Kathrin Iten, une comédienne engagée et enjouée

ThéâtreEx-assistante sociale, la Bernoise de 36 ans débarque de ce côté de la Sarine avec «Formular: CH», spectacle coup-de-poing sur les réfugiés et les demandes d’asile. Portrait.

La comédienne bernoise Kathrin Iten présente son spectacle «Formular: CH» pour la première fois en Suisse romande.

La comédienne bernoise Kathrin Iten présente son spectacle «Formular: CH» pour la première fois en Suisse romande. Image: VANESSA CARDOSO

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Son regard pétillant, souligné par un trait de crayon, et ses mimiques mutines révèlent une personnalité solaire. Pourtant, Kathrin Iten est une femme en proie à un certain désenchantement. Son ancien métier d’assistante sociale l’a confrontée aux parcours cabossés, chaotiques, des demandeurs d’asile. Devenue comédienne sur le tard, cette Bernoise de 36 ans a puisé dans ce vécu le matériau de Formular: CH, spectacle coup-de-poing qu’elle joue pour la première fois de ce côté-ci du Röstigraben, après deux ans de tournée à guichets fermés outre-Sarine. Au 2.21, dès ce vendredi, les spectateurs auront le choix entre la version française, puis sa variante bilingue dès le 6 octobre.

Sirotant son expresso au soleil devant le théâtre lausannois, Kathrin Iten parle de son spectacle avec une candeur touchante. «Mon but est de montrer que nous sommes tous des êtres humains.» Sur scène, entourée d’une seconde comédienne (et d’une troisième dans la version bilingue), elle campe Bettina Zimmermann, assistante sociale pas franchement sympathique, rigide à souhait, obnubilée par la loi. Kathrin Iten, elle, ne s’est jamais résignée à ranger ses clients dans des cases. «On catégorise les migrants avec des lettres. Permis B, C, F… Moi, ce que je veux, c’est raconter leurs histoires.» Des histoires qu’on entendra par bribes, en voix off. «Parce que ce n’est pas à nous de dire ce qu’ils ont à dire.»

Cette nécessité, cette urgence de parler des réfugiés remonte à un épisode très précis de son enfance. Fixé dans sa mémoire. «Quand j’avais 12 ans, je suis allée au Village d’enfants Pestalozzi, dans le canton de Saint-Gall. Il y avait une sorte d’atelier pour les jeunes.» Elle fait la connaissance d’enfants bosniaques. Leurs récits bouleversent son cœur de jeune fille. «Ils m’ont parlé de la guerre, de la mort de leurs parents. Et, après avoir vécu quatre ans dans ce lieu, ils devaient rentrer dans leur pays. Je me suis demandé: Pourquoi?» Cet épisode marquant deviendra un moteur de sa vie d’adulte. Dans son rôle d’assistante sociale, d’abord. Dans sa vie d’artiste, encore plus.

Lorsqu’on l’interroge sur ce revirement de carrière surprenant, Kathrin Iten fronce un sourcil, esquisse un rictus, bref, fait un peu le pitre avant de répondre. On le devine, il y a un côté clownesque en elle. Le rire était un exutoire, déjà, lorsqu’elle recueillait le récit de migrants traumatisés par la guerre. «Même dans ces moments dramatiques, j’ai toujours cherché à rigoler avec mes clients.» Cette espièglerie, elle est partie l’explorer à Paris dans l’école du clown Philippe Gaulier. Mais l’apprentie actrice est encore hantée par ce sentiment d’injustice. «Philippe me disait: «Tes messages politiques, ça ne m’intéresse pas, je veux voir ton âme!» Il m’a appris à être libre.» Enfin, à être un peu plus libre. Car, toujours, son ancien métier, son «moteur» se rappelle à elle.

«Dernièrement je me suis dit: «Kathrin, maintenant, tu fais le clown et tu arrêtes de parler de politique sur scène.» Raté. Son tout nouveau spectacle, La copine de Ferdinand (à voir le 8 décembre au Théâtre de la Tournelle, à Orbe), raconte les états d’âme d’une jeune femme un peu naïve dont les amours sont contrariées par la Seconde Guerre mondiale. Ferdinand, l’amour de sa vie, est parti au front. Elle l’attend désespérément, parle de lui mais s’égare sans cesse dans des histoires politiques. Encore. Mais Kathrin Iten sourit. Et souligne: «Dans ce seule-en-scène, je fais aussi du yodel et je joue du Schwyzerörgeli (ndlr: de l’accordéon schwytzois).» Du cabaret-théâtre, donc, qui allie les deux personnalités de la comédienne: l’engagée et l’enjouée.


Lausanne, 2.21 Du 29 sept. au 5 oct. (français) et du 6 au 8 oct. (bilingue) Rens. 021 311 65 14 Orbe, Théâtre de la Tournelle Ve 10 nov. (20 h 30) Rolle, Casino-Théâtre Je 8 et ve 9 fév. 2018 (20 h) www.dasventil.ch/fr (24 heures)

Créé: 28.09.2017, 20h11

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