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Théâtre«La langue d’Agota Kristof a le pouvoir de créer des images»

Après «Real Magic», le collectif Forced Entertainment revient à Vidy avec sa lecture perçante et grinçante du «Grand Cahier». Coup de fil à Tim Etchells, directeur artistique.

Les comédiens Robin Arthur et Richard Lowdon interprètent les jumeaux du «Grand cahier» d’Agota Kristof dans «The Notebook».
Les comédiens Robin Arthur et Richard Lowdon interprètent les jumeaux du «Grand cahier» d’Agota Kristof dans «The Notebook».
HUGO GLENDINNING

Leur théâtre déride autant qu’il dérange, divertit autant qu’il interroge. Depuis plus de trois décennies, les Anglais de Forced Entertainment («divertissement forcé») bousculent les codes de la scène avec une intelligence rusée. En décembre, le public de Vidy a pu savourer «Real Magic», parodie hilarante et cauchemardesque d’un jeu télévisé absurde dont les candidats sont condamnés à l’échec. On les retrouve avec bonheur du 10 au 12 janvier dans «The Notebook», adaptation du «Grand cahier» d’Agota Kristof.

Ce texte troublant, cruel, incisif, publié en 1986 par l’auteure hongroise réfugiée en Suisse, met en scène des jumeaux envoyés chez leur grand-mère acariâtre le temps que la guerre s’achève. Énigmatiques, inquiétants, les deux garçons apprennent à s’endurcir par des exercices de jeûne ou de résistance à la douleur, expériences (ou plutôt mécanismes de survie) qu’ils consignent méticuleusement dans un cahier caché dans le galetas. «Il y a quelque chose de très direct dans la langue d’Agota Kristof. Quand nous avons découvert ce récit, nous l’avons tout de suite relié au travail que nous menons depuis des années, souligne Tim Etchells, directeur artistique. Cette simplicité dans l’écriture produit des images. Le pouvoir de ce langage est de créer des images.»

Sur un plateau dépouillé, les deux comédiens (Robin Arthur et Richard Lowdon) se tiennent côte à côte, vêtus du même costume anthracite et du même pull-over bordeaux. Leurs franges blondes rebelles – l’une balayant à gauche, l’autre à droite – révèlent l’intention de mise en scène: «Ils fonctionnent comme un miroir l’un de l’autre, note Tim Etchells. Nous avons axé notre travail autour du corps des jumeaux, piégés dans une seule voix et dans une perspective unique.» Tour à tour, ils s’emparent du récit de Kristof sans artifices ni décors superflus. Aux spectateurs de générer leurs propres images. «Le public doit juger des problèmes posés par le texte brut, non enrichi de commentaires. Cette forme d’écriture est très proche de la manière dont je perçois le théâtre.»

Nourrie d’influences plurielles, la compagnie basée à Sheffield ne conçoit la scène que dans sa dimension sociétale. «Nos pièces sont induites par les mêmes interrogations. Qu’est une communauté? Qui sommes-nous ensemble? Qu’est-ce que cela fait d’être ensemble dans une petite communauté?» Brisant le quatrième mur, leurs spectacles confinent à la performance. «Le rôle du public est essentiel dans la création d’un objet théâtral. Le phénomène du live mène à une émotion particulière. Au fil des ans, toutes nos pièces ont tissé un lien avec cette tension entre les artistes et les spectateurs.» Une tension qui s’articule autour d’une habile oscillation entre humour et noirceur. Tantôt le spectacle démarre sous les auspices de la comédie pour sombrer dans le spleen; tantôt le drame cède le pas à la légèreté.

«Le rôle du public est essentiel dans la création d’un objet théâtral. Le phénomène du live mène à une émotion particulière»

Dans cette mécanique rodée depuis 1984, le motif du divertissement reste toutefois le moteur des créations de la troupe britannique. Car de la frivolité surgit la cruauté, l’irrévérence, les conflits latents. Un exemple? L’été dernier, leurs fantaisies shakespeariennes tenaient l’affiche du festival Zürcher Theater Spektakel. Dans chaque pièce, un comédien raconte les trahisons et les passions à l’aide d’objets du quotidien. Trivial en apparence – et drôlissime –, le dispositif révèle avec malice la futilité des rivalités claniques ou des luttes de pouvoir.

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