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CritiqueLaetitia Dosch tente une expérience contre nature et prend le mors aux dents

Dans «Hate», la comédienne se cherche face au cheval. Une prise de risque très humaine.

La confrontation entre l’homme et l’animal révèle la femme. Dorothée Thébert Filliger L’un des spectacles les plus attendus et les plus risqués de la saison à Vidy. Lors de la première de «Hate», mardi, le spectateur qui montait silencieusement dans les gradins du Pavillon (pour ne pas effrayer Corazón, le cheval) pouvait croiser une Laetitia Dosch tendue par l’enjeu, frémissant dans l’attente de sa première délivrance en public. Une fois descendue dans le carré de terre où elle rejoignait son partenaire à quatre jambes, sa première prise de parole s’étranglait d’ailleurs dans sa gorge.

On n’a pourtant rarement été aussi heureux de découvrir un spectacle lors de sa représentation initiale. Car «Hate» relève de la performance. Ses défauts n’en sont pas, ils témoignent au contraire de ce saut dans le vide d’un jeu avec l’animal où les incertitudes génèrent cette fascination que suscite une chute toujours possible.

En actrice mais aussi en metteur en scène, Laetitia Dosch a choisi la mise à nu. Littérale, mais aussi discursive. Elle s’adresse au cheval, lui raconte sa vie, l’interpelle et finit par prendre à sa charge les reparties de son «interlocuteur» en usant d’une voix plus grave. L’exercice, périlleux, est mené avec brio. Pourtant, l’éventuel dialogue entre l’homme et la bête – sur le motif de l’amour impossible – s’avère plus complexe que prévu. La mise en œuvre du spectacle exige une interaction, car certains passages obligés – placements, cabrioles – doivent être menés à bien.

Mais c’est pourtant à un brillant soliloque que l’on assiste. La volonté de «surmonter les différences» est un pari rhétorique, un défi «contre nature» dont la comédienne ne cherche même pas à cacher l’impossibilité et l’exhibe même à plusieurs reprises. Le cheval impose sa présence massive, sa relative imprévisibilité, mais il ne dit rien. C’est la femme qui mène son bal devant ce mur massif d’animalité, altérité inatteignable qui ne sert au final qu’à faire rebondir le flux de ses angoisses, de ses agacements, de ses colères et de ses mélancolies parfois chantées.

L’illusion des échanges verbaux ne rend que plus poignant l’impassibilité réelle de Corazón, exécutant avide de morceaux de carottes mais peu sensible à l’agitation d’une femme qui se bat contre ses démons et lutte à armes inégales contre son impuissance face à l’indifférence du monde.

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