy!»

La comédienne Audrey Vernon présente un seul en scène sur la vie du fameux penseur, ce week-end au CPO. Interview

Comédienne engagée, Audrey Vernon a joué ses spectacles devant des usines en grève.
Comédienne engagée, Audrey Vernon a joué ses spectacles devant des usines en grève.
Fabrice Sabre

Il y a quelque chose de troublant dans la passion que voue Audrey Vernon à Karl Marx. Immédiatement éloquente et habitée à la simple évocation du nom du philosophe allemand, la comédienne adopte un ton admiratif voire fanatique lorsqu’elle se met à parler de la vie tourmentée de l’auteur du «Capital», qu’elle décrit comme «marrant et sexy». Et notamment de ses relations particulières avec sa femme, Jenny, sa bonne, Hélène Demuth, et son ami de toujours Friedrich Engels. Au CPO ce week-end, Audrey Vernon joue à deux reprises «Marx et Jenny», ce seul en scène qui narre les liaisons dangereuses du quatuor. Coup de fil à une comédienne aussi bavarde qu’engagée.

D’où vient l’envie de raconter la vie de Marx?

Au moment où j’ai découvert son lien avec Engels. Marx lui a demandé de se faire passer pour le père du bébé que lui-même a eu avec sa bonne, Hélène Demuth. Cette histoire m’a passionnée. D’autant que dans leur manière de se parler tous les deux, on dirait deux hommes d’aujourd’hui. En bien plus intelligents, évidemment. J’ai été surtout frappée par leur intemporalité. Dans mon spectacle, lorsque je dis «je suis dans la merde», on pourrait penser que j’ai adapté leurs dires. Pas du tout.

Comment expliquer votre fascination pour ce philosophe?

Au-delà de Marx, c’est l’histoire entre ces quatre personnages qui me fascine. Je pense que «Le capital» n’aurait pas existé s’ils n’avaient pas été quatre. Ils ont passé leur vie ensemble. On se rend compte à quel point une œuvre peut être fragile, aussi importante soit-elle dans l’histoire, et comment les facteurs humains peuvent l’influencer. La figure politique de Marx ne serait rien sans son vécu personnel. Sa pensée idéologique a été nourrie par son quotidien. C’est quelqu’un qui a vraiment connu la misère, les révolutions, qui a dû faire face à la mort de ses enfants. Peu d’intellectuels contemporains connaissent la réalité du prolétariat.

Personne ne trouve grâce à vos yeux aujourd’hui?

Si, bien sûr: Noam Chomsky ou Jean Ziegler, par exemple. Mais Marx, c’est un truc de dingue. C’était un génie. Il a marqué les deux derniers siècles, l’Orient et l’Occident, des milliers de gens se réclament de lui. Il faut voir comment il écrit. Il est marrant, sexy… mais aussi foutraque.

Vos spectacles sont politiquement très engagés et abordent des sujets graves. Comment travaillez-vous pour les rendre comiques?

Mon challenge? C’est de ne pas me suicider avant d’avoir fini le texte ( rires). Plus sérieusement, j’essaie d’abord de me documenter pour connaître au mieux mon sujet. Une fois que je le maîtrise, j’essaie de trouver un moyen d’en rire. Ça passe souvent par les situations humaines. Parfois, je n’ai moi-même aucune envie d’en rire. C’est un vrai défi. J’aime m’attaquer à des sujets qui font peur et dont on n’a pas envie de parler. Mon prochain spectacle parlera de la guerre. Celle que l’on est en train de vivre. La guerre des États et des multinationales contre le peuple.

Votre engagement va au-delà du texte. Vous avez joué dans des contextes ouvriers, notamment lors de rassemblements grévistes devant des usines. Quelle expérience en avez-vous tirée?

C’était très enrichissant. Au sein d’un milieu que je ne connaissais pas. J’ai pu voir de l’intérieur ce que représentaient vraiment les inégalités et l’oppression des multinationales. Jouer mes spectacles dans ces contextes-là, devant les premières victimes de ce que je dénonçais et ce dont je me moquais, c’était très fort. Et les ouvriers ont énormément ri. Ce sont des gens qui ont une vraie culture, contrairement à ce qu’on aimerait nous faire croire. C’était une grande chance de les côtoyer.

Vous ne grincez pas trop des dents en montant sur les planches de théâtres parisiens huppés ou sur les plateaux télé que vous avez fréquentés?

Non, ça me donne au contraire pas mal de force. Les plateaux télé, c’est n’importe quoi. Les hommes politiques qui y défilent sont complètement à l’ouest. Ils n’ont pas d’âme. Je n’ai qu’une envie, c’est de les confronter, de me battre pour mes idées. Et les médias sont aussi un bon endroit pour ça. Souvent, on essaie de me faire croire que je ne suis pas normale. Alors que je pense au contraire partager les idées de tout le monde et juste avoir du bon sens.

Une personne d’un autre bord politique que le vôtre pourrait tenir les mêmes propos…

Ah bon? Vous pensez que Bill Gates fait preuve de bon sens lorsqu’il fait travailler des enfants dans des mines? Je vous laisse juger…

Lausanne, CPO Sa 1er (20 h) et di 2 décembre (17 h). Rens.: 021 616 26 72. www.cpo-ouchy.ch

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